Accord de paix entre Khartoum et une faction dissidente d’un mouvement rebelle du Darfour

0
Une femme et des enfants soudanais à Fanga Suk dans le Jebel Marra, au sud du Darfour (Photo: Olivier Chassot, ONU)
Une femme et des enfants soudanais à Fanga Suk dans le Jebel Marra, au sud du Darfour (Photo: Olivier Chassot, ONU)
Les autorités soudanaises et des représentants de la faction dissidente du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), un groupe rebelle du Darfour, ont signé samedi 6 avril à Doha, capitale du Qatar, un accord de paix, annonce la chaîne de télévision locale soudanaise Al Chourouk, alors que, dimanche, se réunisent à Doha des centaines de responsables gouvernementaux, de représentants de l’ONU et d’associations caritatives pour discuter de la situation au Darfour.

Signé en présence du vice-président soudanais Ali Osman Mohamed Taha et du premier ministre qatari Hamad Ben Jassem Al-Thani, l’accord comprend six dossiers et porte sur la sécurité, la garantie des libertés, le respect des droits de l’homme, l’octroi de l’aide aux réfugiés et le partage du pouvoir et des richesses nationales.

Le Mouvement pour la justice et l’égalité, le JEM, un groupe militaire islamiste engagé dans le conflit au Darfour, au Soudan, s’est longtemps battu aux côtés de l’Armée de libération du Soudan contre les miliciens djandjaouid proches du gouvernement, mais, après des années de combat, une faction dissidente du JEM avait finalement renoncé à la lutte armée en échange de postes gouvernementaux pour ses représentants et devait servir d’exemple aux autres groupes rebelles avec qui les négociations sont toujours en cours.

Les autorités soudanaises et la faction dissidente du JEM avaient signé l’an dernier au Qatar un accord de cessez-le-feu, et cet accord de cessez-le-feu devait être suivi de l’accord de paix qui vient maintenant d’être signé.

La situation au Darfour

Les hostilités entre le gouvernement soudanais et une multitude de groupes de rebelles font toujours rage au Darfour depuis 2003. Selon l’Onu, les hostilités, les maladies et la famine ont fait environ 300 000 morts dans cette province alors que les autorités soudanaises, quant à elles, ne font état que de 10 000 morts.

Pas plus tard que qu’en février dernier les États-Unis se sont montrés profondément préoccupés par les violents affrontements entre milices tribales lourdement armés dans le nord du Darfour et entre les forces gouvernementales soudanaises et les rebelles dans le Jebel Marra.

Les récentes violences ont entraîné la mort de civils et le déplacement de quelque 100 000 personnes qui ont maintenant besoin d’assistance humanitaire et amené l’ONU à tirer la sonnette d’alarme sur la situation au Darfour.

Pour répondre aux besoins humanitaires des personnes affectées par ces affrontements, la communauté internationale a appelé le gouvernement soudanais à accorder aux agences de l’ONU un accès illimité à toutes les régions du Darfour, et à travailler en étroite collaboration avec les organismes des Nations Unies, les acteurs humanitaires, et de l’opération hybride au Union africaine-Nations-Unies au Darfour (la MINUAD) afin de fournir de l’aide.

Le nouveau chef de l’Opération hybride Union africaine-Nations unies au Darfour (MINUAD), Mohamed Ibn Chambas, entamait d’ailleurs sa mission ce mois-ci au Soudan, où il est arrivé lundi 1er avril.

Pendant plusieurs semaines, le nouveau chef de la MINUAD aura des rencontres avec les dirigeants soudanais, l’administration du Darfour, les représentants de l’Onu, les ambassadeurs étrangers et les employés de la MINUAD.

Il reste maintenant à voir si les accords de paix conclus dans la capitale du Qatar pourraient bien servir de base à une résolution à long terme du conflit dans la région.

Ce n’est pas la première fois qu’un pareil accord est signé : en 2006, l’accord d’Abidjan n’a jamais été respecté, pas plus que les deux précédents accords de Doha, signés en 2009 et en 2011, Khartoum n’ayant pas, jusqu’à maintenant, vraiment appliqué les accords signés.

La Conférence de Doha du dimanche 7 avril

La communauté internationale s’est réunie ce dimanche 7 avril, dans la capitale qatarie, pour discuter d’un vaste programme de développement du Darfour, toujours instable après dix ans de guerre, d’atrocités et des déplacements massifs de population.
 
Participent à la conférence de Doha 400 responsables gouvernementaux, représentants d’agences des Nations unies et d’organisations caritatives qui espère, pour leur part mobiliser 7,2 milliards de dollars sur six années pour le Darfour.

«L’heure de la paix a sonné au Darfour, une paix qui a besoin d’être renforcée par le développement», a déclaré dans son discours d’ouverture le Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad Ben Jassem Al-Thani.

La conférence s’inscrit dans le prolongement des accords de paix conclu par Khartoum en juillet 2011 à Doha avec de petits groupes rebelles, mais les principaux mouvements rebelles restent cependant réfractaires à cette paix.

Pendant ce temps à Khartoum

Pendant ce temps à Khartoum, neuf officiers de l’armée soudanaise ont été condamnés à des peines allant de deux à cinq ans de prison pour leur rôle dans une tentative de coup d’Etat l’an dernier, rapporte L’AFP ce dimanche.

«Le tribunal militaire a prononcé sa décision concernant les membres des Forces armées soudanaises accusées d’un coup d’Etat. Il a condamné neuf soldats à des peines de deux à cinq ans de prison», a déclaré à l’agence de presse, l’un des avocats des accusé, Hachiem al-Jali.

Ils ont tous été exclus de l’armée mais un dixième accusé a été libéré pour manque de preuves, a dit l’avocat, ajoutant que la peine la plus lourde, cinq ans,a été prononcée contre le brigadier général Mohammed Ibrahim qui avait joué un rôle dans le coup d’Etat ayant porté l’actuel président Omar el-Béchir au pouvoir en 1989.

À lire aussi:

Soudan: dégradation de la situation au Darfour et dans le Jebel Marra >>

L’ONU tire la sonnette d’alarme sur la situation humanitaire au Darfour >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.