Afghanistan: un bombardement de l’OTAN tue quatre policiers et deux civils

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Le Canada employait en Afghanistan des hélicoptères Chinook de modèle D, que l’on voit ici durant l’entraînement (Photo : caporal Craig Wiggins, FC)
Le bombardement d'un village de la province de Ghazni par un hélicoptère des forces de l'OTAN a coûté la vie à deux civils et quatre policiers afghans (Photo : caporal Craig Wiggins, FC)
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Le Canada employait en Afghanistan des hélicoptères Chinook de modèle D, que l’on voit ici durant l’entraînement (Photo : caporal Craig Wiggins, FC)
Le bombardement d’un village de la province de Ghazni par un hélicoptère des forces de l’OTAN a coûté la vie à deux civils et quatre policiers afghans (Photo : Archives/Caporal Craig Wiggins, FC)

Selon les autorités locales, un hélicoptère des forces de l’OTAN a ouvert le feu sur un village afghan du district de Deh Yak, dans la province de Ghazni, dans l’est du pays. Quatre policiers afghans et deux civils ont trouvé la mort, relançant un peu plus les critiques sur l’efficacité de l’intervention de l’Alliance atlantique.

Le chef du district de Deh Yak, Fazul Ahmad Tolwak, a confié à l’AFP que l’appareil de l’Alliance atlantique devait porter assistance aux forces de sécurité afghanes suite à l’attaque de ce poste de police par des talibans.

Ajoutant que l’appareil a dû prendre les policiers pour des insurgés, M. Ahmad Tolwak a fait état d’un bilan de quatre victimes parmi les forces de l’ordre ainsi que deux civils présents sur place. Une information confirmée par le porte-parole du gouvernement de la province de Ghazni, Fazul Sabawoon, indiquant qu’une enquête avait été diligentée sur ses causes possibles.

Pour sa part, l’OTAN a d’ores et déjà assuré qu’elle menait des investigations pour élucider cette affaire, comme l’a confié à l’AFP un porte-parole de l’Alliance.

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Quoi qu’il en soit, cette nouvelle controverse vient renforcer les doutes sur les opérations menées par la Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF) de l’OTAN, dirigée par les États-Unis. Ce samedi, une nouvelle frappe visant des talibans a coûté la vie à deux enfants alors que sept civils ont été blessés, selon des témoins, confirmés par les autorités locales.

Mohammad Ali Ahmadi, vice-gouverneur de la province de Ghazni, a alors expliqué qu’il s’agissait d’une opération conjointe entre les autorités afghanes et les forces de la coalition. Une version contestée par un porte-parole de l’OTAN, assurant que cette frappe aérienne n’était pas un soutien direct aux forces afghanes.

Alors que les relations entre Washington et Kaboul restent extrêmement tendues, le président afghan, Hamid Karzaï, est monté au créneau à plusieurs reprises, ces dernières semaines, pour dénoncer les agissements des forces de l’OTAN.

Se plaignant régulièrement des bombardements de la coalition sur le sol afghan lorsqu’ils touchent les populations locales, le chef d’État a ainsi interdit aux troupes afghanes de demander un renfort aérien étranger.

Une guerre «sans but et déraisonnable»

Le 19 mars dernier, le porte-parole du président afghan, Aimal Faizi, avait qualifié cette guerre en Afghanistan comme «sans but et déraisonnable». «Le peuple afghan demande au secrétaire général de l’OTAN [Anders Fogh Rasmussen, ndlr], alors qu’il est clairement connu que les sanctuaires terroristes se trouvent hors d’Afghanistan, pourquoi cette guerre se poursuit-elle dans les maisons et les villages», avait-il ajouté.

En attendant, le retrait progressif des forces de l’OTAN doit se terminer à la fin de l’année 2014. Jusque-là, la coalition atlantique poursuit la transition militaire en formant les troupes afghanes pour que ces dernières puissent mener à bien la sécurisation du pays à l’issue du départ des forces étrangères.

Mais les tensions récurrentes entre les autorités afghanes, américaines et les dirigeants de l’OTAN se mêlent également aux attaques successives des groupes talibans sur le sol afghan. Ce mercredi, 44 personnes ont péri dans l’attaque d’un tribunal, dans la localité de Farah, dans l’ouest du pays. Un nouveau geste fort qui témoigne de l’insécurité toujours présente dans certaines régions.

Alors que les dernières troupes de la coalition occidentale quitteront le sol afghan dans quelques mois, les forces de sécurité afghane ainsi que les institutions nationales sont devenues les cibles privilégiées des opérations menées par les talibans.

Le week-end dernier, les forces spéciales américaines ont céder leur base située dans un district stratégique de l’est de l’Afghanistan à leurs homologues afghanes. Ce retrait faisait suite à la demande expresse du président afghan, Hamid Karzaï, qui souhaitait au plus tôt le départ des troupes américaines soupçonnées d’avoir entraînés des soldats afghans à commettre des atrocités.

Si elle tente tant bien que mal d’assurer une transmission efficace des compétences, l’Alliance atlantique reste au centre de vives critiques. En février, le Comité sur le droit des enfants de l’ONU s’était dit alarmé par les rapports faisant état de centaines d’enfants tués lors d’attaques et de bombardements des forces armées américaines. Nul doute que ce nouvel accroc dans la poursuite des opérations militaires viendra ternir un peu plus les relations déjà délicates entre les différents dirigeants, afghans comme internationaux.


Une bavure en Afghanistan relance le débat sur le soutien de l’Otan – 31 mars 2013 (Vidéo: Euronews)