Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques «à petite échelle»

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En visite à Abou Dhabi, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a déclaré, ce jeudi, que les Etats-Unis pensaient que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle (Photo: Archives/Glenn Fawcett/DoD)
En visite à Abou Dhabi, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a déclaré, ce jeudi, que les Etats-Unis pensaient que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle (Photo: Archives/Glenn Fawcett/DoD)

«Avec un certain degré de certitude», Washington a assuré, ce jeudi, que le régime de Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques «à petite échelle» face à la rébellion syrienne. Si les autorités américaines prônent, pour l’heure, la prudence, ces nouvelles déclarations confirmeraient le franchissement de la «ligne rouge» érigée par le président Barack Obama.

La Maison Blanche a ainsi envoyé une lettre à plusieurs membres du Congrès américain, assurant que «la communauté des renseignements américains a conclu, avec un certain degré de certitude, que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle», comme l’a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, présent, ce jeudi, à Abou Dhabi.

Une information également apportée du côté de Londres. «Nous avons des informations limitées mais convaincantes de plusieurs sources montrant l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, y compris du gaz sarin», a ainsi déclaré le porte-parole de la diplomatie britannique.

«L’utilisation d’armes chimiques est un crime de guerre. Nous avons rendu compte de cette information à nos alliés, nos partenaires et aux Nations unies et nous travaillons activement pour obtenir davantage et de meilleures informations», a-t-il ajouté.

Deux jours après avoir déclaré n’être pas parvenu «à la conclusion que [des armes chimiques]ont été utilisées» en Syrie, Washington a donc décidé de faire état de ses informations aux yeux de la communauté internationale. Pour autant, ses certitudes s’avèrent fragiles, comme l’a rappelé la porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC), Caitlin Hayden.

«Par exemple, la chaîne de transmission [des échantillons]n’est pas claire, donc nous ne pouvons pas confirmer comment l’exposition [au sarin]a eu lieu», a-t-elle déclaré, ajoutant que l’évaluation du renseignement américain est «fondée en partie sur des prélèvements» sur des personnes.

«Étant donné les enjeux, et ce que nous avons appris de notre propre expérience, les évaluations du renseignement ne sont pas suffisantes à elles seules. Seuls des faits dignes de foi et recoupés qui nous apporteront un certain degré de confiance guideront notre processus de prise de décision, et renforceront notre influence à la tête de la communauté internationale», a-t-elle précisé, mettant ainsi en garde contre toutes conclusions hâtives.

«Il est évident qu’une ligne rouge a été franchie» pour John McCain

Mais plusieurs sénateurs américains sont d’ores et déjà montés au créneau pour appeler à un engagement plus important des États-Unis dans le conflit syrien. Rappelant les déclarations du président Obama, le mois dernier, sur le franchissement d’une «ligne rouge» en cas d’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, le républicain John McCain a déclaré «qu’il est évident qu’une ligne rouge a été franchie». «Ces stocks d’armes chimiques, dont certains se trouvent dans des zones de combat, doivent être sécurisées, et nous devons donner à l’opposition la capacité de battre Bachar al-Assad une bonne fois pour toute», a-t-il martelé.

Même son de cloche du côté de la présidente démocrate de la commission du Renseignement du Sénat, Dianne Feinstein. Cette dernière a en effet déclaré que «des actions doivent être engagées pour empêcher une utilisation à plus grande échelle», se disant «très inquiète qu’avec cette admission publique, le président Assad ne calcule qu’il n’a plus rien à perdre».

Assurant que «toutes les options sont sur la table» pour offrir une réaction américaine à ces révélations, un haut responsable américain, cité sous couvert de l’anonymat, a déclaré que l’administration Obama allait «consulter de près [ses]amis et alliés, de façon plus large la communauté internationale ainsi que l’opposition syrienne pour déterminer quelle serait la meilleure façon d’agir».

«Cela pourrait couvrir une large gamme d’activités […] qui comprennent déjà des initiatives diplomatiques, une assistance à l’opposition, mais à la demande du président [Obama], il existe d’autres possibilités pour lesquelles nous nous préparons, et que nous devons prendre en considération au moment où nous déterminons si des armes chimiques ont été utilisées», a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse téléphonique.

«Nous avons l’obligation d’enquêter scrupuleusement»

Si Washington exclut, pour l’heure, toute intervention directe en Syrie, la Maison Blanche a rappelé sa volonté de voir une enquête des Nations Unies voir le jour pour évaluer les preuves actuelles. «Précisément parce que le président [Obama] prend cette question très au sérieux, nous avons l’obligation d’enquêter scrupuleusement sur tous les indices de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie», a conclu Caitlin Hayden.

Après avoir déposé, le 20 mars dernier, une requête pour obtenir une enquête pour éclaircir les accusations mutuelles d’utilisation d’armes chimiques entre le régime et l’opposition, Damas a, par la suite, refusé l’accès à ses territoires à la mission d’experts, conduite par le Suédois Ake Sellstrom. Un refus qui n’a cessé d’alimenter les craintes et accusations de la communauté internationale à l’égard du régime de Bachar al-Assad.

Pour le porte-parole de la diplomatie britannique, Bachar al-Assad «doit coopérer avec la communauté internationale et prouver que son régime n’a pas commis ce crime horrible, en permettant un accès illimité à l’ONU et à l’OIAC [l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques] pour qu’une enquête soit menée sur le terrain en Syrie».

Tant bien que mal, les dirigeants occidentaux semblent donc résignés à ne pas obtenir l’accès aux territoires syriens. Mais les récentes révélations, si elles s’avèrent vérifiées et vérifiables, pourraient bien bouleverser l’ordre diplomatique actuel du conflit frappant le pays depuis plus de deux ans.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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