Centrafrique: l’ancien président Bozizé accuse le Tchad d’avoir précipité sa chute

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Le président déchu, François Bozizé, a assuré que les forces tchadiennes ont épaulé la Séléka lors de son renversement, le 24 mars dernier (Photo: Archives/Al Qarra TV)
Le président déchu, François Bozizé, a assuré que les forces tchadiennes ont épaulé la Séléka lors de son renversement, le 24 mars dernier (Photo: Archives/Al Qarra TV)

Actuellement en fuite au Cameroun, l’ex-président centrafricain, François Bozizé, a ouvertement accusé l’armée tchadienne d’avoir épaulé les rebelles de la Séléka lors du coup d’État du 24 mars dernier. Par ailleurs, le sommet des chefs d’État de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) s’est ouvert, ce mercredi, à N’Djamena.

Mise à jour du 3/04/2013 à 14h59

À l’issue de ce sommet, les chefs d’État de la CEEAC ont estimé qu’il était «impossible de reconnaître un président autoproclamé» en la personne de Michel Djotodia. «Un collège voté par les forces vives de la nation doit être à la tête de la transition. Ce collège va jouer le rôle de l’exécutif, et doit voter pour le président de la transition», qui «ne doit pas excéder 18 mois», a déclaré le président tchadien Idriss Déby, au sortir des pourparlers.

La question de la Centrafrique constitue évidemment le cœur de ce sommet africain. Dix jours seulement après la prise de pouvoir par la force de la coalition rebelle de la Séléka, les différents chefs d’État de la CEEAC doivent discuter des orientations diplomatiques à mettre en place vis-à-vis des nouvelles autorités centrafricaines.

D’après une source diplomatique, citée par l’Agence France Presse, il s’agira, tout d’abord, de «refuser la présidence de la République au président de l’Assemblée nationale à qui elle revient» en cas de vacance du pouvoir. Avant de favoriser la formation d’«un Conseil national de transition dirigé par Michel Djotodia» pour «retrouver un peu de légalité internationale».

Car ce récent putsch a été vivement décrié par la communauté internationale. Après avoir dénoncé ce coup d’État, l’Union africaine (UA) a notamment décidé de suspendre la participation de la Centrafrique à l’organisation, infligeant également des sanctions à l’encontre du gouvernement de Michel Djotodia, auto-proclamé président de la République.

De son côté, le Conseil de sécurité des Nations unies a fermement condamné ce putsch des rebelles de la Séléka, exigeant «le rétablissement de l’état de droit, le respect de l’ordre constitutionnel et l’application des accords de Libreville, qui offrent un cadre de transition politique et jettent les bases d’une solution pacifique».

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Le Premier ministre centrafricain et le président sud-africain présents à N’Djaména

Considéré par la communauté internationale comme seul membre «légitime» du nouveau gouvernement, le Premier ministre, Nicolas Tiangaye, représente le pouvoir centrafricain lors de ce sommet de la CEEAC. Un sommet auquel participe également le président sud-africain, Jacob Zuma, quelques jours après la mort de treize soldats sud-africains lors d’affrontements avec la rébellion centrafricaine aux environs de Bangui.

Parmi les discussions qui devraient être abordées, la question des prochaines élections figurent au centre des attentions. Le président auto-proclamé, Michel Djotodia, a assuré qu’il remettra le pouvoir à l’issue des trois prochaines années, le temps de rétablir l’ordre et la sécurité dans le pays ainsi que d’organiser des élections libres et transparentes. Pour autant, ce délai n’a pas semblé satisfaire l’Union Africaine. C’est en tout cas ce qu’a confié le commissaire de l’UA pour la paix et la sécurité, Ramtane Lamamra, jugeant que la Séléka devait organiser ces élections dans un délai d’un an.

«Les meilleures transitions sont toujours les plus courtes. […] Il existe d’autres exemples en Afrique où une année seulement a été nécessaire pour rétablir l’ordre constitutionnel. Nous pensons que c’est possible mais il appartient aux Centrafricains d’en décider», a-t-il assuré, ce mercredi, avant une réunion à huis-clos.

«Un complot bien huilé que l’on présente aux yeux de la communauté internationale»

Si le chef du gouvernement centrafricain tentera de faire valoir la légitimité des nouvelles autorités aux yeux des chefs d’État africains, François Bozizé a d’ores et déjà tenu à réagir aux récents évènements ayant conduit à sa chute.

Dans un entretien accordé à la chaine BBC Afrique, le président déchu, actuellement en fuite au Cameroun, a affirmé que l’armée tchadienne avait soutenu le coup d’État de la Séléka en se retournant contre le pouvoir en place.

«Le samedi 23 (mars), nous avons anéanti les forces de la Séléka, mais cependant, dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24, nous pourrions affirmer qu’il y a eu un soutien d’un pays africain, je crois bien inévitablement le Tchad», a déclaré François Bozizé depuis Yaoundé.

Il a également ajouté que ce sont «les forces spéciales des forces armées tchadiennes qui ont mené l’opération dans la matinée du dimanche (24 mars) puis ont attaqué la base des Sud-africains qui se trouvaient sur l’itinéraire».

Un revirement de situation qui a surpris l’ex-chef d’État centrafricain, jusque-là soutenu par le régime d’Idriss Deby Itno. «Nous avions des relations fraternelles solides, entre le Tchad et la République centrafricaine […] mais nous sommes surpris de ce comportement du à quoi? Seules les autorités tchadiennes peuvent nous donner des explications», a confié M. Bozizé.

Accusé par la Séléka de ne pas avoir respecté les accords de Libreville, du 11 janvier dernier, le président déchu a tenu à apporter sa version des faits pour dénoncer les agissements de la rébellion armée. Il a ainsi regretté le fait que la Séléka ait continué «d’exiger des choses qui étaient en dehors des accords de Libreville», prévoyant notamment la formation d’un gouvernement d’union nationale et le cantonnement des troupes rebelles.

«Pour ce qui est de respecter les accords de Libreville, je peux en être fier et j’ai la conscience tranquille», a-t-il martelé, dénonçant un «complot bien huilé que l’on présente aux yeux de la communauté internationale».

En attendant, le pays tente de se reconstruire et le calme réapparait progressivement dans Bangui. Après plusieurs jours d’instabilité et d’inquiétude, l’activité économique a pu progressivement redémarrer dans la capitale centrafricaine. Pour autant, de nombreuses administrations restent encore fermées, preuve que le pays reste profondément meurtri.


Centrafrique : le putschiste rendra le pouvoir dans 3 ans – 31 mars 2013 (Vidéo: Euronews)

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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