Centrafrique: Michel Djotodia approuve la transition de l’Afrique centrale

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Le nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia, sur la place de la République à Bangui, le 30 mars 2013 (Photo: Sia Kambou/AFP)
Le nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia, sur la place de la République à Bangui, le 30 mars 2013 (Photo: Archives/Sia Kambou/AFP)

Le nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia, a approuvé jeudi la mise en place d’un processus de transition démocratique prévoyant la désignation d’un président pour moins de 18 mois, suivant les propositions des chefs d’État d’Afrique centrale.

Jeudi matin, Michel Djotodia a reçu à Bangui une délégation composée des ministres des Affaires étrangères des pays de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), de représentants de l’Union africaine (UA) et de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

L’ancien chef rebelle a alors a accepté les termes du processus proposé par les chefs d’État d’Afrique centrale qui s’étaient réunis mercredi en sommet extraordinaire à N’Djamena.

Selon l’annonce faite par le président tchadien Idriss Deby, un Conseil national de transition (CNT) formé par toutes les composantes de la société centrafricaine désignerait un président pour une période qui ne devrait pas excéder 18 mois. Cet organe serait aussi chargé de rédiger une nouvelle Constitution et jouerait un rôle législatif, soit celui d’une l’Assemblée.

«J’en ai discuté avec le chef de l’État (M. Djotodia, ndlr) qui a marqué son accord pour que cette solution soit retenue», a affirmé jeudi le Premier ministre Nicolas Tiangaye, qui avait participé mercredi au sommet de N’Djamena.

Un gage de légalité

«Dès l’instant où toutes les composantes de la société feront partie de cette institution (le CNT, ndlr), c’est un gage de légitimité et de légalité qui permettrait de donner plus de poids à nos institutions», a déclaré M. Tiangaye.

«C’est un accord qui permet à la RCA (République centrafricaine) de sortir de l’isolement, qui permet d’éviter d’être mis au ban de la communauté internationale, je ne vois pas pourquoi la (coalition rebelle) Séléka va s’y opposer», a plaidé l’avocat à la tête du gouvernement.

Le Séléka avait renversé le 24 mars le président centrafricain François Bozizé, au pouvoir depuis dix ans. Puis, le 30 mars, M. Djotodia avait affirmé qu’il «remettrait le pouvoir» en 2016, au terme d’une période de transition de trois ans.

Mais à l’issue du sommet de mercredi, le président Deby a conclu: «En l’état actuel des choses, il est impossible de reconnaître un président autoproclamé».

Jeudi, le ministre de la Communication et membre du Séléka Christophe Gazam Betty a confirmé que M. Djotodia avait finalement accepté, «sans tourner autour du pot, tous les schémas élaborés par les chefs d’État».

Les propositions de N’Djamena sont «une bonne nouvelle», a pour sa part assuré un ancien proche du régime Bozizé ayant requis l’anonymat. Le «Séléka a gagné et on ne peut pas le faire disparaître comme ça (…) Raccourcir le délai de transition est une bonne chose également. Si on voit que ce n’est pas réalisable, on peut prolonger», a-t-il dit à l’AFP.

L’ancien Premier ministre et opposant centrafricain Martin Ziguélé, présent au sommet, a également réagi positivement: «La décision des chefs d’État est (…) un moyen de donner une légitimité à un homme ou une femme qui aura la redoutable tâche de mener cette transition», a-t-il déclaré à l’AFP.

Retrait sud-africain

Le président sud-africain Jacob Zuma, invité au sommet de N’Djamena, y avait annoncé le retrait des troupes sud-africaines de Centrafrique, alors que la polémique enflait dans son pays sur la légitimité de leur mission.

«Nous avons pris la décision de retirer nos soldats. Nous étions en République centrafricaine sur la base d’un accord entre les deux pays», a dit M. Zuma, selon la radio et télévision publique sud-africaine SABC. «Notre mission était d’aider à l’entraînement des soldats. Depuis le coup d’État et la prise du pouvoir par les rebelles, il était clair que le gouvernement n’était plus en place», a-t-il ajouté.

Les forces sud-africaines étaient officiellement déployées dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale portant sur la formation de l’armée centrafricaine.

Selon un bilan officiel, 13 soldats sud-africains avaient été tués le 24 mars par la rébellion lors de son entrée dans Bangui, quelques heures avant de renverser le régime de François Bozizé. Mais une figure de la rébellion Séléka, le général Arda Hakouma, affirme pour sa part que 35 soldats sud-africains sont morts lors de l’offensive qu’il a lui-même menée à 70 km de Bangui.

La mort de ces soldats a suscité une virulente polémique en Afrique du Sud qui s’est encore durcie quand des médias ont fait le lien entre cette mission militaire et des projets d’affaires, notamment dans le diamant, montés en Centrafrique par le Chancellor House, un holding lié au parti au pouvoir en Afrique du Sud.

Par ailleurs, les chefs d’État d’Afrique centrale ont appelé mercredi le président béninois Thomas Yayi Boni à accueillir François Bozizé «en tant que frère». Le président centrafricain déchu, qui avait fui au Cameroun voisin, a adressé une demande d’asile au Bénin, selon Cotonou.

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