Centrafrique: Michel Djotodia élu président par le Conseil de Transition

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Le chef rebelle Michel Djotodia, président autoproclamé de Centrafrique (à gauche) le 28 mars 2013 à Bangui (Photo: Sia Kambou/AFP)
Le chef rebelle Michel Djotodia, président autoproclamé de Centrafrique (à gauche) devient président intérimaire «légitimement» élu (Photo: Sia Kambou/AFP)

Michel Djotodia, l’un des chefs de la Séléka, la coalition rebelle qui s’est emparée de Bangui le 24 mars dernier et a pris le pouvoir en Centrafrique, a finalement été élu par le Conseil national de Transition président intérimaire pour une période de 18 mois, lui conférant la légitimité qui lui manquait.

Après la prise de Bangui, Djotodia s’était autoproclamé lui-même.

Au départ, Michel Djotodia, comptait diriger la Centrafrique pendant «trois ans», jusqu’à l’organisation d‘élections, et avait déclaré qu’il allait «légiférer par ordonnances».

Le premier ministre issu de l’opposition, Nicolas Tiangaye, que Djotodia avait reconduit dans ses fonctions, avait promis pour sa part un nouveau cabinet de «transition» où toutes les tendances politiques seraient représentées, mais le gouvernement d’union nationale qu’il avait présenté le 31 mars était outrageusement dominé par la Séléka.

Les pays africains et la communauté internationale, qui se refusaient à reconnaître le nouveau gouvernement centrafricain issu du coup d’État du 24 mars, avaient, pour ainsi dire, avaient contraint Djotodia à un un processus de transition plus acceptable et à la création d’un Conseil National de Transition avec mission «d’élire le président de la République pour un mandat de 18 mois, de rédiger un avant-projet de Constitution à soumettre au peuple par voie de référendum, et assumer les prérogatives législatives ordinairement dévolues à un organe législatif.»

Unique candidat au poste de président, élu par acclamation, Djotodia, qui détenait déjà le pouvoir «de facto» depuis le 24 mars, devient donc le président intérimaire «légitimement élu» pour les 18 mois prochains mois.

Michel Djotodia, né en 1949Formé en URSS, fonctionnaire au Plan, puis consul de Centrafrique

Candidat deux fois aux législatives, sans parvenir à se faire.

Joint la rébellion en 2005, passe sept ans en exil

Juin 2012, rentre en Centrafrique où il fonde la Séléka («alliance», en langue nationale sango).

Devient aujourd’hui le premier musulman à la tête de la Centrafrique, à majorité chrétienne.

La transition

Le CNT, quant à lui, est passé de 97 à 105 membres, chiffre qui correspond au nombre de députés dans l’ancienne Assemblée nationale.

En principe, doit maintenant être rédigée une nouvelle constitution et, au terme de ces 18 mois, doivent avoir lieu des élections libres et démocratiques auxquelles Djotodia s’est engagé à ne pas être candidat.

«Je mesure à sa juste valeur la portée et l’importance de la charge que vous venez de me confier. Je ne ne ménagerai aucun effort pour assurer de manière concertée la transition qui vient de commencer», a déclaré Djotodia dans son premier discours en tant que chef «légitime» de l’État centrafricain, se posant en rassembleur et soulignant bien qu’il s’agissait d’une «transition».

«J’en appelle au bon sens et au patriotisme de tout un chacun afin que nous puissions relever les défis importants qui s’imposent à tous», notamment «la reconstruction de l’unité nationale, la sécurité sur toute l’étendue du territoire national, la recherche de la paix sociale le redémarrage de notre économie», a aussi déclaré Djotodia.

Le défi est grand

Pendant ce temps, la situation reste instable et les pillages qui ont suivi la chute du régime Bozizé n’ont pas cessé.

Dans ce pays où le tissu social et l’infrastructure économique ont été détruits, le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU soulignait la semaine dernière que 173 000 civils ont été déplacés par les récentes violences et, même avant le coup d’État du 24 mars, on comptait déjà 187 889 réfugiés centrafricains dans les pays voisins.

Joint à Bangui au début du mois d’avril, le coordonnateur par intérim de l’action humanitaire sur place, le Dr Zakaria Maiga, avait confié que la plus grande confusion régnait encore à Bangui: «Des pillages généralisés sont commis non seulement par des membres de la Séléka, mais aussi par d’anciens soldats de l’armée centrafricaine régulière et des civils en uniforme qui se font passer pour des militaires.»

D’ailleurs, il y a seulement deux jours, le 11 avril, sur fond de pillages, d’exactions, d’instabilité et de crise, les Centrafricains n’ont pas hésité à manifester contre le nouveau pouvoir et ont été jusqu’à tenter d’amener le corps d’un homme abattu par la Séléka à l’hôtel de luxe où réside.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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