Complot terroriste déjoué par la GRC: l’Iran nie tout

0
Le projet SMOOTH de la GRC a mené à l'arrestation  le 22 avril de deux présumés  terroristes (Photo: Archives/ Dickelbers/WikiC)
Le projet SMOOTH de la GRC a mené à l’arrestation le 22 avril de deux présumés terroristes (Photo: Archives/ Dickelbers/WikiC)

Dans l’affaire du complot terroriste au Canada déjoué par la GRC, l’Iran nie tout et affirme qu’il est même impossible qu’elle puisse être impliquée.

L’Iran a démenti ce mardi 23 avril tout lien avec le complot terroriste qui visait à faire dérailler un train de voyageur en direction des États-Unis que les autorités canadiennes disent avoir été dirigé par des agents d’Al-Qaïda en Iran.

Nommée projet SMOOTH, l’enquête de la GRC a été coordonnée par les équipes intégrées de la sécurité nationale (EISN) à Montréal et Toronto, avec l’étroite collaboration de ses partenaires nationaux et du Federal Bureau of Investigations (FBI).

Chiheb Esseghaier, 30 ans, un des deux suspects (Photo: Biosensor BioMEMS Bionanotechnology Lab)

Et, au terme de cette enquête, la Gendarmerie royale canadienne, la GRC, affirme clairement que les suspects, Chiheb Esseghaier, 30 ans, probablement Tunisien, et Raed Jaser, 35 ans, des Émirats arable unis, étaient guidés et dirigés par des membres d’Al-Qaïda en Iran et que les attaques projetées étaient parrainées par Téhéran.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Ramin Mehmanparast, a déclaré pour sa part qu’il n’y a «aucune preuve solide» de l’implication de l’Iran dans ce complot et que des groupes comme Al-Qaïda sont «incompatibles avec l’Iran dans les deux domaines politique et idéologique», ajoutant «Nous nous opposons à toute action terroriste et violente qui mettrait en danger la vie de personnes innocentes».

Il a dit que les accusations du Canada s’expliquaient par son hostilité envers l’Iran, et a accusé le Canada d’aider indirectement Al-Qaïda en soutenant, avec ses alliés, les rebelles syriens, rappelant que certaines factions islamistes syriennes, se réclamant d’Al-Qaïda, ont uni leurs forces pour renverser le régime de Bachar al-Assad, l’un des principaux alliés de l’Iran dans la région.

«Le même courant (Al Qaïda) tue des gens en Syrie tout en profitant de l’appui du Canada», a déclaré Ramin Mehmanparast.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a quant à lui qualifié; les accusations canadiennes de mensonges ridicules autorités canadiennes », ajoutant «J’espère que les responsables canadiens auront recours à plus de sagesse».

Le Canada et l’Iran ont rompu leurs relations diplomatiques après que le Canada eut fermé de son propre chef son ambassade à Téhéran en 2012 et expulsé les diplomates iraniens en poste à Ottawa.

Lundi 22 avril, le porte-parole iranien aux Nations Unies, Alireza Miryousefi, a déclaré que le réseau terroriste Al-Qaïda n’avait aucune activité en Iran.

«La position de l’Iran contre ce groupe est très claire et bien connue. (Al Qaïda) n’a pas la possibilité de se livrer à quelque activité que ce soit activité à l’intérieur de l’Iran ou de mener quelque opération que ce soit à l’étranger à partir du territoire de l’Iran. Et nous rejetons fermement et catégoriquement tout lien avec cette histoire.», a déclaré le porte-parole iranien à L’ONU dans un communiqué envoyé à la presse.

Iran-Al Qaïda : ennemis et alliés de circonstances?

Les relations entre l’Iran chiite et Al-Qaïda, sunnite, n’ont certes jamais été bonnes. Pour les sunnites, qui représente l’orthodoxie dans l’Islam, les chiites sont des hérétiques et beaucoup de dirigeants d’Al-Qaïda voir aussi les musulmans chiites avec suspicion et hostilité.

L’Iran s’était toujours opposé avec force aux talibans à l’époque, avant l’invasion américaine de l’Afghanistan en réponse aux attaques du 11 septembre, où ils hébergerait à Ousama Ben Laden.

Mais, après avoir fui l’Afghanistan que les Américains venaient d’envahir, certains membres d’Al-Qaïda ont néanmoins pu trouver refuge en Iran, où ils sont, depuis, étroitement surveillés. Difficle, donc, d’imaginer qu’ils aient pu agir à l’insu des Iraniens.

Le seul dénominateur commun d’Al Qaïda et de l’Iran des ayatollahs pourrait toutefois être leur haine de l’Occident en général et des Américains en particulier.

D’ailleurs, en entrevue à 45eNord, le professeur Sami Aoun, expert du Moyen-Orient, soulignait que l’Iran chiite soutenait tout autant le Hamas et le djihad palestinien, pourtant d’allégeance sunnite, que le Hezbollah chiite libanais. «Il y a une antinomie idéologique entre Al-Qaida sunnite et l’Iran chiite. Mais dans les sous-bassement de la guerre secrète entre services de renseignements, ce n’est pas si étonnant qu’un service d’espionnage ou de contre-espionnage iranien utilise quelques cellules sunnites pour faire des dégâts ailleurs», explique le professeur Aoun.

Les suspects comparaissent

Pendant ce temps, l’un des deux suspects, Raed Jaser, a comparu mardi matin à Toronto et a été accusé, notamment, d’«association terroriste» et de «conspiration en vue de commettre un meurtre en association avec un groupe terroriste».

Lors de cette brève comparution, la juge a accepté une demande d’ordonnance de non-publication présentée par son avocat  jusqu’à la prochaine comparution de l’accusé, prévue pour le 23 mai.

Quant à son complice, Chiheb Esseghaier, 30 ans, il a comparu ce matin Montréal et non à Toronto comme il avait été prévu initialement.

L’étudiant montréalais a été rapatrié à la dernière minute depuis Toronto, où il avait pourtant été conduit hier en avion privé pour être interrogé.

Comme il avait été arrêté en milieu de journée à la Gare Centrale de Montréal, on peut penser que le lieu de son arrestation a pu jouer un rôle dans la décision de le faire comparaître à Montréal plutôt qu’à Toronto.

Quoi qu’il en soit, 5 chefs d’accusation de terrorisme, notamment participation à une organisation terroriste et avoir aidé à mettre en place un complot terroriste, ont été aussi portés contre lui ce matin et son procès aura lieu à Toronto puisqu’il est accusé en Ontario.


Le Canada affirme avoir déjoué un attentat soutenu par Al Qaïda (Vidéo: euronews)

À lire aussi:

Un complot terroriste démantelé à Montréal et Toronto >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.