Conseil de l’Arctique: le Canada au révélateur du Grand Nord (PHOTOS/VIDÉO)

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À l’issue de la réunion de Kiruna, prévue le 15 mai prochain en Suède, le Canada prendra la présidence du Conseil de l’Arctique, mettant ainsi fin à six années de gouvernance scandinave. L’occasion pour le gouvernement Harper d’affirmer son intérêt pour la région, de plus en plus convoitée, du Grand Nord.

«Il n’y a aucune menace militaire dans l’Arctique». Pour Philippe Hébert, responsable de l’élaboration des politiques au ministère de la Défense nationale, il s’agit, avant tout, de traiter des affaires sécuritaires et environnementales pour assurer la protection des populations de l’Arctique. C’est en tout cas la ligne tracée par le gouvernement canadien en vue de la gouvernance du Conseil de l’Arctique pour les deux prochaines années.

Fondée en 1996, en grande partie à l’initiative du Canada, le Conseil est un forum intergouvernemental réunissant les huit États Arctique (Finlande, Suède, Norvège, Islande, Danemark, Russie, États-Unis, Canada) ainsi que six communautés autochtones comme membres permanents. Plusieurs autres pays ou ONG ont, pour leur part, le statut de membre observateur.

Mais l’intérêt grandissant de nombreux autres États ou communauté d’États amènent à repenser les enjeux et la stratégie du Conseil. Une vision détaillée par Stéphane Roussel, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec (CIRRICQ), qui organisait, ce vendredi, dans les locaux de l’École nationale d’administration publique (ENAP),un colloque sur la future présidence canadienne.

«Il va falloir régler la question des observateurs. Est-ce qu’on accorde l’élargissement du Conseil à de nouveaux membres observateurs ?», s’interroge-t-il. Entre «inclusivité et efficacité», le Conseil doit définir une stratégie claire pour conserver son rôle d’organisation centrale de la région. «Plusieurs défis se posent au Canada pour ces deux années de gouvernance mais celui-ci semble le principal», assure Stéphane Roussel. Qu’il s’agisse de l’Union européenne ou de la Chine, pour ne citer que les plus insistants, plusieurs acteurs internationaux veulent ainsi entrer dans le cercle régional.

Le Canada prône la souveraineté nationale

«Presque tous les pays qui viennent nous visiter souhaitent parler de l’Arctique», confie, pour sa part, Philippe Hébert. Face à ce défi, certains États Arctique, comme le Canada, ont choisi d’affirmer leur souveraineté nationale pour dessiner concrètement les frontières territoriales et maritimes de l’océan Arctique. Une stratégie menée en compagnie des Forces canadiennes, déployées régulièrement dans le Grand Nord pour les opérations annuelles comme Nanook, Nunakput ou encore Nunalivut, qui vient tout juste de se terminer.

Si le Conseil de l’Arctique n’a pas de volet sécuritaire, la présence militaire dans le Nord du pays revêt néanmoins un caractère primordial. «Face à l’absence d’infrastructures, les Forces canadiennes assurent la présence gouvernementale en cas de catastrophes ou de crises dans la région», ajoute Stéphane Roussel.

De plus, la coopération internationale permet également de soutenir les opérations sécuritaires menées par les différents pays. Après la signature, en mai 2011, de l’accord sur la recherche et le sauvetage par les membres permanents du Conseil de l’Arctique, un premier entrainement avait été organisé du côté de Whitehorse, en octobre 2011, à l’initiative du Canada. Et, comme l’a confié Philippe Hébert, les Forces canadiennes ont bien l’intention d’aller au Danemark en septembre prochain pour une opération de collaboration similaire.

Comme il l’avait affirmé en août dernier lors d’un déplacement dans le Nunavut, le Premier ministre Stephen Harper a défini les quatre piliers de la stratégie canadienne pour la région, à savoir «l’exercice de notre souveraineté dans l’Arctique, la promotion du développement socio-économique, la protection de notre patrimoine environnemental et l’amélioration et le transfert de la gouvernance». Autant de défis auquel Leona Aglukkaq, ministre de la Santé, ministre de l’Agence canadienne de développement économique du Nord et futur présidente du Conseil de l’Arctique, devra faire face dès le 15 mai prochain.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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