Décès de la «Dame de fer» qui a changé la face du Royaume-Uni

0
L'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher, le 8 juin 2010 à Londres (Photo: Archvives/Pool/Pool/Suzanne Plunkett/AFP)
L’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher, le 8 juin 2010 à Londres (Photo: Archvives/Pool/Pool/Suzanne Plunkett/AFP)

L’ex-Premier ministre britannique Margaret Thatcher, une des figures politiques du XXe siècle, est morte lundi à Londres à l’âge de 87 ans d’un accident vasculaire cérébral, un décès qui a conduit l’actuel chef du gouvernement David Cameron à interrompre sa mini-tournée en Europe.

«C’est avec une grande tristesse que Mark et Carol Thatcher annoncent que leur mère, la baronne Thatcher, est morte paisiblement ce matin, à la suite d’un accident vasculaire-cérébral», a indiqué le porte-parole de la «Dame de fer», Lord Tim Bell, dans un bref communiqué.

«Nous avons perdu un grand dirigeant, un grand Premier ministre et une grande Britannique», a immédiatement réagi David Cameron, soulignant sa «grande tristesse».

Membre comme Margaret Thatcher du Parti conservateur, David Cameron, qui se trouvait en Espagne au moment de l’annonce de sa mort, a décidé d’écouter la visite qu’il avait entamée en Europe pour défendre sa réforme de l’Union européenne et de rentrer à Londres.

Les obsèques de la «Dame de fer» donneront lieu à une cérémonie, mais il n’y aura pas de funérailles nationales, a précisé Downing Street. Margaret Thatcher sera incinérée, selon la même source.

La Reine s’est également dite «triste d’apprendre» son décès, dans un communiqué publié par Buckingham, précisant qu’elle allait envoyer un «message de sympathie» à la famille de Margaret Thatcher.

En Pologne, Lech Walesa, chef historique du syndicat polonais Solidarité, a aussi rendu hommage à celle «qui a contribué à la chute du communisme» en Europe.

Seule femme à avoir été Premier ministre au Royaume-Uni et personnalité majeure de la vie politique dans ce pays, Margaret Thatcher ne faisait plus que de rares apparitions.

Atteinte de la maladie d’Alzheimer et affaiblie physiquement, elle ne s’exprimait plus en public depuis 2002, sur les conseils de ses médecins, après avoir été victime de plusieurs attaques cérébrales.

Sa fille Carol avait révélé en 2008 dans ses mémoires que sa mère souffrait de démence sénile depuis sept ans.

Margaret Thatcher avait été hospitalisée en décembre dernier pour subir l’ablation d’une tumeur à la vessie, une opération alors qualifiée de «mineure» par son entourage.

«Maggie», qui a exercé trois mandats, a marqué la vie politique britannique du 20e siècle.

Issue d’un milieu modeste, elle avait été élue députée à 34 ans, avant de prendre la tête du parti conservateur en 1975, puis celle du gouvernement quatre ans plus tard.

Elle avait relancé l’économie du pays, considéré à son accession au pouvoir comme «l’homme malade de l’Europe». Mais elle reste célèbre pour son ultra-libéralisme autant que pour son intransigeance dans ses rapports avec les syndicats, les mineurs et les prisonniers de l’IRA, qui lui a valu son légendaire surnom de «Dame de fer».

Elle a profondément divisé l’opinion, s’attirant autant d’admiration que de haine tenace.

Récemment, le film «La Dame de fer», dans lequel elle est incarnée par Meryl Streep, avait relancé le débat sur l’héritage du thatchérisme.

Son mari, l’homme d’affaires Denis Thatcher, avec qui elle a eu les jumeaux Mark et Carol, est mort en 2003.

La «Dame de fer» qui a changé la face du Royaume-Uni

L’ancien Premier ministre conservateur Margaret Thatcher, décédée lundi à l’âge de 87 ans, restera à jamais la «Dame de Fer», qui aura remodelé le Royaume-Uni avec un libéralisme économique intransigeant et rétabli le prestige international du pays.

Son regard bleu acier perçant symbolisait une force de caractère sans faille. Le personnage ne fut sans doute jamais mieux saisi que par elle-même, lorsqu’elle lâcha: «Je suis pour le consensus. Le consensus sur ce que je veux faire.»

Ce refus exacerbé du compromis, au service de principes profondément ancrés – conservatisme social, libéralisme économique idée de la grandeur de son pays -, ne s’est jamais démenti en onze années d’exercice (1979-1990).

Ces convictions naissent certainement dans la stricte éducation prodiguée par un père méthodiste à la jeune Margaret Hilda Roberts, née le 13 octobre 1925, à Grantham (centre de l’Angleterre).

Devenue avocate après son mariage en 1951, elle rejoint les conservateurs, entre en 1959 à la chambre des Communes comme député de Finchley (nord de Londres), puis est entre 1970 et 1974 ministre de l’Education.

En 1975, elle prend la tête des Tories et quatre ans plus tard terrasse des travaillistes usés. Elle devient la première femme Premier ministre du pays, s’installant au 10 Downing Street jusqu’au 22 novembre 1990: une longévité record au 20ème siècle.

Un mot nouveau, le «thatchérisme» est popularisé. Pour relancer une économie qui a fait du pays le «malade de l’Europe», elle privatise à tout-va, fait baisser impôts et dépenses publiques et musèle les syndicats.

Mais la barre des 3 millions de chômeurs est dépassée, alors que la grève des mineurs au début des années 1980 se heurte à son intransigeance.

Elle cherche à rétablir le prestige de l’ex-Empire. La reconquête des îles Malouines en 1982 y contribue. Intime de Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, elle tient aussi son rôle dans la fin de la Guerre froide.

Mais son caractère implacable se retourne contre elle. Le rejet de la «poll tax», cet impôt local qu’elle ne parvient pas à imposer, sonne sa fin. Contestée au sein même de son parti, elle démissionne les larmes aux yeux en novembre 1990.

La baronne Thatcher se retire alors dans le quartier cossu londonien de Belgravia pour rédiger ses mémoires et se retire définitivement de la scène politique en 2002 pour des raisons de santé.

En juin 2003, le décès de son époux Denis l’affecte profondément, comme plus tard les démêlés judiciaires de son fils Mark.

En décembre 2005, moins de deux mois après avoir célébré son 80e anniversaire dans un grand hôtel de Londres, en présence de la reine Elizabeth II, elle est hospitalisée après s’être plainte de faiblesses.

Sa fille Carol Thatcher révèlera en 2008 que sa mère souffre de démence sénile, oubliant parfois que son mari est mort.

Depuis, elle est restée en retrait, ne participant pas à la réception organisée à Downing Street par le Premier ministre David Cameron pour son 85e anniversaire en 2010 ou aux célébrations du Jubilé de la reine Elizabeth II en 2012, pas plus qu’aux Jeux Olympiques de Londres.

Hospitalisée lors des fêtes de fin d’année 2012, elle a subit une opération d’une tumeur à la vessie et était depuis en convalescence.

Les commentaires sont fermés.