«Guantanamo est en train de me tuer» affirme un des prisonniers

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(Photo: Archives/Mate 1st Class Shane T. McCoy)
(Photo: Archives/Mate 1st Class Shane T. McCoy)

«Un homme ici ne pèse que 77 livres. Un autre, 98. La dernière chose que je savais, c’est que j’en pesais 132, mais c’était il y a un mois. J’ai fait une grève de la faim depuis le 10 février et j’ai perdu bien plus de 30 livres. Je ne mangerai pas jusqu’à ce qu’ils me rendent ma dignité.» C’est par ces quelques mots qu’un détenu de la prison américaine de Guantanamo raconte, dans une tribune publiée lundi 15 sur le New York Times, les souffrances qu’il endure depuis qu’il a entamé une grève de la faim.

Intitulé Guantanamo est en train de me tuer, cette tribune est la retranscription d’une conversation téléphonique avec son avocat.

Âgé de 35 ans et emprisonné depuis plus de 11 ans dans la prison controversée de Guantanamo, à Cuba, le Yéménite Samir Naji al-Hasan Moqbel indique qu’il n’oubliera «jamais la première fois qu’ils ont fait passer un tube par mon nez pour me nourrir. Je ne peux pas décrire à quel point c’est douloureux d’être nourri de cette façon».

«Deux fois par jour, ils m’attachent à une chaise dans ma cellule. Mes bras, mes jambes et ma tête sont sanglés. Je ne sais jamais quand ils vont venir. Parfois, ils ne viennent qu’à 23h quand je dors déjà», explique encore le gréviste de la faim. «Nous sommes si nombreux à faire la grève de la faim maintenant qu’il n’y a plus assez de personnels médicaux qualifiés pour effectuer ces gavages», dit encore le prisonnier.

Dans sa tribune, le Yéménite affirme avoir quitté son pays en 2000 pour l’Afghanistan, où il espérait trouver du travail pour gagner plus que les 50 $/mois qu’il gagnait dans une usine. Il dit avoir fuit vers le Pakistan voisin lors de l’invasion américaine l’année suivante, où il a été arrêté puis envoyé directement à Guantanamo.

«Comme la plupart des détenus de cette prison américaine tristement célèbre, Samir Naji al-Hasan Moqbel n’a jamais été jugé, ni même inculpé formellement. La seule raison pour laquelle je suis encore ici, c’est que le président Obama refuse de renvoyer des détenus au Yémen. Cela n’a aucun sens. Je suis un être humain, pas un passeport, et je mérite d’être traité comme tel.»

Il n’est en effet pas considéré comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis, mais ne peut être libéré à cause d’un moratoire sur le rapatriement des Yéménites décrété par Barack Obama en 2009.

Selon les avocats des prisonniers, une majorité des 130 détenus du camp VI sont en grève de la faim depuis début février à cause d’une fouille lors de laquelle des Corans ont été examinés d’une manière perçue par eux comme une profanation.

Selon le Pentagone, 43 grévistes détenus étaient en grève de la faim jeudi 11 avril, soit quatre fois plus qu’il y a un mois.

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Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d’exercices ou d’opérations, au plus près de l’action.
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