Guantanamo: les autorités admettent que la quasi-totalité des prisonniers est en grève de la faim

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Le 16 avril 2013, à Sanaa, des Yéménites portent des combinaisons similaires à celles de la prison de Guantanamo, en soutien aux détenus en grève de la faim (Photo : Archives / Mohamed Huwais / AFP)
Le 16 avril 2013, à Sanaa, des Yéménites portent des combinaisons similaires à celles de la prison de Guantanamo, en soutien aux détenus en grève de la faim (Photo: Archives/Mohamed Huwais/AFP)

À Guantanamo, rien ne va plus. Même les autorités militaires doivent maintenant admettre, après avoir cherché à minimiser l’ampleur du phénomène, que la quasi-totalité des prisonniers est en grève de la faim, donnant ainsi raison aux avocats des détenus, qui avaient sonné l’alarme depuis le début du mouvement, en février dernier.

Mise à jour au 27/04/13 à 16h30

À Guantanamo, la grève de la faim qui touche la prison depuis bientôt trois mois a atteint samedi la barre des 100 détenus grévistes, sur une population carcérale de 166 hommes, a annoncé un porte-parole de la prison, rapporte l’AFP.

Ce bilan quotidien est en constante augmentation depuis le début du mouvement le 6 février, et depuis les premiers chiffres fournis par les autorités militaires, qui évoquaient 9 grévistes de la faim le 11 mars.

Il se rapproche de plus en plus des estimations des avocats des détenus, qui clament depuis le début qu’environ 130 hommes observent ce jeûne.

Parmi les 100 grévistes de la faim dénombrés samedi, ajpute la dépêche de l’AFP, 20 étaient alimentés par des tubes reliés directement à l’estomac par la cloison nasale, selon le lieutenant-colonel Samuel House. Et parmi ces 20 prisonniers, cinq étaient toujours hospitalisés mais n‘étaient pas en “danger de mort”, a précisé le porte-parole, dans un communiqué.

La grève de la faim qui a débuté il y près de trois mois et n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis, toucherait maintenant 97 détenus sur un total de 166, dont 19 doivent être alimentés de force, de l’aveu même des autorités de la prison militaire située sur une base américaine sur l’île de Cuba pour éviter que les prisonniers, capturés à l’étranger dans le cadre de la lutte des États-Unis au terrorisme, ne puissent se prévaloir du système judiciaire américain.

Les autorités ne cherchent même plus à nier que le nombre de grévistes de la faim est en constante augmentation depuis le début du mouvement le 6 février et atteint maintenant un chiffre alarmant.

Les autorités de la prison militaire avaient commencé par minimiser l’importance de ce mouvement de grève de la faim, ne reconnaissant que 9 grévistes de la faim le 11 mars dernier, puis elles durent admettre qu’il y en avait 37, puis 84, et maintenant 97, soit près des deux tiers des prisonniers.

Selon le porte-parole des autorités militaires, le lieutenant-colonel Samuel House, sur 97 grévistes de la faim dénombrés, 19 sont alimentés par des tubes reliés directement à l’estomac par la cloison nasale et, toujours selon le porte-parole des autorités, cinq sur ces 19 sont hospitalisés, mais ne sont pas en danger de mort.

Coïncidence, détail sans importance, ou reflet de la gravité de la situation, depuis février, nous sommes passés de Robert Durand, un porte-parole avare de commentaires et ayant le grade de capitaine, à un porte-parole publiant des communiqués quotidiens et ayant le grade de lieutenant-colonel, Samuel House.

La grève de la faim a, sans contredit, ramené dans l’actualité la question de la prison militaire de Guantanamo et de ceux qui y sont incarcérés sans inculpation ni procès depuis 11 ans, et, le 5 avril, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navy Pillay, a appelé les États-Unis à fermer la prison de Guantanamo, disant que «l’incarcération indéfinie de plusieurs de ces prisonniers est une détention arbitraire et constitue une violation flagrante du droit international.»

Les avocats des détenus quant à eux, affirment depuis le début de l’histoire que ce sont au moins 130 détenus qui sont en grève de la faim, mouvement qui aurait été déclenché quand des corans avaient été examinés d’une manière que les prisonniers ont perçue comme une profanation religieuse.

Pour sa part, Human Rights Watch a déclaré, par la voix de sa porte-parole Laura Pitter, que «Les détentions illégales sans charge ni procès à Guantanamo se poursuivent depuis plus d’une décennie sans issue à l’horizon, ce n’est donc pas surprenant que les détenus se sentent désespérés», ajoutant «L’administration Obama doit simplement faire davantage pour mettre fin à cette pratique illégale qui marquera toujours l’histoire américaine d’une tache noire».

Après avoir hanté l’administration Bush, Guantanamo revient hanter l’administration Obama.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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