Irak: un assaut sanglant de l’armée met le feu aux poudres

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Plus d'un an après le retrait total des troupes américaines, l'Irak continue de vivre dans l'instabilité (Photo: Archives/Pardaphash)
Plus d’un an après le retrait total des troupes américaines, l’Irak continue de vivre dans l’instabilité (Photo: Archives/Pardaphash)

Vingt-cinq manifestants sunnites et deux militaires ont trouvé la mort, ce mardi, lors d’un assaut de l’armée irakienne contre leur campement, près de Kirkouk, dans le nord du pays. Après la fusillade mortelle, d’autres affrontements sanglants sous forme de représailles ont eu lieu dans le reste de la région.

Vingt-sept victimes et 70 blessés. Tel est le bilan dressé par l’armée irakienne à l’issue de son propre assaut, ce mardi, dans un campement d’opposants au Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki. Tôt dans la matinée, les forces irakiennes sont intervenues dans ce campement, situé dans la localité d’Hawija, à environ 170 km au nord de Bagdad. À en croire le ministère de l’Intérieur irakien, cette intervention a été mise en place suite à l’expiration d’un ultimatum pour que les manifestants livrent les assassins d’un soldat tué la semaine dernière.

Le ministère de l’intérieur a également déclaré, dans un communiqué, que les autorités ont «demandé aux manifestants pacifiques non armés d’évacuer la place» avant l’assaut, ajoutant que l’opération visait «l’armée des Naqchbandis», un groupe rebelle islamiste violemment opposé au gouvernement et qui est particulièrement actif à Kirkouk et sa région.

Un officier, cité sous couvert de l’anonymat, a affirmé à l’AFP que les forces armées irakiennes n’ont pas ouvert le feu en premier mais ne l’ont fait que lorsque les manifestants ont tiré. Une version également transmise par le ministère de la défense, précisant que les soldats ont riposté en situation de légitime défense après avoir été la cible de coups de feu.

Si les autorités ont également assuré avoir découvert des armes, notamment des lance-roquettes, des fusils d’assaut AK-47 ou encore des Kalachnikov, dans le campement, alors dévasté par les incendies, les réactions acerbes ne se sont pas faîtes attendre. Dénonçant cette intervention sanglante, des manifestants ont notamment assuré que les opposants n’étaient pas armés lorsque les soldats ont commencé à tirer et qu’ils étaient des centaines à camper depuis plusieurs semaines pour réclamer la démission de M. Maliki, à l’instar des sit-in organisés dans d’autres villes sunnites.

Par la suite, de violentes représailles ont eu lieu dans la région malgré l’instauration d’un couvre-feu. «Lorsqu’ils ont appris qu’il y a eu des morts et des blessés sur la place du sit-in, les membres des tribus des villages de la région ont attaqué les postes de contrôle de l’armée», a confié à l’AFP un porte-parole des manifestants, Abdel Malek Al-Joubouri. 13 d’entre eux ont perdu la vie selon des officiers irakiens.

À proximité de Ramadi, chef-lieu de la province sunnite d’Al-Anbar, dans l’ouest du pays, des manifestants armés ont tué six soldats alors qu’un septième a été enlevé, selon une source policière. Du côté de Souleimane Bek, dans la province de Salaheddine, une patrouille de l’armée a également été la cible d’une attaque de membres de tribus sunnites. Trois soldats kurdes irakiens ont été tués et 20 personnes blessées, selon Moulla Karim Shoukr, un haut responsable d’un parti kurde.

Deux ministres sunnites annoncent leur démission

Mais ces affrontements sanglants ont également eu écho au sommet des autorités irakiennes. Le gouvernement à majorité chiite de Nouri al-Maliki a en effet essuyé les démissions de deux ministres sunnites en guise de protestation. Dans un premier temps, «le ministre de l’Éducation, Mohammed Ali Tamim, a démissionné de son poste après que l’armée irakienne a fait irruption dans un sit-in dans [la province de]Kirkouk», comme l’a affirmé un responsable au sein du cabinet du vice-Premier ministre Saleh al-Moutlak.

Une démission suivie de près par celle du ministre des Sciences et des Technologies Abdel Karim al-Samarraï, ce dernier ayant contacté le président du Parlement irakien Osama al-Nujaifi pour lui annoncer son intention de quitter le gouvernement actuel.

Deux jours seulement après la tenue du scrutin provincial dans 12 des 18 provinces du pays, les violences et affrontements ne cessent toujours pas dans le pays. Si les résultats ne sont pas attendus avant le mois de mai pour les régions concernées, celle de Kirkouk n’avait pas pris part à ces élections. Et pour cause, le gouvernement avait décidé de reporter le scrutin suite à un contentieux entre les différentes communautés.

Réclamant la démission du Premier ministre, accusé d’accaparer le pouvoir, et la fin de la «marginalisation» dont elle s’estime victime, la communauté sunnite tente de se faire entendre. Mais les violences et attaques confessionnelles résonnent inlassablement dans un pays meurtri par plusieurs années d’occupation américaine et par ses divisions internes.


L’Irak de nouveau endeuillé par la violence sectaire – 23 avril 2013 (Vidéo: Euronews)

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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