Joseph Kony, le chef de la LRA, se cacherait au Soudan avec la complicité de l’Armée

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le chef rebelle Joseph Kony(Photo: Archives/NPR)
Le chef rebelle Joseph Kony(Photo: Archives/NPR)

Le chef de la guérilla de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) Joseph Kony, recherché par la Cour pénale internationale,par l’Ouganda et par les États-Unis, se cacherait au Soudan avec la complicité d’éléments de l’armée soudanaise, affirme l’organisation américaine «Resolve LRA Crisis», basée à Washington.

L’organisation américaine exploite système de collecte de données créée pour que ​​les atrocités de l’Armée de résistance du Seigneur ne restent pas dans l’ombre.

«Resolve LRA Crisis» a, notamment, mis sur pied un réseau radio d’alerte précoce, le Early Warning Radio Network, qui est composé de radios haute fréquence à longue portée qui donnent aux communautés en République démocratique du Congo et la République centrafricaine la possibilité de signaler les activités de la LRA à l’autre. Ce réseau prévient les communautés locales des mouvements de la LRA et prévient également les groupes humanitaires qui peuvent alors fournir des services aux communautés touchées.

En utilisant ainsi l’information provenant du réseau Early Warning Radio Network, des agences onusiennes et des ONG locales, l’organisation «Resolve LRA Crisis», qui cite «des témoins oculaires», affirme que des «éléments de l’armée soudanaise ont activement fourni à Kony et à d’autres dirigeants de la LRA un sanctuaire périodique dans le territoire contrôlé par le Soudan de 2009 à janvier 2013 au moins».

«Hidden in plain sight»

Le nouveau rapport de «Resolve LRA Crisis», «Hidden in plain sight», montre des photos-satellite du camp de Kafia Kingi, un camp récemment abandonné de la LRA sur le territoire soudanais le long de la frontière disputée avec le Soudan du Sud, où Joseph Kony avait été repéré fin 2012.

Carte tirée du rapport de «Resolve LRA Crisis», montrant les activités de la LRA détectées par l’organisme au Soudan de 2009 à 2013 (Carte: Resolve LRA Crisis)

Le rapport fait aussi état de l’historique des relations entre Joseph Kony et l’Armée de résistance du Seugneur, d’une part, et le Soudan, d’autre part.

Selon le rapport de l’organisme américain, que le Soudan ait ainsi abrité Kony dans le camp de Kafia Kingi n’est que le dernier épisode dans l’histoire de la collaboration entre le chef de guerre rebelle et le Soudan.

Une histoire qui a commencé en 1994, a connu des hauts et des bas, la relation entre Kony et le Soudan s’étant dégradée entre 1999 et début 2002, amélioré de 20022 à 2004, de nouveau détérioré en 2004, mais rétablit en 2009…C’est presque l’histoire d’un vieux couple.

Quant aux Forces armées soudanaises, elles ont formellement démenti les informations de l’organisation américaine, qu’elles ont qualifiées d’«absolument fausses et infondées», rapporte l’agence Sudan News Agency.

L’Armée de résistance du Seigneur

Les rebelles de la LRA se sont illustrés par des pillages, viols, mutilations, meurtres et enrôlements forcés d’enfants ensuite utilisés comme soldats et esclaves sexuels.

la LRA était active dans le nord de l’Ouganda depuis 1988, mais a migré depuis 2005 dans le nord-est de la RDC, ainsi qu’en Centrafrique et au Soudan du Sud. Elle ne compte plus aujourd’hui qu’environ 250 hommes aguerris qui vivent de pillages et d’exactions.

La Cour pénale internationale est actuellement saisie de l’affaire Le Procureur c. Joseph Kony, Vincent Otti, Okot Odhiambo et Dominic Ongwen. Cinq mandats d’arrêt ont été délivrés dans le cadre de cette affaire à l’encontre des cinq principaux dirigeants de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA).

Joseph Kony serait pour sa part pénalement responsable de 33 chefs de crimes consistant en:

  • Douze chefs de crimes contre l’humanité : meurtre, réduction en esclavage, esclavage sexuel, viol, actes inhumains causant de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique
  • Vingt et un chefs de crimes de guerre : meurtre, traitements cruels à l’encontre de civils, le fait de diriger intentionnellement une attaque contre une population civile, pillage, encouragement au viol et enrôlement forcé d’enfants.

La traque

L’armée ougandaise, appuyée par une centaine de soldats américains des Forces spéciales, menait d’ailleurs depuis 2008 une chasse à l’homme pour retrouver Joseph Kony et les États-Unis, pour leur part, ont offert une récompense de 5 millions de dollars à toute personne qui donnerait des informations menant à la capture de Kony.

Toutefois, l’Ouganda a annoncé début avril la suspension de la traque de Joseph Kony, en raison du manque de collaboration du nouveau gouvernement centrafricain de Michel Djotodia.

Il est aussi à noter que le président du Soudan, Omar Al-Bashir, est lui-même inculpé par la CPI de crime de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide, et considéré par la cour comme «actuellement en fuite».


L’organisation «Resolve LRA Crisis» explique sa mission et son fonctionnement (Vidéo: Resolve LRA Crisis)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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