Kaesong, c’est fini: retrait total du Sud, le complexe est maintenant clos

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Le complexe industriel de Kaesong, en Corée du Nord (Photo: Archives/Mimura, WikiC)
Le complexe industriel de Kaesong, en Corée du Nord (Photo: Archives/Mimura, WikiC)

Kaesong, c’est fini, pour l’instant du moins. Après le refus de Pyongyang d’un dialogue intercoréen sur la question du complexe industriel intercoréen à Kaesong, le ministre de l’Unification de Séoul, Ryoo Kihl-jae, a annoncé à 18 heures, ce 26 avril [NDLR, nous avons 13 heures de décalage avec la Corée] le «retrait total» des Sud-Coréens restés à Kaesong, rapporte l’agence sud-coréenne Yonhap.

Le ministre sud-coréen de l’Unification a déclaré «notre gouvernement a proposé plusieurs fois de résoudre les problématiques liées au complexe industriel intercoréen de Kaesong par le biais du dialogue, mais le Nord a refusé et a suspendu ses activités en retirant les travailleurs nord-coréens», «même la demande d’une visite de la délégation des représentants des entreprises implantées à Kaesong a été rejetée et les dégâts causés par cette suspension sont très graves pour nos entreprises qui ont investi au complexe de Kaesong.»

«La Corée du Nord a également refusé notre demande de dialogue pour un approvisionnement en aliments et médicaments destinés aux Sud-Coréens à Kaesong. Ce refus ne peut en aucun cas être justifié et la difficulté de nos compatriotes sur place s’aggrave de plus en plus. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé un retrait total», a-t-il ajouté.

Le 3 avril dernier, Pyongyang avait décidé, unilatéralement, d’interdire aux Sud-Coréens l’accès au complexe, situé sur son territoire à une dizaine de kilomètres de la frontière et, quelques jours plus tard, le 9 avril, le régime de Kim Jong-Un en a retiré ses 53 000 employés, causant l’arrêt de la production dans les usines du complexe industriel.

Depuis, le complexe était à l’arrêt et, sur les près de 900 travailleurs sud-coréens normalement présents sur place, seuls restaient environ 175 employés qui veillaient sur les bâtiments des 123 entreprises sud-coréennes implantés à Kaesong.

La semaine dernière, une dizaine de représentants des quelque 123 entreprises sud-coréennes de Kaesong avaient demandé l’autorisation au régime nord-coréen de se rendre dans la zone industrielle afin d’approvisionner les travailleurs sud-coréens restés sur place en riz, médicaments et kimchi (le plat de base en Corée), mais en avait été empêchés par la Corée du Nord.

C’est dans ce contexte extrêmement tendu entre Séoul et Pyongyang, la Corée du Sud avait proposé, cette semaine, l’ouverture d’entretiens formels avec son homologue du Nord, prévenant qu’il était urgent de trouver une solution à ce problème.

«Nous présentons à la RPDC [République populaire démocratique de Corée] une offre officielle de pourparlers au niveau opérationnel et d’assistance humanitaire aux travailleurs de la Corée du Sud dans le complexe de Kaesong», avait déclaré, dans un communiqué, le ministère sud-coréen de l’Unification.

Le ministre sud-coréen de l’Unification, Ryoo Kihl-jae, a accusé Pyonyang de revenir sur une série d’accords signés avec le Sud en 2004. Kaesong est, ou, devrait-on dire maintenant, était, l’unique reliquat des efforts de rapprochement inter-coréen, après le gel des relations bilatérales en 2010. Il a généré en 2012 un chiffre d’affaires de 469,5 millions $, une manne en termes d’emploi, d’impôts et d’apport en devises étrangères. Précieuse source de devises étrangères dont la Corée du Nord a grand besoin, le site était toujours resté ouvert à de rares et brèves exceptions près.

La Corée du Nord avait invoqué les exercices militaires conjoints annuels entre la Corée du Sud et les États-Unis, commencés en mars et qui se termineront bientôt, et la «menace de guerre» comme raison de l’interdiction d’accès à Kaesong aux travailleurs et aux matières premières du Sud et du retrait de ses propres travailleurs.

La Commission de défense nationale nord-coréenne avait affirmé que la décision de Pyongyang d’interdire l’accès du personnel au complexe était due aux remarques du ministre de la Défense sud-coréen Kim Kwan-jin faisant allusion à la possibilité d’opérations militaires dans le cas d’une prise en otage des travailleurs sud-coréens.

«L’interdiction d’accès et la suspension temporaire des opérations avaient pour but d’empêcher que le complexe ne devienne une excuse pour débuter une guerre totale», a dit la Commission nord-coréenne., blâmant le Sud pour la situation.

Le ministre sud-coréen Ryoo a déclaré que, bien son gouvernement reste ouvert à un dialogue pour la réouverture du complexe. «Nous considérons Kaesong comme temporairement clos».

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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