Kimberly Rivera, l’opposante américaine à la guerre expulsée du Canada, condamnée à 14 mois

0

Lundi 29 avril, lors d’une audience en cour martiale à Fort Carson, Colorado, Kimberly Rivera, l’opposante à la guerre américaine en Irak qui s’était réfugiée au Canada, mais en avait été expulsée le 20 septembre dernier, été condamnée à 14 mois de prison militaire et à la radiation de l’armée pour conduite déshonorante.

Un accord entre les parties a toutefois permis que la peine soit réduite à 10 mois de détention.

La soldate américaine s’était réfugiée au Canada en 2007 parce qu’elle refusait de retourner combattre en Irak. Au moment de son expulsion, elle vivait à Toronto avec son mari et ses quatre enfants, dont deux qui sont nés au Canada.

Le Canada, jadis, avait accueilli des dizaines de milliers de déserteurs américains pendant la guerre du Vietnam, mais,  lors du conflit en Iraq, les déserteurs qui ont fui au Canada et ont tenté d’obtenir le statut de réfugié n’ont pas eu gain de cause.

Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, avait qualifié les résistants à la guerre en Irak de « faux demandeurs d’asile ». Il  a fait parvenir en juillet 2010 un bulletin à tous les agents d’immigration dans lequel il affirmait que les demandes d’asile de militaires américains qui avaient refusé de servir en Iraq étaient inacceptables.

La Commission de l’immigration et du statut de réfugié avait donc ordonné à Rivera de quitter le Canada en janvier 2009.

Kimberly Rivera avait fait appel de cette décision, mais en vain, et, le 20 septembre dernier, elle a été renvoyée aux États-Unis où elle a été immédiatement arrêtée, détenue et remise entre les mains de l’armée américaine.

Rivera, punie pour avoir trop parlé, dit son avocat

Soldate de première classe, Kimberly Rivera avait été déployée en Irak en 2006 et a demandé l’asile au Canada en 2007 parce qu’elle a décidé qu’elle ne pouvait plus être complice de la guerre.

La décision de l’expulser suite à l’échec de sa demande d’asile politique a finalement été exécutée après une décision négative sur son évaluation des risques avant renvoi (ERAR) et le rejet, par un juge de la Cour fédérale canadienne de sa demande de sursis.

«Kim est puni pour ses croyances et de ses commentaires à la presse alors qu’elle se trouvait au Canada», a déclaré James M. Branum, l’avocat qui a représenté Rivera en cour martiale. «Parce qu’elle s’est prononcée contre la guerre en Irak, la peine de Kim est plus sévère que la peine infligée à 94 pour cent de déserteurs qui ne sont pas punis [et contre qui on n’a pris que des mesures administratives].

L’accusation a d’ailleurs fait valoir dans sa plaidoirie que le juge devait donner à Rivera une peine sévère pour «pour envoyer un message aux autres opposants à la guerre au Canada et leurs partisans.»

Près de 200 déserteurs américains vivraient encore au Canada, dont certains dans la clandestinité.

Amnistie internationale, le Congrès du travail du Canada, et le  Prix Nobel de la paix Desmond Tutu, avaient appuyé la cause de Kimberley Rivera. En outre, 19 000 personnes avaient signé une pétition en ligne contre sa déportation, et des manifestations ont eu lieu la veille de sa déportation, dans plusieurs villes canadiennes pour demander au gouvernement d’y surseoir.

«Le gouvernement conservateur savait que Kim serait emprisonnée et séparée de ses enfants quand ils ont forcée à retourner aux États-Unis, mais ils ont applaudi son expulsion», a déclaré Michelle Robidoux, porte-parole de la «Campagne d’appui aux résistant(e)s à la guerre». «Ils sont en décalage avec la grande majorité des Canadiens qui s’opposent à la guerre en Irak et qui soutiennent le droit des résistants américains à la guerre de rester au Canada.»

Un autre opposant, lui, gagne en Cour fédérale

Le 1er février de cette année, toutefois, la Cour fédérale du Canada a rendu une décision bien différente dans le cas d’un autre opposant américain à la guerre, Jules Tindungan, estimant que la cour martiale américaine «ne parvient pas à se conformer aux exigences de l’équité de base figurant dans le droit canadien et international.»

La Cour a également conclu que le Conseil du statut de réfugié n’avait pas réussi à traiter correctement les preuves que les soldats qui ont parlé publiquement de leurs objections à des actions militaires américaines sont soumis à des peines particulièrement sévères pour avoir exprimé publiquement leurs opinions politiques.

«La sentence que Kim a reçue aujourd’hui», déclare Michelle Robidoux, de la «Campagne d’appui aux résistant(e)s à la guerre», « souligne les préoccupations que nous soulevons depuis le début», ajoutant que «la Cour fédérale reconnaît maintenant que les soldats qui se prononcent contre les guerres injustes font face à des sanctions plus sévères et n’ont aucun recours dans le système de justice militaire américaine.»

À lire aussi:

La militaire américaine qui demandait l’asile au Canada expulsée le 20 septembre (MàJ) >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.