La Défense française face à la rigueur du Livre Blanc

0
Le Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité nationale a été remis, ce lundi, au président de la République française, François Hollande (Photo: Présidence de la république française)
Le Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité nationale a été remis, ce lundi, au président de la République française, François Hollande (Photo: Présidence de la république française)

Entre contraintes économiques et autonomie stratégique, le ministère de la Défense française doit, une fois n’est pas coutume, s’adapter, tant bien que mal, aux politiques actuelles de rigueur. Mais, comme le précise le tout nouveau Livre Blanc, remis ce lundi au président de la République, François Hollande, la France entend affirmer son rôle de puissance stratégique aux yeux de la communauté internationale.

«Je ne connais pas de ministère qui ait connu autant de réformes depuis 1997, avec des réussites bien sûr, mais aussi avec des échecs». En guise d’ouverture pour la présentation, ce lundi, du Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité nationale, le ministre de la Défense française Jean-Yves Le Drian a évoqué ses projets, ses attentes mais aussi ses craintes de voir le champ d’action militaire français se réduire à mesure que les années avancent.

 

Pour ce quatrième Livre Blanc depuis 1972, cinq ans après celui de 2008, la Défense française prévoit en effet de poursuivre et d’intensifier la réduction des postes à l’horizon 2019. En plus des 10 000 suppressions d’emplois prévues dans l’ancien plan 2008-2015, la «déflation des effectifs», terme évoqué par le ministère de la Défense, verra 24 000 autres postes civils ou militaires être supprimés jusqu’en 2019.

Alors qu’elle doit être présentée au Parlement français dès le mois de juillet par M. Le Drian, la prochaine Loi de programmation militaire doit définir la répartition finale des réductions pour les différentes armées lors de la période 2014-2019. Constatant le bouleversement économique provoqué par la crise de 2008, la Défense française entend ainsi proposer «une cohérence nécessaire entre les engagements contractuels et les ressources disponibles» pour perpétuer sa tradition d’indépendance et de souveraineté. Le nouveau Livre Blanc prévoit un budget de près de 235 milliards $ entre 2014 et 2019, auxquels s’ajouteront près de 243 milliards $ pour la période 2020-2025.

Malgré les exigences du ministère du Budget français, la Défense est également parvenue à stabiliser son budget pour l’an prochain, soit environ 41.1 milliards $. Une stabilité qui ne s’avère cependant que de façade. Car au travers de ses efforts constants, la Défense a choisi de rééquilibrer son budget grâce à des recettes exceptionnelles. Les cessions de ses participations dans l’industrie de la Défense, les ventes de biens immobiliers ou encore de fréquences hertziennes pourraient rapporter quelques 5,9 milliards $ au ministère. C’est en tout cas ce qu’espère Jean-Yves Le Drian.

«Un projet nouveau»

En visite au Mali en mars dernier, le ministre de la Défense française, Jean-Yves Le Drian, doit faire face à l'effort de redressement des dépenses publiques nationales (Photo: Archives/ECPAD)
En visite au Mali en mars dernier, le ministre de la Défense française, Jean-Yves Le Drian, doit faire face à l’effort de redressement des dépenses publiques nationales (Photo: Archives/ECPAD)

Conscient des mesures drastiques auxquelles la Défense doit faire face depuis de nombreuses années, ce dernier tente de faire face aux menaces actuelles tout en remplissant les «missions de protection, de dissuasion et d’intervention» définies par le nouveau Livre Blanc. «Avec ce projet,  nous créons une dynamique, fondée à la fois sur la crédibilité et l’ambition», a-t-il rappelé, ce lundi. Avant d’ajouter qu’«il s’agit bien d’un projet nouveau, porteur de la continuité de notre politique de défense et de l’adaptation aux défis de demain».

À travers ces «défis de demain», la Défense française entend ainsi mettre l’accent sur la dissuasion nucléaire mais aussi sur ses capacités de renseignement, d’anticipation et de lutte contre les cybermenaces. En lançant un «nouveau champ stratégique», la France entend ainsi se munir contre tous risques et menaces intérieurs comme extérieurs.

Comme redouté, l’armée de terre devrait être le principal concerné des politiques de rigueur à venir. Alors que le Livre Blanc de 2008 avait réduit le nombre d’hommes projetables en urgence de 50 000 à 30 000 hommes, le nouvel ouvrage de référence pour les orientations sécuritaires de la France prévoit de porter ce nombre à 15 000 hommes. Une manière, pour la Défense, de s’ajuster aux contraintes actuelles, dénonçant ainsi le caractère irréalisable de certaines stratégies énoncées dans le Livre Blanc précédent.

Une armée capable de mener deux à trois opérations de gestion de crise

Pour autant, la France souhaite conserver son «autonomie stratégique» à l’échelle internationale. Les récentes interventions, au Mali notamment, ont ainsi pu prouver l’efficacité des forces armées tricolores. Mais le faible appui des alliés européens et internationaux a également témoigné de la délicate collaboration interétatique. «Les armées devront remplir des missions non permanentes d’intervention à l’extérieur de nos frontières. […] Elles devront pouvoir mener ce type d’opérations [de gestion de crise, ndlr]dans la durée sur deux ou trois théâtres distincts dont un en tant que contributeur majeur», précise le Livre Blanc.

Face aux critiques émanant du secteur militaire et aux craintes du ministre Le Drian, la Défense française tente ainsi de s’adapter aux exigences sécuritaires et économiques actuelles pour affirmer son rayonnement international au sein de l’Union européenne et de l’OTAN. «À l’horizon 2025, les armées françaises disposeront des capacités de commandement et de contrôle permettant d’assurer à tout moment, au niveau stratégique, le commandement opérationnel et le contrôle national des forces engagées. Elles pourront aussi bien planifier et conduire des opérations autonomes ou en tant que Nation-cadre d’une opération multinationale, que contribuer au plus haut niveau à des opérations multinationales», conclue ainsi le Livre Blanc.

Entre ambition et crédibilité, ce nouvel outil de travail pour le président de la République française symbolise les grandes orientations et dispositions de la Défense nationale pour les années à venir. Si elles s’avèrent plus précaires, ces perspectives se veulent des plus réalistes.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

Les commentaires sont fermés.