La Serbie se dit esseulée dans ses négociations avec le Kosovo

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La haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎, Catherine Asthon, doit rendre à la mi-avril son rapport d'étape à l'Union européenne sur les négociations sur l'adhésion de la Serbie à l'UE (Photo: Archives/Union Européenne)
La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎, Catherine Asthon, doit rendre à la mi-avril son rapport d’étape à l’Union européenne sur les négociations sur l’adhésion de la Serbie à l’UE (Photo: Archives/Union Européenne)

Dans un entretien accordé au journal serbe Večernje novosti, le Premier ministre serbe, Ivica Dacic, a évoqué un manque de soutien criant de la part des pays occidentaux dans ses négociations avec le Kosovo.

«La situation est très grave. On se noie dans les sables mouvants (…). Nous pouvons présenter nos meilleurs arguments, l’Occident ne les écoute pas», a ainsi déclaré le chef du gouvernement serbe. Pour Ivica Dacic, le comportement des pays européens amènent Belgrade à s’interroger sur la nécessité ou non d’accélérer les pourparlers en vue d’une adhésion à l’Union européenne.

«Ainsi, le peuple serbe se retrouve devant un dilemme: faut-il ou non progresser vers l’adhésion à l’UE? D’autre part, nous n’avons pas d’alternative», a-t-il ajouté, démontrant ainsi que la Serbie se trouve dans une situation bien inconfortable.

À l’issue d’une huitième et dernière réunion sous médiation de l’Union européenne, Belgrade et Pristina n’avaient toujours pas trouvé d’accord, ce mardi, sur l’épineux problème du Nord-Kosovo. Un blocage tenace qui pourrait mettre en péril la volonté serbe d’engager les discussions avec les dirigeants européens, dès le sommet de juin prochain, pour devenir membre de l’UE.

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, doit en effet rendre, dans les prochains jours, son rapport d’étape à l’Union européenne qui devra ensuite statuer si la Serbie est habilitée ou non à entamer en juin des négociations sur son adhésion à l’UE.

Région peuplée à forte majorité serbe, le Nord-Kosovo est au cœur des divergences entre Belgrade et Pristina. Si la Serbie souhaite une autonomie élargie en créant notamment une association de municipalités disposant de pouvoirs exécutifs, le Kosovo y est fortement opposé, craignant, à terme, une sécession du nord du pays.

Face à la proposition de Pristina de créer cette fameuse association, Belgrade a évoqué «une farce» et «une capitulation», les municipalités serbes ne disposant que de trop peu pouvoir exécutif à son gout. «Nous essayons, nous voulons arriver à une entente. J’ai mis beaucoup d’efforts. […] C’est dommage de jeter tout ça. Malheureusement, tout le cours des négociations est conditionnée par la dynamique d’obtenir une date pour le début des négociations d’adhésion de l’UE», a regretté Ivica Dacic.

«Nous avons convenu que dans les prochains jours, nous analyserons les conséquences d’une acceptation ou d’un refus. Il ne fait aucun doute que cela fera des dégâts», a-t-il précisé, ajoutant que «les gens doivent être conscients de la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons».

Belgrade craint pour son «développement économique»

Le Premier ministre serbe, Ivica Dacic, a rendu visite à son homologue français, Jean-Marc Ayrault, ce jeudi, à Paris (Photo: Benoit Granier/Matignon)
Le Premier ministre serbe, Ivica Dacic, a rendu visite à son homologue français, Jean-Marc Ayrault, ce jeudi, à Paris (Photo: Benoit Granier/Matignon)

Belgrade doit donc statuer rapidement sur une éventuelle infirmation de sa position, une alternative à laquelle le chef du gouvernement serbe se doit de réfléchir face à l’âpreté des discussions actuelles. Espérant «un compromis», Ivica Dacic a évoqué l’unité des autorités serbes sur le dossier du Nord-Kosovo. Pas question, donc, de signer un tel accord avec Pristina.

Mais le Premier ministre serbe sait ô combien un refus catégorique pourrait toucher le pays, «non seulement pour arrêter le processus d’intégration européenne dans les deux prochaines années, mais aussi en termes de développement économique, de nouvelles pressions, non seulement politique, mais aussi, éventuellement, un soutien supplémentaire pour les mouvements sécessionnistes et les forces au sein de la Serbie».

Dénonçant le manque de soutien occidental, Ivica Dacic a ainsi tenu à faire passer un message fort aux autorités européennes. Son déplacement à Paris, ce jeudi, en est une illustration parfaite. À l’issue de cette visite officielle, le chef du gouvernement français, Jean-Marc Ayrault, a tenu à réaffirmer le soutien de la France «pour la recherche d’une solution qui constituerait un développement important pour la stabilité de la région et pour la perspective européenne de la Serbie», peut-on lire dans un communiqué du gouvernement français.

Pris dans l’étau de ses espoirs européens et de l’instabilité régionale, Belgrade se sait désormais à un carrefour diplomatique et stratégique important. Catherine Ashton débutant la présentation de son rapport dès le 10 avril prochain, les autorités serbes doivent apporter une réponse imminente pour statuer sur ce dossier et éviter un statut-quo inefficace pour chaque partie.


Échec des pourparlers Serbie-Kosovo – 2 avril 2013 (Vidéo: Euronews)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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