Le conflit syrien, «une dérive du Printemps arabe»

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D'un soulèvement pacifique, la crise syrienne est devenue progressivement un véritable conflit armé entre rebelles et gouvernement (Photo: Archives/AFP)
D’un soulèvement pacifique, la crise syrienne est devenue progressivement un véritable conflit armé entre rebelles et gouvernement (Photo: Archives/AFP)

Après plus de deux ans de conflit armé, la tragédie syrienne continue d’être préoccupante. Alors qu’aujourd’hui la guerre civile fait rage aux quatre coins du pays, le soulèvement populaire, en mars 2011, a vu la violence et les armes ôter progressivement tout caractère pacifique à sa démarche initiale.

«Le point de départ de ce conflit, ce sont les graffitis anti-gouvernementaux de plusieurs enfants». Par ces mots, Julia Grignon met en perspective l’embrasement aussi rapide que tragique d’une société meurtrie. Pour cette professeure à la Faculté de droit de l’Université Laval, spécialisée en droit international humanitaire, la question des enjeux diplomatiques et confessionnels reste au centre des attentions. Car après deux ans d’affrontements et de répression, le pays subit encore et toujours les bombardements, attentats ou autres attaques en tout genre de chaque camp.

Frédéric Mégret, professeur agrégé à la faculté de droit de l'Université McGill et spécialiste du droit international, entouré de Julia Grignon et Sami Aoun (Photo: Gaëtan Barralon/45eNord.ca)
Frédéric Mégret, professeur agrégé à la faculté de droit de l’Université McGill et spécialiste du droit international, entouré de Julia Grignon et Sami Aoun (Photo: Gaëtan Barralon/45eNord.ca)

Une actualité brûlante et récurrente qui a amené la Société québécoise de droit international (SQDI) à organiser une conférence, ce vendredi, à l’université McGill de Montréal. En hommage à Katia Boustany, ancienne professeure, ex-présidente de la SQDI et grande spécialiste du droit international humanitaire, cette table ronde avait pour thème «La Syrie : analyse politique et juridique d’un conflit». Pendant près de deux heures, Julia Grignon et Sami Aoun, professeur titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et spécialiste reconnu du Moyen-Orient et de l’islam, ont pu échanger leur vision de ce conflit sous le contrôle de Frédéric Mégret, professeur agrégé à la faculté de droit de l’Université McGill, spécialiste du droit international et médiateur de la conférence.

Au cœur des débats, la radicalisation des mouvements de protestation pacifique a engagé un bras de fer, jusqu’à présent interminable, entre la rébellion et le régime de Bachar al-Assad. «Au lieu d’un Printemps citoyen, on s’est dirigé vers un Printemps sunnite», a constaté Sami Aoun. Évoquant la propagande menée par le chef d’État syrien, le professeur de l’université de Sherbrooke a également ajouté que cette situation a mis les libéraux syriens dans l’embarras face à ce radicalisme progressif. Au fil de la répression militaire, les opposants au régime se sont organisés pour mettre en place l’Armée syrienne libre (ASL), efficace dès novembre 2011. Une date à laquelle Julia Grignon a noté «le point tournant» de ce conflit. Et pour cause, l’opposition a alors offert un visage et un discours plus ou moins unis aux yeux de la communauté internationale.

Un «déni de guerre civile» de la part de Bachar al-Assad

Mais l’opacité et la rigueur du droit international ont freiné l’intervention extérieure, qu’elle soit politique ou humanitaire. «Il est difficile de déterminer la qualification, le régime juridique d’un conflit lorsque les évènements sont en train de se dérouler», a regretté Julia Grignon. Pire encore, la professeure de l’Université Laval a fait remarquer l’absence totale d’autorité qualifiée pour nommer la nature d’un conflit. «En général, la communauté internationale se tourne vers le Comité international de la Croix-Rouge mais celui-ci a des visées opérationnelles dans ce contexte», a-t-elle constaté. Évoquant le «concept flou» de «responsabilité de protéger», Julia Grignon a ainsi noté une certaine «remise en cause de l’impartialité des ONG dans le cas d’une telle intervention militaire».

De son côté, Sami Aoun a regretté le «déni de guerre civile» de la part du régime de Bachar al-Assad. «La guerre s’exprime plus clairement au Liban», a-t-il ajouté en référence aux affrontements à caractère confessionnel présents chez le voisin libanais. Face à cette instabilité régionale, Sami Aoun s’est également inquiété d’une «re-balkanisation» du Moyen-Orient. Une vision étayée par ce qu’il considère comme une «stratégie de pourrissement» des États-Unis. «L’administration Obama ne veut pas être une nouvelle administration Bush et payer le prix de sa vision conquérante du monde musulman», a-t-il ajouté.

Pour Washington, la crainte d’un nouvel échec au coeur du Printemps arabe reste importante. Dans son rapport annuel, présenté ce vendredi par le secrétaire d’État John Kerry, le département d’État américain a assuré que «l’espoir né aux premiers jours du Réveil du monde arabe a buté sur les dures réalités de transitions contestées et incomplètes». Évoquant de nouveaux gouvernements qui «traînent les pieds pour garantir les droits des plus vulnérables et bâtir des institutions démocratiques», le rapport a également cité des pays comme la Syrie, le Yémen, Bahreïn, l’Irak, l’Égypte ou encore la Libye comme des «régimes autoritaires qui ont systématiquement réprimé le développement de sociétés civiles et d’institutions démocratiques».

Symbolisé par l’Irak, le parcellement progressif de la région à travers les différentes confessions religieuses se mêle aux intérêts plus ou moins importants des acteurs internationaux. De quoi offrir une «impasse diplomatique» à un peuple syrien meurtri depuis plus de deux ans par la répression d’un mouvement aux origines pacifistes.


Un an de révolte en Syrie: un régime condamné, un pays meurtri – 13 mars 2013 (Vidéo: AFP)

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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