Le nouveau Premier ministre libanais veut protéger son pays du conflit syrien

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Le nouveau Premier ministre du Liban, Tamam Salam, s'adresse à la presse au palais présidentiel de Beyrouth, le 6 avril 2013 (Photo: Anwar Amro/AFP)
Le nouveau Premier ministre du Liban, Tamam Salam, s’adresse à la presse au palais présidentiel de Beyrouth, le 6 avril 2013 (Photo: Anwar Amro/AFP)

Le Liban s’est doté samedi d’un nouveau Premier ministre, Tammam Salam, une personnalité politique de consensus qui s’est aussitôt engagé à protéger son pays des répercussions du conflit en Syrie voisine.

«Le président de la République Michel Sleimane a chargé M. Salam de former un gouvernement», a annoncé la présidence en début d’après-midi.

La nomination de ce membre modéré de l’opposition survient deux semaines après la démission du gouvernement de Najib Mikati au sein duquel le camp du Hezbollah était très influent, suscitant des craintes d’un vide et d’une déstabilisation du Liban déjà fragilisé par la guerre en Syrie.

Député de Beyrouth âgé de 67 ans, Tammam Salam a reçu le soutien de la majorité des groupes parlementaires, notamment celui de l’opposition appuyée par les États-Unis et l’Arabie saoudite, du camp du puissant parti chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran et Damas.

«Je m’engage à faire sortir le Liban des divisions politiques qui se sont répercutées sur le plan de la sécurité, à éloigner les dangers de la situation tragique (dans le pays) voisin», a indiqué M. Salam, peu après avoir été nommé au poste.

Il a tendu la main à toutes les parties sur la scène politique libanaise, estimant que son devoir était «d’œuvrer pour l’intérêt du pays, en coopération avec toutes les parties politiques».

«Je suis conscient qu’il s’agit d’une période sensible, qu’il y a des échéances importantes (législatives 2013) et j’espère que les dirigeants politiques poursuivront les consultations dans le même esprit positif (…) en vue de former un nouveau gouvernement», a-t-il ajouté.

Au sein de l’opposition, Tammam Salam est considéré comme une voix modérée par rapport aux «faucons» farouchement hostiles au Hezbollah et à son arsenal.

Mais il devra mener d’intenses tractations pour former son gouvernement, le camp du Hezbollah se prononçant d’ores et déjà pour un gouvernement d’union nationale, ainsi que le leader druze Walid Joumblatt, à la tête d’un groupe parlementaire «centriste» qui fait de lui un «faiseur de rois».

«Je vais œuvrer pour la formation d’un gouvernement d’intérêt national», s’est contenté de dire M. Salam.

La Syrie, pomme de discorde Le 22 mars, M. Mikati avait démissionné après des divergences avec le Hezbollah sur la nomination d’un chef de police hostile à Damas, avec en filigrane le conflit syrien.

M. Mikati prônait une politique de neutralité envers la crise en Syrie, alors que le Hezbollah défendait ouvertement le régime de Bachar al-Assad.

Plusieurs incidents impliquant des tirs de l’armée syrienne en direction du territoire libanais ont secoué la frontière des deux pays, faisant craindre un débordement du conflit.

Médias et experts ont souligné le rôle de Ryad, poids-lourd dans la politique libanaise et qui soutient les adversaires du Hezbollah, dans la nomination de M. Salam.

Le quotidien libanais Al-Akhbar proche de Damas a accusé Ryad de mener un «contre-coup d’État» visant le Hezbollah et la Syrie, en poussant pour la nomination de Tammam Salam.

Le journal faisait référence à la chute en 2011 du gouvernement d’union nationale de Saad Hariri, actuel chef de l’opposition, après la démission des ministres du parti chiite, une initiative qualifiée de «coup d’État» par le camp anti-Hezbollah.

L’arsenal du Hezbollah est l’une des principales pommes de discorde entre les parties rivales.

Tammam Salam, nouveau Premier ministre du Liban, rencontre le président Michel Sleiman au palais présidentiel, à Beyrouth, le 6 avril 2013 (Photo: Anwar Amro/AFP)
Tammam Salam, nouveau Premier ministre du Liban, rencontre le président Michel Sleiman au palais présidentiel, à Beyrouth, le 6 avril 2013 (Photo: Anwar Amro/AFP)

Qui est Tamman Salam?

Tammam Salam, chargé samedi de la lourde tâche de former un nouveau gouvernement au Liban, appartient à l’une des plus grandes familles politiques du pays, sans être un poids lourd comme le clan Hariri.

Pourtant fils de Saëb Salam – six fois Premier ministre entre 1952 et 1973 -, M. Salam ne jouit pas, en comparaison avec ses prédécesseurs, d’une véritable assise populaire ni au sein de sa communauté sunnite, à laquelle revient par tradition le poste de Premier ministre dans ce pays multiconfessionnel.

Cet homme flegmatique de 67 ans, à la voix pondérée et reconnaissable à sa calvitie a été élu député de Beyrouth 1996 puis en 2009, la première fois sur la liste du dirigeant Rafic Hariri, assassiné en 2005, puis sur celle de son fils Saad Hariri.

Il est moins connu à l’étranger, contrairement à Rafic Hariri, ami des leaders du monde qui avait mis son carnet d’adresses au service du Liban, à Saad Hariri ou encore au Premier ministre sortant Najib Mikati, milliardaire à la tête d’un petit empire international de télécoms et d’immobilier.

Tammam Salam a été choisi comme candidat de consensus dans un pays profondément divisé et aura la lourde tâche de former un gouvernement qui contenterait aussi bien la coalition dont il est issu, soutenue par Washington et Ryad, que le camp du Hezbollah, allié du régime syrien et de Téhéran.

À l’issue de sa désignation, il a immédiatement affiché sa volonté de protéger le Liban, qui a lui-même connu une guerre civile (1975-1990), des retombées du conflit chez le grand voisin syrien.

Dans une interview à l’AFP, il a affirmé soutenir «la liberté et la souveraineté du peuple syrien», tout en soulignant l’importance de la politique de neutralité du Liban prônée par M. Mikati.

Ce fils d’une Damascène d’origine a condamné récemment les bombardements de l’armée syrienne de localités libanaises soutenant la rébellion, mais ses propos n’ont jamais été virulents contre le pouvoir de Bachar al-Assad.

En 1992, alors que le Liban d’après-guerre était écrasé par la tutelle syrienne, il a boycotté les législatives en solidarité avec ses compatriotes chrétiens qui luttaient contre l’hégémonie de Damas.

S’il est critique de l’arsenal du Hezbollah, il salue toutefois «la résistance contre Israël», cheval de bataille du parti chiite.

Contrairement aux «faucons» de l’opposition qui accusent le Hezbollah d’avoir créé un «État dans l’État», cet homme n’appelle pas ouvertement au désarmement de la bête noire d’Israël.

Outre son élection à la députation, il a dirigé brièvement le ministère de la Culture entre 2008 et 2009.

Son ton conciliant se fait l’écho de celui de son père Saëb Salam, lui-même fils d’un homme politique prééminent à l’époque des Ottomans et du mandat français au début du 20e siècle.

En pleine guerre civile entre musulmans alliés aux milices palestiniennes et chrétiens rejetant la présence de ces dernières au Liban, Saëb Salam a été l’auteur de célèbres slogans comme « Un Liban, pas deux Libans » ou encore « Ni vainqueur ni vaincu ». Il refuse l’élection en 1982 du président Bachir Gemayel, adulé par la rue chrétienne, mais, après son assassinat, convainc les musulmans d’élire son frère Amine.

Tammam Salam a fait des études dans un lycée français de Beyrouth, puis d’économie et de gestion en Angleterre. Il a dirigé la grande fondation de charité Makassed et est marié à Lama Badreddine et père de trois enfants.

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DiscussionUn commentaire

  1. Je pense qu’il a tout à fait raison. Le conflit syrien est à mon sens un conflit occidental. Les syriens se font juste mener par le bout de leur nez. Au final qu’est-ce qu’ils récoltent? La guerre permanente. Je trouve que les citoyens syriens vivaient mieux avant la rébellion, non? Tous ceux qui ont lutté au nom de la démocratie se sont retrouvé dans la même situation que la Syrie maintenant. Donc, est-ce que la démocratie en vaut vraiment la peine?