Les Centrafricains n’hésitent pas à manifester contre le nouveau pouvoir

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Hôtel Ledger Plaza- Bangui, où réside le nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia (Photo: Hôtel Ledger)
Hôtel Ledger Plaza- Bangui, où réside le nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia (Photo: Archives/Hôtel Ledger)

Sur fonds de pillages, d’exactions, d’instabilité et de crise, les Centrafricains n’ont pas hésité ce jeudi 11 avril à manifester contre le nouveau pouvoir et ont été jusqu’à tenter d’amener le corps d’un homme abattu par la Séléka à l’hôtel de luxe où réside, Michel Djotodia, l’ex-chef rebelle et nouveau président autoproclamé de la République centrafricaine.

Des centaines de personnes ont manifesté contre le nouveau pouvoir centrafricain ce jeudi dans les rues de Bangui, la capitale centrafricaine, en raison des pillages incessants et après la mort d’un chauffeur conducteur de moto-taxi, rapportent les médias locaux.

Le conducteur de moto-taxi aurait été abattu en début de soirée mercredi 10 avril par des éléments de la Séléka qui l’ont pris en chasse après qu’il eut refusé de leur céder sa moto, que les membres du mouvement rebelle, qui s’est emparé du pouvoir et installé dans la capitale le 24 mars dernier, voulaient réquisitionner de force.

Les manifestants ont tenté d’emmener le corps du conducteur de moto-taxi au Ledger Plaza, un grand hôtel de luxe du centre de Bangui, où réside actuellement le nouvel homme fort de la Centrafrique.

Il s’agissait là de la première manifestation organisée contre le nouveau régime.

Le nouveau pouvoir…et ses limites

La situation en Centrafrique reste très difficile et on ne peut pas encore parler de «normalisation».

Pas plus tard que le 30 mars dernier, le président autoproclamé Michel Djotodia, avait déclaré qu’il ne comptait remettre le pouvoir qu’en 2016 et gouverner jusque là par décret.

Ce jour-là, lors d’une soi-disant «manifestation de soutien» au nouveau pouvoir où, de l’avis de plusieurs observateurs sur place, l’enthousiasme ne semblait pas vraiment spontané, Djotodia avait prétendu que la situation était en voie de se «normaliser», ce qui s’est avéré inexact par la suite.

Avec la situation humanitaire et sécuritaire qui se dégradait et le refus de la communauté internationale et de ses voisins africains de reconnaître le nouveau pouvoir, Michel Djotodia avait dû accepter les propositions des chefs d’État d’Afrique centrale et approuver, jeudi 4 avril, la mise en place d’un processus de transition démocratique prévoyant la désignation d’un président intérimaire.

Le 6 avril, il ordonnait donc la création d’un Conseil supérieur de transition qui doit être formé par toutes les composantes de la société centrafricaine, outre désigner un président intérimaire pour une période qui ne devrait pas excéder 18 mois, sera aussi chargé de rédiger une nouvelle Constitution et jouera un rôle législatif.

Toutefois, le nouveau gouvernement centrafricain, formé le 31 mars par le premier ministre Nicolas Tiangaye, ne devrait pas pour autant être dissout et le processus de transition pourrait permettre à Michel Djotodia de rester au pouvoir s’il devenait le président désigné, des élections n’étant prévues qu’en 2015.

Même si son pouvoir ne sera plus sans partage, Djotodia reste donc à la tête de la Centrafrique et l’un des organisateurs de la manifestation d’aujourd’hui, Arsène Ndiriféï a déclaré que, si les manifestants avaient tenté d’amener le corps de l’homme abattu jusqu’à l’hôtel de Djotodia, c’était «pour qu’il [Michel Djotodia] voie comment nous souffrons à cause des viols, des braquages, des assassinats de la part de ses hommes de la Séléka».

Mais le nouveau pouvoir semble incapable de contrôler ses hommes, d’enrayer les pillages et de rétablir l’ordre. Présent sur les lieux de la manifestation, qui a ensuite été bloquée par des hommes de la Séléka pour empêcher sa progression vers l’hôtel, le colonel Hissen Ashad de la Séléka, n’a pu que présenter ses «excuses» à la famille de la victime.

La situation est de plus en plus critique

Depuis la prise du pouvoir par les rebelles du Séléka, le 24 mars dernier, les pillages sont monnaie courante dans à Bangui et le nouveau pouvoir n’arrive pas, malgré les patrouilles, les tentatives de cantonnements des membres des forces rebelles et de désarmement des combattants, à mettre un terme aux pillages et aux exactions.

La vie économique n’a repris que partiellement dans Bangui mais la situation sécuritaire et humanitaire reste préoccupante : la population manque de tout, eau, nourriture, carburant, médicament, et doit en grande partie compter sur l’aide humanitaire.

Pendant ce temps, dans sa dernière mise à jour, en date d’aujourd’hui, jeudi 11 avril, le Bureau des Nations-Unies pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA), déclare que la situation humanitaire en République centrafricaine (RCA) continue de se détériorer, avec des troubles graves et des déplacements massifs à travers le pays, près de trois semaines après que les rebelles armés se soient emparés du pouvoir.

«Les communautés touchées par la crise ont un besoin urgent d’aide alimentaire, de protection, de soins de santé, d’eau, de salubrité et de soutien, et il y a de sérieuses préoccupations au sujet des violations généralisées des droits de l’homme dans l’ensemble du pays», dit l’OCHA, qui ajoute: «Les efforts humanitaires en cours ont été entravés par l’insécurité et l’accès limité aux personnes dans le besoin».

La semaine dernière, près de 40 000 personnes ont fui le pays, et, mardi 9 avril, la responsable de l’Office intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en RCA (BINUCA), Margaret Vogt, a déclaré au Conseil de sécurité par liaison vidéo depuis Bangui que retour à la légalité est extrêmement critique.


Bangui : pillages et réquisitions (Vidéo: TV5 Monde)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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