Les deux Soudans «ne retourneront pas en guerre»

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Le Soudan du Sud accusait, en février, son voisin soudanais de continuer à déployer des forces militaires, notamment dans la région frontalière d'Abyei (Photo: Archives/UN Photo/Tim McKulka)
Le Soudan du Sud accusait, en février, son voisin soudanais de continuer à déployer des forces militaires, notamment dans la région frontalière d’Abyei (Photo: Archives/UN Photo/Tim McKulka)

À l’occasion d’une visite symbolique à Juba, la capitale sud-soudanaise, le président du Soudan, Omar El-Béchir, a affirmé, ce vendredi, sa volonté de poursuivre le dialogue entre les deux parties. Une nouvelle preuve d’amélioration dans les relations tumultueuses qu’entretiennent Khartoum et Juba depuis plusieurs mois.

«Nous avons le dialogue pour principe et la seule voie pour résoudre les problèmes entre nos deux pays est le dialogue», a déclaré Omar El-Béchir, ce vendredi, devant la presse. Présent à Juba pour la première fois depuis la cérémonie d’indépendance de son voisin sud-soudanais, en juillet 2011, le chef d’État soudanais est venu symboliser l’évolution récente des pourparlers entre les deux pays.

«Cette visite marque le début d’une coopération fondée sur une normalisation des relations entre les deux pays», a-t-il ajouté en présence de son homologue sud-soudanais, Salva Kiir. Car après les deux décennies de guerre ayant abouti sur un traité de paix en 2005 et sur l’indépendance sud-soudanaise 2011, Khartoum et Juba n’ont cessé d’être en désaccord.

Au cœur des différends les divisant, les problèmes pétroliers et frontaliers ont fait resurgir des tensions laissant craindre un nouvel affrontement de taille entre les deux pays. Plusieurs incidents ont ainsi émaillé ces derniers mois, notamment au sein de la zone frontalière contestée d’Abyei. Mais l’économie du Soudan et du Soudan du Sud a également souffert de ces relations. Juba avait en effet décidé, en janvier 2012, de stopper sa production de pétrole en raison d’un désaccord sur les droits de transit réclamés par Khartoum, minant le PIB des deux pays.

Plusieurs rencontres et autres accords de coopération ont ainsi tenté d’apaiser les tensions. Le 12 mars dernier, une énième réunion, à Addis-Abeba, entre les différentes parties a permis l’adoption d’un nouveau consensus. Celui-ci prévoit la relance de la production pétrolière sud-soudanaise alors que les premières livraisons sont attendues à la fin mai au terminal de Port-Soudan sur la mer Rouge. L’occasion pour les deux pays d’affirmer leur intention d’encourager le commerce bilatéral et la coopération entre leurs banques centrales.

«Mettre en œuvre tous les accords de coopération»

«Je suis venu à Juba parce que nous avons aujourd’hui la meilleure chance de faire la paix. Nous ne retournerons pas en guerre. Le président Kiir et moi-même sommes convenus que la guerre avait duré trop longtemps», a ainsi déclaré Omar El-Béchir, ce vendredi. «J’ai donné ordre aux autorités soudanaises et à la société civile d’ouvrir les frontières avec le Soudan du Sud», a-t-il ajouté. Une initiative novatrice, preuve de la volonté commune de normaliser les relations des deux pays. «Le président Bachir et moi sommes convenus de mettre en œuvre tous les accords de coopération», a renchéri le chef d’État sud-soudanais, Salva Kiir.

Après plusieurs mois d’instabilité et d’invectives, les deux gouvernements semblent donc décider à reprendre des relations plus apaisées pour retrouver croissance et sérénité dans des pays meurtris par l’insurrection de plusieurs groupes armés. Preuve des nouvelles intentions de coopération de la part de Juba, Salva Kiir a affirmé que son pays serait prêt «à proposer une initiative pour convaincre le secteur nord de l’Armée de libération populaire du Soudan (SPLA) de venir à la table des négociations avec le gouvernement soudanais».

Par ailleurs, le vice-gouverneur de l’État sud-soudanais d’Unité, Michael Chiengjiek Geay, a répondu, ce jeudi, aux récentes conclusions d’un rapport du groupe d’experts indépendant de l’ONU, attestant de la présence de rebelles soudanais du JEM sur le sol sud-soudanais. «Le JEM n’est plus dans notre territoire et pour être honnête j’aimerais défier quiconque qui affirme cela de venir et vérifier par eux-mêmes s’ils les trouvent. Mais je suis sûr que s’ils viennent aujourd’hui, ils ne trouveront rien», a-t-il déclaré au quotidien Sudan Tribune.

Dans la lente évolution des relations entre Khartoum et Juba, ces récentes déclarations laissent présager d’un avenir plus pacifié entre les deux pays. Reste désormais à œuvrer de manière commune pour concrétiser les intentions de coopération récemment dévoilées et résoudre durablement l’instabilité de plusieurs régions.


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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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