Les États-Unis parviennent à un compromis sur la remise au Japon de la base aérienne d’Okinawa

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Un avion à décollage vertical  Osprey à la base aérienne des marines de Futenma, sur l'île d'Okinawa, au Japon (Photo : sergent Daniel K. Brown U.S. Marine Corps)
Un avion à décollage vertical  Osprey à la base aérienne des marines de Futenma, sur l’île d’Okinawa, au Japon (Photo : sergent Daniel K. Brown U.S. Marine Corps)

Sur fonds de tensions en Asie-Pacifiques, où les États-Unis et le Japon font face aux menaces de la Corée du Nord et à la montée en puissance militaire de la Chine, les deux alliés ont annoncé vendredi un accord pour la remise au Japon de la base aérienne américaine d’Okinawa, faisant ainsi un pas de plus dans la résolution d’un problème qui est source d’irritation depuis plusieurs années.

La base aérienne des marines de Futenma sur l’île d’Okinawa sera remise aux autorités japonaises dès 2022.

Lorsqu’il aura été complété, le plan se traduira par le retour au Japon d’environ 2 500 hectares de terres actuellement utilisées par les forces américaines. Le retour de ces terres est une étape essentielle de l’accors, qui vise aussi à assurer une présence stable des forces américaines au Japon.

«Notre accord prévoit le retour immédiat, dès la fin de certaines procédures nécessaires, de certaines zones et de certaines installations d’Okinawa», a précisé le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, dans un communiqué annonçant l’accors, ajoutant «Les Etats-Unis vont ensuite remettre [au Japon]d’autres installations, une fois que les installations de remplacement seront construites, et quand un important contingent de marines pourra être déplacé … en dehors du Japon vers Guam et Hawaï.»

En dévoilant l’entente, le Japon et les États-Unis veulent démontrer que leur alliance repose sur une base solide.

«Avec l’environnement dans la région Asie-Pacifique qui devient plus hostile, je suis heureux que nous ayons pu montrer que le lien de confiance dans l’alliance nippo-américaine est toujours solide», a déclaré le Premier ministre japonais Abe Shinzo à la presse.

Les relations entre Japon avec les États-Unis s’étaient tendues en 2009 après le Premier ministre Yukio Hatoyama eut cherché à tenir une promesse de campagne de déplacer la base de Futenma hors de l’île.

Le gouvernement japonais n’avait cependant pu trouver aucun autre site et avait été contraint de reconduire l’accord de 2006 qui ne prévoyait que le déménagement de la base vers une zone moins peuplée de l’île, un plan qui avait suscité et suscite encore un tollé chez les habitants de l’île, qui associent les bases américaines avec le bruit, la pollution et crime.

L’envoi de marines d’Okinawa à Guam tarde à se réaliser

L’un des problèmes lié à la question de la présence militaire à Okinawa est que le projet de déménagement des marines du Japon à l’île de Guam tarde à se réaliser.

Le Comité sénatorial américain des Forces armées du Sénat avait publié en juillet 2012 un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) de plus de 100 pages sur la stratégie de l’administration américaine en Asie. Dans son rapport, l’institut de recherche appelle l’administration à mieux articuler la stratégie et la logistique de «rééquilibrage vers l’Asie», et presse le gouvernement américain de réaliser son projet de déplacer 5 000 marines à l’île de Guam.

Le rapport fait valoir que, depuis des décennies, les engagements à long terme envers le Japon et la Corée ont abouti à une position dans le Pacifique qui place trop de forces dans le nord de la région et pas assez dans le sud, où la Chine est devenue de plus en plus agressive envers ses voisins maritimes, comme les Philippines. Le déplacement de marines d’Okinawa à Guam aiderait à corriger ce déséquilibre, et montrerait à la Chine la résolution des États-Unis.

Le 26 avril 2012, des responsables américains et japonais avaient annoncé que les deux pays s’étaient entendus sur un plan de déplacement des Marines américains d’Okinawa à Guam, mais ce plan tardait à se réaliser.

Le CSIS conseillait alors au gouvernement américain de donner la priorité à ce plan et à  la mise en en place des bases à Guam et dans les îles Mariannes.

L’inconduite des soldats américains complique les choses

Pendant ce temps, l’inconduite de ses soldats a compliqué la présence militaire des États-Unis au Japon.

Certains cas d’inconduite ont été particulièrement graves et ont provoqué l’ire des populations locales. Un crime particulièrement odieux s’était produit à Okinawa en 1995 quand une fillette de 12 ans avait été violée par trois militaires américains sur le chemin de l’école.

Deux réservistes de la Marine ont été arrêtés à la mi-octobre et accusés de harcèlement et du viol d’une femme japonaise qu’ils avaient rencontrés dans un bar.

L’alcool étant en cause dans la plupart des cas, le commandement américain , non seulement avait alors imposé peu après les derniers incidents un couvre-feu de 23h à 5h pour tous les militaires américains au Japon, mais la Marine avait aussi interdit de boire après 22 heures, même dans les clubs et les restaurants sur la base, et les marins impliqués dans des incidents liés à l’alcool n’ont plus été, à partir de ce moment, autorisés à quitter leurs bases sans une permission spécifique.

Mais tous ces incidents avaient déjà exacerbé les tensions avec les populations locales, l’’impact de l’inconduite des soldats américains est particulièrement fort dans une société japonaise policée où les étrangers ne sont pas particulièrement bien vus.

Les tensions en Asie-Pacifique et la présence américaine

Les vagues de protestations provoquées par ces incidents complique la présence militaire des États-Unis au Japon au moment même où s’intensifiaient les luttes territoriales en Mer de Chine, les efforts de la Chine pour étayer ses revendications territoriales sur dans les îles japonaises Senkaku et, aujourd’hui, les menaces nord-coréennes de frapper, non seulement la Corée du Sud, mais aussi les États-Unis et le Japon.

Okinawa, occupée par les États-Unis de 1945 à 1972, représente moins de 1 pour cent de la superficie totale du Japon, mais les installations militaires américaines restent une présence dérangeante sur l’île d’Okinawa.

L’installation de Futenma est entouré de plus de 100 écoles, hôpitaux et magasins. L’ancien ministre de la défense japonais Naoki Tanaka avait dit de la base américaine sur l’île d’Okinawa qu’elle était la «base aérienne la plus dangereuse du monde».

«Maintenant plus que jamais, il est essentiel que les États-Unis maintiennent une force répartie géographiquement […] dans toute l’Asie qui peut assurer la protection du Japon et nos autres alliés, ainsi que les intérêts américains», soulignait le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, dans un communiqué.

Les tensions en Asie-pacifique rendent donc la présence américaine plus importante que jamais et l’accord annoncé ce vendredi reflète la nécessité de trouver un compromis.

Le premier ministre japonais espère maintenant gagner l’appui des résidents pour la relocalisation de la base de Futenma dans partie moins peuplé d’Okinawa, le plus loin possible des habitants.


Les Américains et les Japonais parviennent à un compromis sur Okinawa (Vidéo: TPC Channel)

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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