Les Irakiens 10 ans après l’invasion: liberté, pauvreté, insécurité

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Une femme irakienne regarde par la porte tandis qu'un marine américain mène une opération de sécurité (Photo: Jason Fudge/IRIN)
Une femme irakienne regarde par la porte tandis qu’un marine américain mène une opération de sécurité (Photo: Jason Fudge/IRIN)

Alors que l’Irak, au dixième anniversaire de la chute de Sadam Hussein, est à la croisée des chemins, agitée depuis cinq jours par des violences confessionnelles et sectaires, le service de nouvelles et d’analyse du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, s’est penché sur la situation humanitaire du pays.

Dix ans après l’invasion par les forces de la coalition dirigée par les États-Unis, les gouvernements irakien et américain estiment que les progrès réalisés sont significatifs. D’autres, tout au contraire, font une évaluation bien différente des progrès réalisés par l’Irak et considèrent que la société irakienne était beaucoup plus avancée dans les années 1980, c’est-à-dire sous le régime de Saddam Hussein.

Khalid Khalid, qui mesure les progrès accomplis par l’Irak auprès du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et que cite l’IRIN, estime quant à lui que «Tous les indicateurs montrent qu’il y a eu une détérioration de la qualité de vie des Irakiens par rapport à il y a 25 ans.»

«L’invasion est venue s’ajouter aux sanctions déjà imposées à l’Irak et à la guerre avec l’Iran. C’est une chaîne continue d’événements qui a donné lieu à la situation à laquelle les Irakiens sont maintenant confrontés», ajoute Khalid Khalid.

Au début des années 1980, souligne l’analyse de l’IRIN, l’Irak était considéré par plusieurs comme l’État le plus développé du monde arabe.

Malgré, la guerre entre l’Iran et l’Irak, dans les années 1980, la guerre du Golfe de 1991 et les années de sanctions qui ont suivi, l’Irak avait réussi à conserver des institutions étatiques solides. Par exemple, dit le service d’analyse de l’agence onusienne, le système irakien de distribution de rations alimentaires fonctionnait encore efficacement même après 10 ans d’embargo.

L’invasion menée par les États-Unis et le conflit civil qui a suivi ont changé la donne, estime pour sa part Maria Fantappie, analyste de l’Irak auprès de l’International Crisis Group (ICG): la violence et la « débaasification » ont en effet fait fuir les ressources humaines nécessaires pour gérer efficacement les institutions.

«L’État efficace dont nous avions hérité a été complètement perdu en 2003 », note Mme Fantappie. « Nous en voyons les conséquences aujourd’hui… Nos institutions d’État ne sont pas encore capables de fournir des services à tous les citoyens de manière équitable. »

Le service de nouvelles et d’analyse du Bureau de coordination des affaires humanitaires fait ainsi état d’un portrait complexe d’un pays qui a connu des améliorations au cours de la dernière décennie, mais où il reste beaucoup à faire.

«Un million d’Irakiens sont toujours réfugiés dans d’autres pays et plus d’un million d’Irakiens demeurent déplacés à l’intérieur de leur propre pays ; le sectarisme domine les institutions politiques ; et l’efficacité du système de santé est affaiblie par les pénuries de personnel médical, le manque de fiabilité des services publics et la fragilité de la sécurité nationale», dit l’IRIN, qui souligne aussi que «Malgré les progrès réalisés au cours des dernières années en matière d’égalité des sexes, les Irakiennes, qui jouissaient auparavant de davantage de droits que d’autres femmes de la région, voient désormais leur accès à l’éducation et au marché du travail régulièrement limité.»

D’après la Banque mondiale, mentionne l’analyse, l’Irak est le seul pays du Moyen-Orient où les conditions de vie ne sont pas meilleures qu’il y a 25 ans. Le pays se classe désormais derrière certains des pays les plus pauvres de la planète pour des indicateurs comme le taux d’inscription aux études secondaires ou le taux de vaccination des enfants.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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