L’Irak en proie aux violences sectaires, l’ONU lance un appel au calme

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Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Iraq, Martin Kobler (Photo: Bikem Ekberzade/ONU)
Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Irak, Martin Kobler (Photo: Bikem Ekberzade/ONU)

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Irak, Martin Kobler, a prévenu vendredi 26 avril que, selon lui, l’Irak se dirige vers un avenir incertain si des mesures concrètes et décisives ne sont pas prises immédiatement pour mettre fin à l’escalade de la violence, suite à de nouveaux affrontements qui ont fait en cinq jours 215 morts et 300 blessés, alors que le premier ministre irakien Maliki impute, pour sa part, les violences sectaires à la contagion venue de Syrie.

Mise à jour du 28/04/13 à 10h10

 L’Irak a suspendu dimanche les licences de dix chaînes accusées d’inciter au confessionnalisme, dont Al-Jazeera du Qatar, dans une tentative de réduire les plus fortes tensions entre sunnites et chiites depuis six ans, rapporte l,AFP.

«Nous avons pris la décision de suspendre les licences de certaines chaînes satellitaires qui ont adopté une ligne incitant à la violence et au confessionnalisme», a déclaré à l’agence française un responsable de l’Autorité des médias et des communications, Moujahed Aboulheil.

Parmi elles figure l’influente télévision Al-Jazeera du Qatar, qui accorde souvent l’antenne aux détracteurs de M. Maliki, et des stations locales comme Bagdad, Alsharqiya et Al-Fallujah, dont les équipes ne pourront désormais plus «couvrir les évènements en Irak ou circuler» dans le pays selon le responsable.

«J’appelle à la conscience des dirigeants religieux et politiques pour qu’ils ne laissent pas leur colère l’emporter sur la paix, et qu’ils font preuve de sagesse alors que le pays se trouve à la croisée des chemins», a déclaré M. Kobler dans un communiqué de presse, ajoutant «Il relève de la responsabilité historique des dirigeants iraquiens d’assumer le leadership et de prendre des mesures courageuses, dont le fait de se réunir autour de la table des négociations et d’appeler au calme et au dialogue national inclusif d’une seule voix.»

Les troubles ont éclaté mardi 23 avril avec l’assaut par les policiers du camp de Hawija, au nord de Bagdad,un camp de manifestants sunnites hostiles à M. Maliki, un chiite.

Des hélicoptères de l’armée ont ouvert le feu sur des militants , faisant plusieurs dizaines de morts ou de blessés.

Plus tôt cette semaine, le représentant de l’ONU avait déjà appelé les dirigeants religieux et politiques à ne pas laisser la situation dégénérer davantage et avait demandé une enquête sur l’incident de Hawija, tout en exhortant toutes les parties à faire preuve de retenue.

Pour Maliki, la contagion vient de la Syrie

Le premier ministre irakien Nouri al-Maliki, pour sa part, a imputé, samedi 27 avril, les violences confessionnelles et sectaires au conflit en Syrie voisine, au moment où le déploiement de forces kurdes près d’une région disputée a accru les tensions.

Les heurts entre les différentes confessions ont repris, car ils ont «commencé ailleurs dans la région», affirme Nouri al- Maliki, en référence à la guerre en Syrie qui oppose des rebelles, en majorité sunnites, au régime de Bachar al-Assad, membre de la minorité alaouite (issue du chiisme).

Maliki a dit de ce qu’il a appelé le «confessionnalisme», qu’il était un mal qui «n’a pas besoin d’autorisation pour passer d’un pays à un autre» et que son retour en Irak n‘était pas une coïncidence.

De fait, depuis plus d’un an, des milliers d’Irakiens manifestent dans les régions à majorité sunnite pour réclamer le départ de M. Maliki, membre du parti chiite Dawa, accusé de marginaliser la communauté sunnite.

Pour leur part, les autorités de la région autonome du Kurdistan (nord) ont déployé une force de sécurité près de Kirkouk pour parer à d‘éventuelles attaques contre cette ville riche en pétrole et revendiquée tant par les Kurdes que par le pouvoir central à Bagdad.

En outre, la milice des Sahwa, formée en 2006 sous la houlette de chefs tribaux sunnites, et qui appuie le premier ministre irakien, et qui continue à lutter contre Al-Qaïda qui parvient à commettre des attentats particulièrement sanglants en Irak en visant les forces de sécurité et la communauté chiite, a menacé de reprendre les violentes opérations qui lui avaient permis d‘écraser le réseau extrémiste, notamment dans la province d’Al-Anbar [ouest], en 2006.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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