L’Iran «n’a pas besoin de la bombe atomique»

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En 2009, le président iranien Ahmadinejad visite l'installation nucléaire de Natanz, ville située au centre de l'Iran. (Photo: Archives/Presidency of The Islamic Republic of Iran)
En 2009, le président iranien Ahmadinejad visite l’installation nucléaire de Natanz, ville située au centre de l’Iran. (Photo: Archives/Presidency of The Islamic Republic of Iran)

Au cours d’une visite diplomatique en Afrique de l’Ouest, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a réaffirmé, ce lundi, que Téhéran ne souhaitait pas se doter de l’arme nucléaire. Pourtant dans le collimateur de la communauté internationale, l’Iran tente néanmoins d’assurer l’autonomie de son programme d’enrichissement d’uranium, devant être utilisé à des fins civiles et énergétiques.

La controverse iranienne n’en finit plus de rebondir sur la scène internationale. Soupçonné par Israël et les puissances occidentales de mener à bien un programme nucléaire militaire, Téhéran se défend depuis de longs mois contre ces accusations récurrentes. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Téhéran serait, pour l’heure, capable d’enrichir l’uranium jusqu’à 20% mais tenterait de développer ses capacités pour parvenir à 90% et obtenir ainsi l’arme atomique.

Mais après le récent échec de nouvelles négociations à Almaty, au Kazakhstan, le dossier iranien semble au point mort. Du moins pour les grandes puissances. Car, de son côté, Téhéran continue sa marche en avant et poursuit sa stratégie provocatrice. Quelques jours après la «Journée nationale de la technologie nucléaire», organisée, mardi dernier, en Iran, le président Ahmadinejad a assuré, ce lundi, lors de sa visite au Bénin, que Téhéran n’avait «pas besoin de bombe atomique». Une nouvelle invective plus ou moins directe lancée aux différents diplomates occidentaux.

Plus que leurs accusations répétées, le chef d’État iranien a tenu à critiquer la politique néo-colonialiste des occidentaux. «Ce n’est pas la bombe atomique qui menace le monde, mais la morale et la culture occidentale en perte de valeurs», a-t-il affirmé, ce lundi, avant de se rendre au Niger et au Ghana. «La pensée colonialiste n’est pas encore éliminée, seule la méthode a changé mais le système est toujours là. Pour sauver leur économie, ils imposent la guerre partout pour couvrir leurs échecs et l’échec du système capitaliste», a-t-il ajouté.

Au travers de sa critique occidentale, le président iranien entend également bénéficier du soutien de certains pays africains pour assurer le développement de son programme nucléaire. Car les ressources de Téhéran restent faibles.

L’Iran affiche sa maîtrise de toute la chaine de production et d’enrichissement

En inaugurant en grande pompe, mardi dernier, deux nouvelles mines d’uranium et un centre de traitement du minerai, Téhéran a souhaité montrer au monde entier son autonomie en matière de production de combustible nucléaire. Mais cette autonomie reste relative, les gisements iraniens étant très profonds et/ou pauvres en minerai.

«Bien que les autorités iraniennes prétendent le contraire, les réserves supposées d’uranium sont loin d’être suffisantes pour alimenter leur programme nucléaire», assurait la fondation Carnegie et l’Association des scientifiques américains, dans un rapport publié, la semaine dernière. De quoi amener les défenseurs du programme nucléaire à se tourner vers l’étranger.

Si les dirigeants béninois et nigériens s’en défendent, la visite du président iranien s’inscrit sur fond de coopération énergétique. Réputé pour sa richesse d’uranium, le Niger n’a aucun débouché maritime et voit ses exportations transités par les ports béninois. Président du Mouvement des non-alignés, Mahmoud Ahmadinejad tente ainsi de clôturer son second et ultime mandat de président en assurant à l’Iran la pérennité de son programme nucléaire. Qu’il s’agisse d’un programme civil ou militaire.

Car autour de l’opacité de ses installations et de ses activités nucléaires, Téhéran tente d’afficher une image coopérative aux yeux de la communauté internationale. Mardi dernier, le président Ahmadinejad annonçait la production de plusieurs médicaments radio-isotopes, utilisés dans le traitement des cancers. Un signe de pacification pour certains. Un leurre supplémentaire pour d’autres.


Téhéran inaugure deux nouvelles mines d’uranium – 9 avril 2013 (Vidéo: Euronews)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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