Mali: la France doit «continuer dans cette voie»

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L'armée française doit débuter le retrait progressif de ses troupes dans les semaines à venir (Photo: Archives/ECPAD)
L’armée française doit débuter le retrait progressif de ses troupes dans les semaines à venir (Photo: Archives/ECPAD)

Au cours d’une visite symbolique dans la ville de Gao, dans le nord du pays, le Premier ministre malien, Diango Cissoko, a incité, ce jeudi, l’armée française à poursuivre son intervention dans les régions meurtries par les groupes islamistes.

«La Nation malienne vous en sera éternellement reconnaissante». Par ces mots, le chef du gouvernement malien a tenu à saluer, ce jeudi, le courage et l’efficacité de l’intervention française au Mali. Engagée depuis trois mois, jour pour jour, au cœur de l’opération «Serval», l’armée tricolore poursuit sa traque des groupes islamistes dans la région de Gao.

Premier chef du gouvernement à se déplacer dans cette ville du nord du pays depuis le début de la crise malienne, au printemps 2012, le Premier ministre Cissoko a évoqué sa volonté de voir les forces françaises rester sur le sol malien pour protéger les populations de la région. Assurant que la France devait «continuer dans cette voie», il a ainsi tenu à rappeler que l’intégrité du Mali n’avait pas encore été recouverte.

Et pour cause, plusieurs poches de résistance subsistent dans la région de Gao. Depuis dimanche, l’armée française a déclenché l’opération «Gustav», visant à reconquérir la vallée d’Inaïs. Dans cette région semi-désertique, les forces tricolores tentent ainsi de protéger les populations locales face aux menaces des groupes djihadistes, parmi lesquels le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO).

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Mais après trois mois de conflit, Paris a attaqué, ce jeudi, le retrait progressif de ses troupes. Après plusieurs semaines d’intervention, 120 parachutistes ont ainsi atterri sur le sol français. Alors que 4 000 soldats tricolores sont actuellement sur le territoire malien, il ne devrait en rester que 2 000 cet été. Par la suite, ce nombre doit être réduit à 1 000 unités, ces dernières devant alors prendre la forme d’une force française permanente chargée de lutter contre le terrorisme.

Elle devrait ainsi épauler, à terme, la mission des Nations unies, envisagée pour cet été, au sein de laquelle plus de 11 000 hommes pourraient être déployés. Cette mission onusienne prendrait ainsi le relai des forces africaines, actuellement présentes sur le sol malien sous l’égide de la MISMA. Cette dernière a été vivement critiqué, ce mercredi, par les États-Unis, le Pentagone qualifiant les troupes africaines envoyées au Mali comme «totalement incapables».

Reconstruire à terme l’armée malienne

Par ailleurs, l’Union européenne a d’ores et déjà débuté sa mission de formation (EUTM Mali) en vue de reconstruire l’armée nationale, meurtrie par plusieurs mois d’avancée islamiste avant l’intervention française. Quelques 3 000 soldats maliens doivent ainsi être formés pour pouvoir assurer une certaine autonomie en matière de sécurité intérieure.

Guerre au Mali : L’armée malienne prête à prendre la relève ? – 11 avril 2013 (Vidéo: iTélé)

Mais l’appel du Premier ministre Cissoko prouve, une fois de plus, que la reconstruction de l’armée malienne constitue un long processus de formation, cette dernière étant actuellement peu habilitée à agir de façon efficace et autonome. Le soutien international reste donc indispensable pour les autorités maliennes.

D’autant plus que des élections générales doivent se tenir dès le mois de juillet afin de rétablir la démocratie dans l’ensemble du pays. Si aucune date n’a, pour l’heure, été fixée, les dirigeants du pays se sont engagés, aux yeux de la communauté internationale, à faire de ce scrutin une priorité.

Après avoir annoncé, en mars, la création d’une Commission dialogue et réconciliation (CDR), un décret du président intérimaire, Dioncounda Traoré, a été publié, ce mercredi, annonçant le nom des trente membres qui composeront cette commission. Alors que Mohamed Salia Sokona, ex-ministre et ex-ambassadeur à la retraite, avait été nommé pour diriger la CDR, trois touareg et cinq arabes figurent ainsi parmi les membres de cette dernière, chargée de veiller au processus de réconciliation dans le pays.

Un geste fort, rapidement souligné par les autorités françaises. Ce jeudi, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a tenu à saluer ces «actes concrets qui illustrent les progrès réalisés en quelques mois par les autorités maliennes dans la mise en œuvre de la feuille de route». «Ils témoignent de la volonté des autorités maliennes de mener à bien le processus politique, qui doit déboucher sur la tenue des élections en juillet, que la communauté internationale et la France appellent de leurs vœux», a ajouté le chef de la diplomatie française dans un communiqué.

La Croix Rouge appelle aux dons

Engageant ainsi sa crédibilité politique et diplomatique, le président intérimaire, Dioncounda Traoré, se doit également d’apporter un soutien conséquent au peuple malien, meurtri par une crise identitaire et militaire depuis plus d’un an. 400 000 personnes ont ainsi fui les combats dans le nord du pays. Une situation aussi déplorable qu’inquiétante, face à laquelle le Comité international de la Croix Rouge a lancé, ce mercredi, un nouvel appel aux pays donateurs.

Dans un communiqué, le CICR a ainsi demandé 43 millions $ de dons supplémentaires afin de venir en aide aux populations déplacées par la guerre au Mali, plusieurs milliers étant désormais au Niger. «Les conditions de vie des personnes touchées par le conflit armé depuis 16 mois au nord Mali sont très inquiétantes et les besoins humanitaires sont importants», a déclaré le CICR, ce mercredi. L’ONG internationale a également précisé avoir obtenu l’autorisation des autorités maliennes de visiter des prisonniers détenus depuis le début de l’intervention contre les groupes islamistes.

Alors que les combats, affrontements ou autres attaques terroristes se poursuivent dans le nord du pays, le Mali doit faire face à plusieurs défis. Si les opérations militaires se mêlent à une grave situation humanitaire, le processus démocratique et la reconstruction progressive du tissu social apparaissent désormais comme des enjeux primordiaux pour les acteurs de la région.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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