Mali: le parlement français vote la prolongation de l’opération Serval

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L'Asemblée nationale française (Photo: WikiC)
L’Asemblée nationale française (Photo: WikiC)

Le Parlement français a autorisé lundi soir la prolongation de l’intervention des forces françaises au Mali à l’unanimité des suffrages exprimés (342 votes «pour» sur 352 et 10 abstentions).

Le Sénat a entendu lui aussi dans la soirée une déclaration du Gouvernement sur l’autorisation de la prolongation de l’intervention des forces françaises au Mali et l’a autorisée par 326 voix pour et zéro contre.

Le Parlement était appelé à se prononcer en vertu de l’article 35, alinéa 3, de la Constitution qui soumet toute intervention militaire extérieure au vote des parlementaires au-delà d’une durée de quatre mois.

L’opération «Serval» au Mali avait débuté le 11 janvier 2013.

Serval, une réussite

L’opération Serval est une «réussite politique», parce que la décision du président François Hollande d’engager la France a profondément changé la donne du combat contre les groupes terroristes», a pour sa part déclaré le chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault, devant l’Assemblée nationale.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a souligné quant à lui qu’après les dernières opérations dans le nord-ouest du pays, on peut dire que «l’ensemble du territoire malien a été libéré et la menace est aujourd’hui très fortement réduite».

Mais, au cours d’une visite symbolique dans la ville de Gao, dans le nord du pays,le 11 avril, le premier ministre malien, Diango Cissoko, avait incité l’armée française à poursuivre son intervention dans les régions meurtries par les groupes islamistes.

Assurant que la France devait «continuer dans cette voie», il a tenu à rappeler que l’intégrité du Mali n’avait pas encore été recouverte.

Mais après trois mois de conflit, Paris a néanmoins attaqué le retrait progressif de ses troupes. Alors que 4 000 soldats français sont actuellement déployés sur le territoire malien, il ne devrait en rester que 2 000 cet été.

Ce nombre doit par la suite être encore réduit à 1 000 unités, ces dernières devant alors constituer une force française permanente chargée de lutter contre le terrorisme et d’épauler la mission des Nations-Unies.

Pendant ce temps, l’Union européenne, pour sa part, a débuté sa mission de formation (EUTM Mali) en vue de reconstruire l’armée nationale malienne, humiliée par plusieurs mois de présence islamiste sur son territoire avant l’intervention française.

«Nous devrions avoir mercredi ou jeudi à l’ONU une adoption à l’unanimité» d’une résolution française en ce sens, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Selon le premier ministre Ayrault, «cette opération sous Casque bleu pourra commencer à se déployer sur le terrain à partir de début juillet.

Il est aussi essentiel, selon le chef du gouvernement français, qu’une élection présidentielle se tienne en juillet au Mali pour permettre au pays de se doter d’autorités «à la légitimité renouvelée».

Sénateurs et députés pour la prolongation

En prévision de ce vote de lundi, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat avait d’ailleurs adopté à l’unanimité la semaine dernière un rapport où la commission prenait position pour l’autorisation de la prolongation de l’intervention, mais formulait 10 impératifs pour «gagner la paix».

Intervention légale et légitime, disait le rapport, «Serval» a confirmé les capacités des forces françaises et révélé les faiblesses de l’Europe de la défense.


Au Sénat, Jean-Pierre Chevènement et Gérard Larcher expliquaient la semaine dernière pourquoi la France doit rester au Mali (Vidéo: Sénat français)

Confrontés à leur plus grave crise depuis l’indépendance, les Maliens doivent aujourd’hui écrire leur avenir, poursuivait le rapport, ajoutant «Faute d’un réel sursaut politique, il est encore incertain. La réconciliation, indispensable, entre le Nord et le Sud, n’est pas entamée. Pour le désengagement français et le passage de relais à l’opération de maintien de la paix de l’ONU, la MINUSMA, d’ici juillet, de réels défis restent à relever : risque terroriste résiduel, reconstruction de l’armée, des forces de sécurité et des structures administratives maliennes, en particulier au Nord, montée en puissance des forces africaines de la CEDEAO.»

«La solution de long terme n’est pas militaire, mais réside dans une approche globale, définie à l’échelle de la région sahélienne et traitant du développement, des architectures de sécurité et de la gouvernance.», concluait le rapport.

Par contre, députés et sénateurs se sont interrogés sur la capacité de la France à conduire ce type d’opération dans les années qui viennent si le budget de la défense n’est pas maintenu à un niveau suffisant.

L’ancien ministre de la Défense et vice-président de la commission des affaires étrangères et de la défense du sénat, Jean-Pierre Chevènement a dit souhaite, pour sa part, que l’Union européenne «faute d’avoir manifesté sa solidarité sur le plan militaire la manifeste sur le plan financier».

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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