Moscou et Tokyo prêts à discuter sur l’archipel disputé des Îles Kouriles

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La Russie et le Japon se disputent quatre îles du Sud de l'archipel des Kouriles, appelées Territoires du Nord au Japon, et annexées par les Soviétiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale (Photo: Archives/Wikimedia Commons)
La Russie et le Japon se disputent quatre îles du Sud de l’archipel des Kouriles, appelées Territoires du Nord au Japon, et annexées par les Soviétiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale (Photo: Archives/Wikimedia Commons)

À l’issue de la première visite en dix ans d’un chef du gouvernement japonais en Russie, le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe ont fait part, ce lundi, de leur «détermination» pour régler le différend territorial des Îles Kouriles. L’occasion de relancer des négociations longtemps tendues à propos de cet archipel annexé par l’URSS à l’issue de la Seconde guerre mondiale.

(Photo: Archives/Wikimedia Commons)

Main dans la main, Vladimir Poutine et Shinzo Abe ont ouvert, ce lundi, la voie vers l’apaisement entre la Russie et le Japon. Alors qu’aucun traité de paix n’a été signé entre les deux pays depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les deux dirigeants ont tenu à évoquer cette «situation anormale».

Exprimant leur «détermination» à négocier sur le problème des Îles Kouriles, ils ont également souligné, dans un communiqué commun adopté au Kremlin, leur volonté de «surmonter leurs divergences». Une manière de rouvrir le dialogue entre les deux pays après plusieurs années de tensions et d’invectives entre Moscou et Tokyo. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays devront ainsi œuvrer dans le sens d’une réconciliation et de l’établissement d’un compromis «mutuellement acceptable».

Situé sur la côte est de la Russie et au nord du Japon, l’archipel des Îles Kouriles constitue un différend entre les deux pays depuis plus de deux siècles. Aujourd’hui, le contentieux se situe au niveau des quatre îles les plus méridionales de l’archipel. Annexées par l’URSS à l’issue de la Seconde guerre mondiale, ces îles situées dans la région de l’Oblast de Sakhaline sont toujours réclamées par le Japon, ce dernier les appelant «Territoires du Nord».

«Nous n’avons pas été capables de régler ce problème au cours des 67-68 dernières années. Mais au moins, allons-nous continuer à travailler sur ce problème complexe», a déclaré Vladimir Poutine à l’issue de son entrevue avec le chef du gouvernement japonais. «Nous n’avons pas créé ce problème. Nous l’avons hérité du passé. Et nous voulons sincèrement le régler dans des conditions mutuellement acceptables», a-t-il ajouté.

Pour sa part, Shinzo Abe s’est félicité du «bon résultat» de ces discussions. «Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que nous allons relancer ces discussions et que nous allons accélérer ce processus», a-t-il souligné, constatant que «les discussions sur un accord pour un traité de paix ces dernières années stagnaient».

Les visites de Medvedev fustigées par Tokyo

Depuis quelques années, les relations russo-japonaises s’étaient en effet tendues. Notamment après la visite en 2010 de Dmitri Medvedev, alors président de la Russie, sur l’archipel. S’agissant de la première visite d’un chef d’État russe dans la région, elle avait déclenché de vives réactions du côté de Pékin. En février 2011, le Premier ministre japonais Naoto Kan avait alors qualifié cette visite d’«outrage impardonnable». De son côté, le porte-parole du Département d’État américain de l’époque Philip Crowley avait alors déclaré que «les États-Unis soutiennent le Japon et reconnaissent la souveraineté japonaise sur les territoires du nord».

Le 9 février 2011, Dimitri Medvedev avait annoncé sa volonté de renforcer la présence militaire russe auprès de ces îles. En juillet 2012, il avait déclaré que ces îles Kouriles constituaient «une partie importante de la région de Sakhaline et tout simplement une partie importante de notre territoire russe».

Mais face à la volonté japonaise de renforcer ses liens avec Moscou, Vladimir Poutine et Shinzo Abe ont ainsi fait un premier pas important, ce lundi, vers l’apaisement. Bien conscient des enjeux que représente cet archipel séparant la mer d’Okhotsk et l’océan Pacifique, le chef d’État russe a néanmoins assuré que les négociations ne font que commencer. «Bien sûr, cela ne signifie pas que nous allons tout régler demain», a-t-il conclu.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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