Nigéria: plus de 180 morts dans un village à feu et à sang

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Les affrontements entre l'armée nigériane et les islamistes du groupe Boko Haram sont récurrents dans l'Etat de Borno, au Nord-Est du Nigéria (Photo: Archives/Gabonews)
Les affrontements entre l’armée nigériane et les islamistes du groupe Boko Haram sont récurrents dans l’Etat de Borno, au Nord-Est du Nigéria (Photo: Archives/Gabonews)

De violents affrontements entre des islamistes et l’armée nigériane ont coûté la vie, depuis vendredi, à plus de 180 personnes, dans une localité de l’État de Borno, fief du groupe islamiste Boko Haram.

Près de la moitié de la localité de Baga, située sur les rives du Lac Tchad, a été réduite à néant, lors de différents incendies propagés suite aux violents combats entre islamistes et militaires nigérians, comme l’a confié, ce lundi, un responsable des services de secours.

«40% de la ville a été détruite par le feu. De nombreux habitants sont toujours portés disparus et pour le moment on suppose qu’ils ont fui dans la brousse», a déclaré ce responsable sous couvert d’anonymat.

De son côté, un porte-parole de la Croix-Rouge, Nwakpa O. Nwakpa, a confié à l’AFP que «187 morts ont été enterrés et 77 personnes sont hospitalisées. Plus de 300 maisons ont brûlé». Pour autant, les autorités nigérianes avaient jusqu’alors annoncé «des dizaines de morts».

Rapportant des témoignages d’habitants, un représentant des autorités ayant inspecté les lieux dimanche a notamment confié que des insurgés ont été tués mais aussi des soldats et des civils.

Si peu d’informations ont pu être obtenues sur la nature des combats, des habitants ont rapporté que les violences ont éclaté quand des militaires ont encerclé une mosquée où des islamistes armés étaient supposés s’être réfugiés. Par la suite, les insurgés se seraient servis d’armes lourdes pour repousser les soldats nigérians.

Située à 150 kilomètres de la ville de Maiduguri, considérée comme le berceau du groupe Boko Haram, la localité de Baga aurait été touchée par la dispersion progressive des islamistes dans le centre et le nord du pays.

Au moins 3 000 morts dans le centre et le nord du pays depuis 2009

Dans cette région, la traque menée conjointement par l’armée et la police nigérianes doit faire face à des accusations de diverses organisations internationales de défense des droits humains à propos d’exécutions sommaires et de violences envers les civils.

Prenant régulièrement pour cible les forces de sécurité ou encore les églises, les attaques du groupe islamiste Boko Haram, couplées à la répression faite par l’armée, ont fait au moins 3 000 morts dans le centre et le nord du pays depuis 2009.

Pays le plus peuplé d’Afrique et premier producteur de pétrole du continent, le Nigéria fait face à la division prononcée de son territoire. D’un côté, le sud, à majorité chrétienne. De l’autre, le nord, à majorité musulmane. Évoquant notamment sa volonté d’instaurer un État islamique dans le nord du pays, Boko Haram pourrait bénéficier d’une prochaine amnistie du gouvernement nigérian. Le président Goodluck Jonathan a en effet formé un comité, le 17 avril dernier, afin de réfléchir à un tel accord pour mettre fin à l’insurrection actuelle.

Une mesure qui ne semble pas du goût des principaux intéressés. C’est en tout cas ce qu’a déclaré le chef présumé de Boko Haram, Abubakar Shekau, le 11 avril dernier. «De manière surprenante, le gouvernement nigérian parle de nous accorder une amnistie. Qu’avons-nous fait de mal ? Au contraire, c’est nous qui devrions vous pardonner», assurait-il alors.

Mais pour l’heure, les affrontements meurtriers de ces derniers jours attestent de l’instabilité chronique de la zone. Si la majorité de ses habitants sont en fuite, la ville de Baga est presque à moitié détruite. Comme un symbole de la violence actuelle dans la région, divisée entre les considérations extrémistes et les interventions militaires.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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