Nucléaire iranien: Téhéran exige le droit d’enrichir de l’uranium

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En 2009, le président iranien Ahmadinejad visite l'installation nucléaire de Natanz, ville située au centre de l'Iran. (Photo: Archives/Presidency of The Islamic Republic of Iran)
En 2009, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, visite l’installation nucléaire de Natanz, site d’enrichissement d’uranium controversé (Photo: Archives/Presidency of The Islamic Republic of Iran)

À la veille de la reprise des négociations avec les grandes puissances, à Almaty, au Kazakhstan, le principal négociateur de Téhéran sur le dossier du nucléaire iranien, Saeed Jalili, a annoncé que les pourparlers pourraient sensiblement avancer si le groupe «P5+1» reconnaissait à l’Iran son droit d’enrichir de l’uranium.

Dans un discours prononcé, ce jeudi, dans la plus grande ville kazakhe, Saeed Jalili a d’ores et déjà amorcé les discussions qui doivent être menées, vendredi et samedi, entre l’Iran et les pays du groupe 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine – plus l’Allemagne).

«Nous pensons qu’un simple mot pourrait faire avancer nos discussions demain. C’est celui de la reconnaissance des droits de l’Iran, en particulier du droit à l’enrichissement d’uranium», a-t-il déclaré à l’université d’Almaty.

Une manière de prévenir les six grandes puissances de l’âpreté des pourparlers à venir. Car après la dernière réunion, organisée au mois de février à Almaty, l’Iran ne semble pas avoir infléchi sa position d’un iota.

Le groupe «P5+1» avait alors proposé une nouvelle offre, présentée comme «plus équilibrée», prévoyant notamment une réduction des sanctions sur le commerce de l’or et le secteur pétrochimique. Mais en échange, les puissances occidentales avaient exigé en retour une «suspension» de l’activité d’enrichissement d’uranium à 20%, selon un haut responsable américain, interrogé ce jeudi par l’AFP.

S’il n’a pas répondu formellement à cette proposition, l’Iran a laissé entendre, par la voix de ses négociateurs, qu’il ne la jugeait pas satisfaisante. Et pour cause, Téhéran souhaite une levée plus importante des sanctions établies à son encontre.

L'ambassadeur iranien à l'AIEA, Ali Asghar Soltanieh (à droite), a déclaré, ce jeudi, que la communauté internationale tentait de
L’ambassadeur iranien à l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh (à droite), a déclaré, ce jeudi, que la communauté internationale tentait de « priver l’Iran d’accès à une source d’énergie stable » (Photo: Archives/AIEA)

«Ce que notre nation attend, c’est que les États-Unis corrigent leur comportement, et pas seulement en paroles», a déclaré M. Jalili. «Ceux qui viennent pour des négociations doivent venir avec de la logique, et non pas avec des menaces, en disant que toutes les options sont sur la table. Cela contredit le bon sens», a-t-il ajouté en référence aux récentes déclarations du président américain, Barack Obama.

De son côté, un porte-parole de la délégation iranienne a confié à Ria Novosti que l’Iran adopterait «une position constructive lors de la rencontre de demain». Mais s’il a ajouté faire «preuve d’un optimisme prudent et [espérer] que les discussions s’achèveraient samedi», le diplomate iranien a souligné que «la position de Téhéran sur le problème nucléaire n’a pas changé», l’unique aboutissement des négociations étant de «reconnaître à l’Iran son droit aux technologies nucléaires et à l’enrichissement [d’uranium]».

Un programme nucléaire civil ou une arme atomique ?

Accusé de masquer son intention d’obtenir l’arme atomique sous son programme nucléaire civil, l’Iran ne cesse de démentir ces accusations récurrentes. «L’Iran utilise des technologies atomiques uniquement à des fins pacifiques dans le respect du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Cependant la communauté mondiale fait pression sur Téhéran en vue de priver l’Iran d’accès à une source d’énergie stable», a ainsi déclaré, ce jeudi, Ali Asghar Soltanieh, l’ambassadeur iranien à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dans des propos rapportés par l’agence Ria Novosti.

Mais parmi les sujets sensibles de ce dossier, le manque de transparence des autorités iraniennes sur son programme nucléaire inquiète et exaspère la communauté internationale. Le 5 mars dernier, Téhéran a, une nouvelle fois, refusé à l’AIEA l’accès à son site militaire de Parchin, soupçonné d’accueillir des tests nucléaires. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Ramin Mehmanparast, avait alors déclaré qu’il attendait la mise en place d’un «accord général dans lequel ils [les responsables de l’AIEA, ndlr]reconnaissent nos droits au nucléaire pacifique» avant de prendre «les décisions pour répondre à leurs inquiétudes».

Avec un optimisme mesuré, les puissances occidentales attendent néanmoins une réponse constructive de l’Iran afin d’avancer concrètement dans les négociations. «Nous espérons que l’Iran viendra préparé [à cette rencontre] et donnera une réponse concrète et substantielle», a assuré, ce jeudi, un haut responsable américain.

Même son de cloche du côté de la Haute représentante de l’Union Européenne pour les questions de politique étrangère et de sécurité, Catherine Ashton. S’exprimant, ce mercredi, à l’issue d’une rencontre diplomatique à Ankara, elle a assuré être «pleinement consciente du fait qu’il est très important que nous obtenions une réponse» de la part de l’Iran.

Empêcher l’Iran de développer l’arme nucléaire, un «objectif principal» pour Israël

Principal opposant de l’Iran, Israël est d’ores et déjà monté au créneau à l’aube de ces négociations. S’exprimant à l’issue d’une rencontre à Jérusalem avec le chef de la diplomatie norvégienne, Espen Barth Eidee, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a ouvertement confié ses craintes de voir l’Iran poursuivre son programme nucléaire.

«Il ne faut pas accepter le modèle aux termes duquel un pays comme l’Iran mène des discussions et parallèlement développe l’arme nucléaire tout en menaçant de l’utiliser», a-t-il affirmé dans un communiqué officiel.

«Il y a des dossiers importants au Moyen-Orient comme les tentatives de parvenir à la paix avec les Palestiniens, mais ils resteront en arrière-plan tant que l’Iran croira avoir le droit de développer l’arme nucléaire et continuera dans cette direction. Notre objectif principal est d’empêcher cela», a-t-il ajouté.

Cité dans le communiqué, M. Eidee a également témoigné son inquiétude vis-à-vis «du manque de coopération» iranienne, assurant que la communauté internationale ne peut visiter «que des sites sans importance mais pas ceux où nous voulons nous rendre».

En attendant, plusieurs experts notent qu’une avancée certaine des négociations est peu envisageable dans les prochaines semaines. Et pour cause, l’élection présidentielle du 14 juin prochain ne devrait pas permettre d’aboutir à un consensus alors que le peuple iranien doit choisir le successeur de Mahmoud Ahmadinejad, ce dernier ne pouvant se représenter après deux mandats consécutifs.

Entre méfiance, inquiétude et optimisme, chaque partie place ses pions avant de se retrouver pour une nouvelle réunion, vendredi et samedi, à Almaty. Si le scrutin présidentiel iranien pourrait retarder un peu plus l’avancée des négociations, les puissances occidentales savent que des efforts doivent être faits pour concrétiser les discussions. Et commencer à (se) rassurer.


Nucléaire iranien: Khamenei «pas opposé» au dialogue avec Washington – 22 mars 2013 (Vidéo: Euronews)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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