Pakistan: l’ancien président Musharraf est éligible et accusé

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L'ancien président du Pakistan en 2005 (Photo: Archives/DoD)
L’ancien président du Pakistan, Pervez Musharraf, en 2005 (Photo: Archives/DoD)

À quelques semaines des élections générales, l’ancien chef d’État pakistanais, Pervez Musharraf, a été autorisé, ce dimanche, à se présenter dans la circonscription de Chitral. Mais, dans le même temps, la justice pakistanaise exige sa comparution dès mardi devant la Cour suprême pour trahison de la Constitution.

Le retour de Pervez Musharraf, le 24 mars dernier, n’avait pas laissé inaperçu. Après cinq ans d’exil, l’ancien président pakistanais avait décidé de revenir dans son pays pour participer aux élections législatives du 11 mai prochain. Mais la justice a décidé de lui mener la vie dure. Au sens propre comme au figuré.

Après avoir essuyé, quelques jours après son retour, un lancer de chaussure de la part d’un avocat pakistanais lors d’une audience à Karachi, Pervez Musharraf est désormais sous le feu des critiques acerbes de la justice pakistanaise. Ainsi, cette dernière entend faire comparaître l’ancien président devant la Cour suprême du pays, notamment pour trahison de la Constitution.

Plusieurs avocats l’accusent, en effet, d’avoir imposé l’état d’urgence après sa prise de pouvoir à l’automne 1999, à l’issue d’un coup d’État. «Musharraf devrait être jugé pour trahison car il est coupable d’entorses à la Constitution. Il devrait même être puni de la peine de mort», a déclaré Hamid Khan, avocat pakistanais, ce lundi, devant la Cour suprême.

S’il a rappelé que la Cour suprême avait déjà qualifié d’«inconstitutionnelle» l’instauration de l’état d’urgence par l’ancien général Musharraf, le juge Jawad Khawaja a également exigé la comparution mardi M. Musharraf dans cette affaire.

«Le ministère de l’Intérieur doit aussi s’assurer que le nom du général Pervez Musharraf soit placé sur la liste des personnes interdites de quitter le pays, si ce n’est déjà fait. […] La fédération et tous ses fonctionnaires doivent également s’assurer que le défendeur ne quitte pas la juridiction du Pakistan», a-t-il ajouté.

De son côté, Syed Afshan Adil, avocat de Pervez Musharraf dans cette affaire, n’a pas paru convaincu par une éventuelle comparution de son client devant la plus haute juridiction pakistanaise. Il a, en effet, assuré que la Cour suprême ne devrait accéder à la requête des plaignants étant donné qu’ils ne représentent pas l’État pakistanais, seul habilité à traduire une personne en justice pour haute trahison.

Une candidature rejetée dans deux circonscriptions… mais acceptée à Chitral

Cependant, ses démêlés avec la justice rejaillissent sur ses ambitions électorales. Alors qu’il est l’objet de menaces de morts de la part des talibans, l’ancien président brigue l’entrée au Parlement pakistanais au travers du scrutin législatif du mois prochain. La semaine dernière, cette candidature lui avait été refusée dans le district de Kasur, dans la province du Punjab, au centre du pays, mais aussi dans une région de Karachi où le juge Syed Ikramullah a justifié ce refus par l’absence en cour du principal intéressé pour répondre à des objections soulevées par ses opposants.

Mais si les critères d’acceptation d’une candidature sont censés être uniformes pour l’ensemble du pays, Pervez Musharraf pourra bel et bien se présenter dans la circonscription de Chitral, petite ville du nord du pays. Ce dimanche, l’assesseur électoral, Jamal Khan, a confié à l’AFP que ses documents étaient en règle, qu’il n’était, pour l’heure, pas condamné et que les fonctionnaires chargés des élections ne pouvaient le disqualifier.

Alors qu’il entend se présenter dans quatre circonscriptions différentes, comme le permet la loi pakistanaise, Pervez Musharraf attend désormais la décision concernant sa candidature au sein de la capitale, Islamabad.

Obligé de démissionner en 2008 après près d’une décennie au pouvoir, l’ancien président effectue ainsi un retour contrasté au cœur de la vie politique pakistanaise. Mais si son parti, la Ligue musulmane de l’ensemble du Pakistan, ne devrait avoir qu’un impact minime sur le sort de ces élections législatives, Pervez Musharraf a fait de ce scrutin démocratique une priorité.

Et pour cause, il s’agira de la première transition entre deux gouvernements démocratiquement élus au cours des 65 ans d’histoire du Pakistan. Un symbole historique pour ce pays souffrant d’une certaine instabilité depuis de nombreuses années. Acteur ou spectateur, Pervez Musharraf n’a plus que quelques semaines pour concrétiser définitivement son retour sur le sol pakistanais.


Pakistani protesters call for Musharraf’s arrest – 4 avril 2013 (Vidéo: Daily English News)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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