Pakistan: l’ancien président Musharraf finalement interdit d’élections

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Ce lundi, la candidature de l'ancien président pakistanais Pervez Musharraf aux élections législatives du 11 mai prochain a été invalidée par la Cour suprême de Peshawar (Photo: Archives/World Economic Forum)
Ce lundi, la candidature de l’ancien président pakistanais Pervez Musharraf aux élections législatives du 11 mai prochain a été invalidée par la Cour suprême de Peshawar (Photo: Archives/World Economic Forum)

Toujours aux prises avec la justice pakistanaise, l’ancien chef d’État Pervez Musharraf a vu sa candidature invalidée, ce mardi, dans la dernière circonscription à laquelle il briguait un poste de député aux prochaines élections législatives.

Récemment rentré sur le sol pakistanais après quatre ans d’exil, Pervez Musharraf ne pourra donc pas se présenter sous les couleurs de son parti politique, la Ligue musulmane de tout le Pakistan, lancé à Londres, en 2010. À 69 ans, l’ancien président a vu, ce mardi, la Cour suprême de Peshawar, grande ville du nord du pays, rejeter sa candidature dans la petite circonscription de Chitral, comme l’a confié à l’AFP son avocat, Ahmed Raza Kasuri.

Après Islamabad, le district de Kasur et une région de Karachi, l’ancien président pakistanais a enregistré son quatrième et dernier refus quant à sa candidature au scrutin législatif du 11 mai prochain. Son avocat a néanmoins affirmé qu’il comptait faire appel de cette décision, la jugeant comme une insulte à «une personne reconnue internationalement».

Revenu au pays pour participer à ce scrutin, Pervez Musharraf a subi les critiques et plaintes de ses opposants, ces derniers appelant les autorités pakistanaises à traduire l’ancien président devant la Justice pour différentes accusations. Parmi celles-ci, figure son implication présumée dans les meurtres du chef indépendantiste de la province du Baloutchistan (sud-ouest) Akbar Bugti, en 2006, et de l’ancienne Première ministre Benazir Bhutto, en 2007.

Également accusé du renvoi illégal de juges cette même année, plusieurs avocats pakistanais ont tenté de convaincre la Cour suprême de le juger pour «haute trahison» après avoir imposé l’état d’urgence en 2007.

Arrivé au pouvoir en 1999 à la suite d’un coup d’État, le «général Musharraf» a été contraint de démissionner en 2008, avant de s’exiler à Dubaï puis à Londres. De retour le 24 mars dernier, il est également la cible de menaces de mort de la part des talibans.

Musharraf «prêt» à aller en prison «si c’est la sentence»

Ce lundi, l’ancien chef d’État a assuré «n’avoir rien fait de mal» lors de sa présidence, tout en se disant «prêt» à purger une peine de prison s’il était reconnu coupable des accusations pesant contre lui. Considéré comme un allié de Washington, il s’est également dit ouvert à des pourparlers avec les talibans pakistanais du TTP (Tehrik-e-Taliban Pakistan), à condition que les autorités soient «en position de force».

Ces mêmes talibans multiplient actuellement les attentats contre l’armée et l’État pakistanais alors que les élections législatives ont vu resurgir les attaques meurtrières contre différents candidats. Après la mort d’un haut responsable d’un parti laïc, ce dimanche, et d’un candidat dans les zones tribales, ce lundi, Sanaullah Zehri, chef de la Ligue musulmane de Nawaz Sharif (PML-N), a été victime, ce mardi, d’un attentat à la bombe, non revendiqué, dans la province du Baloutchistan, frontalière avec l’Iran. S’il n’a pas été mortellement touché, M. Zehri a perdu plusieurs membres de sa famille ainsi que son chauffeur dans l’explosion, comme le rapporte des responsables locaux.

À l’aube d’élections législatives cruciales pour la stabilité du pays, le Pakistan reste donc à la merci d’une insécurité chronique face aux différentes attaques menées aux quatre coins du pays. Alors qu’il prône, de son côté, un renforcement de l’armée nationale pour lutter contre cette insécurité, Pervez Musharraf devrait finalement n’être que spectateur de ce prochain scrutin démocratique.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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