Palestine: Abbas-Fayyad, le torchon brûle

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Le président palestinien Mahmoud Abbas et son Premier ministre Salam Fayyad, le 29 novembre 2012 à New York (Photo: Archives/Henny Ray Abrams/AFP)
Le président palestinien Mahmoud Abbas et son Premier ministre Salam Fayyad, le 29 novembre 2012 à New York (Photo: Archives/Henny Ray Abrams/AFP)

Selon plusieurs sources palestiniennes, le Premier ministre Salam Fayyad envisagerait de présenter sa démission au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Si la rencontre entre les deux hommes, initialement prévue ce jeudi, a été reportée, leurs différends pourraient conduire au départ précipité du chef du gouvernement.

La rumeur enfle d’heure en heure. Salam Fayyad restera-t-il le Premier ministre de l’Autorité palestinienne ? Rien n’est moins sûr à en croire plusieurs sources officielles, rapportées par des médias palestiniens et israéliens. Et pour cause, les relations entre le chef du gouvernement et le président de l’Autorité palestinienne apparaissent des plus tendues.

Principal point d’accroche, la démission du ministre des Finances, Nabil Qassis, présentée le 2 mars dernier. Acceptée par Salam Fayyad, elle n’est pas du gout de Mahmoud Abbas. «Le président Abbas insiste pour que Nabil Qassis reste ministre des Finances et aujourd’hui Salam Fayyad doit décider: soit maintenir Nabil Qassis à son poste, soit démissionner en tant que chef du gouvernement», a déclaré à la radio officielle Voix de la Palestine Azzam al-Ahmad, un dirigeant du Fatah, actuellement au pouvoir.

Pour autant, les informations croisent sans cesse les démentis dans ce dossier. En marge d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G8 à Londres, un représentant du département d’Etat américain ne semblait pas convaincu du départ du Premier ministre palestinien. Salam Fayyad «ne donne pas sa démission, pour autant que je sache. Il ne le fait pas. D’après ce que je sais, il reste», a-t-il déclaré.

Salam Fayyad ouvertement critiqué par le Fatah

Mais cette divergence actuelle semble masquer des désaccords plus profonds. Premier ministre technocrate, Salam Fayyad ne fait pas l’unanimité au sein du Fatah. La semaine dernière, le Conseil du parti l’a ouvertement critiqué, jugeant que «les politiques du gouvernement actuel sont improvisées et confuses dans de nombreux dossiers économiques et financiers».

Le Fatah reproche ainsi au Premier ministre de ne pas avoir su prévenir efficacement la crise économique qui frappe actuellement la Palestine. Car après sa demande de reconnaissance auprès de l’ONU, l’Autorité palestinienne a dû faire face aux restrictions israéliennes et à la défaillance de plusieurs donateurs internationaux.

Pour preuve, le Canada est toujours en réflexion quant au renouvellement de son aide apportée à la Palestine. En visite à Ramallah, le 6 avril dernier, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a pu rencontrer Mahmoud Abbas et Salam Fayyad. Mais aucun accord n’a, pour l’heure, été trouvé.

«Le Canada continue d’être en désaccord avec la démarche unilatérale des Palestiniens auprès de l’Organisation des Nations Unies à l’automne dernier», a tenu à souligner le ministre Baird, ajoutant avoir «écouté attentivement et avec beaucoup d’intérêt les dirigeants palestiniens expliquer leurs plans et leurs priorités pour l’avenir, et la façon dont ils estiment que le Canada pourrait offrir son appui».


Le Canada étudie le renouvellement de son aide à la Palestine – 6 avril 2013 (Vidéo: CBC News)

En attendant, le pouvoir palestinien parait des plus fragilisés. Alors qu’aucune entente ne semble voir le jour entre le Fatah, gouvernant la Cisjordanie, et le Hamas, dirigeant la Bande de Gaza, le gouvernement pourrait perdre son chef dans les prochains jours. «Je suis plus que vous tous en colère contre le gouvernement», avait déclaré Mahmoud Abbas, la semaine dernière, lors de la réunion de son parti, selon un participant.

Si plusieurs sources officielles palestiniennes ont ainsi annoncé le report sine die de la réunion entre Salam Fayyad et Mahmoud Abbas, celle-ci pourrait précipiter le départ du Premier ministre. De quoi représenter un nouvel aveu de fragilité et de divergence au sein de l’Autorité palestinienne alors que le processus de paix avec Israël peine à progresser.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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