Plus de 70 000 maliens «échoués» dans le désert mauritanien

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Une famille de réfugiés dans un camp à M'bera, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali (Photo: Jaspreet Kindra, IRIN)
Une famille de réfugiés dans un camp à M’bera, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali (Photo: Archives/Jaspreet Kindra, IRIN)

La guerre au Mali fait des ravages. Alors que les combats et attentats se poursuivent dans le nord du pays, des dizaines de milliers de maliens ont fui dans le camp de Mbera, dans le désert mauritanien. Dans un rapport publié ce vendredi, Médecins Sans Frontières assure que «l’aide humanitaire déployée est insuffisante» pour subvenir aux besoins des populations.

Dans un rapport publié, ce vendredi, Médecins Sans Frontières appelle les organisations humanitaires à maintenir leur soutien aux réfugiés maliens (Photo: MSF)
Dans un rapport publié, ce vendredi, Médecins Sans Frontières appelle les organisations humanitaires à maintenir leur soutien aux réfugiés maliens (Photo: MSF)

«Echoués dans le désert». Le titre est éloquent, le contenu alarmant. Entre statistiques et témoignages, le rapport publié, ce vendredi, par MSF évoque une situation humanitaire des plus critiques pour des dizaines de milliers de réfugiés maliens. Au camp de Mbera, ils sont plus de 70 000 à avoir fui le Mali et une situation critique. Situé dans une région isolée et aride, à trente kilomètres de la frontière, ce camp de réfugiés a vu affluer ces réfugiés dans le désert mauritanien par vagues successives.

Pour autant, leurs conditions de vie restent déplorables. «L’état des réfugiés s’est dégradé dans le camp, alors même qu’ils étaient censés recevoir une assistance, notamment une aide alimentaire adaptée, de la part des organisations d’aide», déplore Henri Gray, coordonnateur des opérations d’urgence de MSF. «Problèmes d’hygiène», «manque d’eau», «manque d’abris», les facteurs alarmant se multiplient.

«Avec des températures atteignant 50 degrés, les réfugiés reçoivent seulement 11 litres d’eau par jour, et les abris et installations sanitaires ont été largement insuffisants. Même si cette situation s’est récemment améliorée, elle reste néanmoins extrêmement précaire, et les organisations d’aide doivent maintenir leur réponse aussi longtemps que nécessaire», assure le rapport de l’ONG internationale. Ainsi, près d’un enfant sur cinq souffre de malnutritions dans le camp de Mbera. Pire encore, le taux de mortalité ne cesse d’augmenter, atteignant désormais 3,22 décès pour 10 000 personnes par jour chez les enfants de moins de deux ans.

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Plusieurs vagues de réfugiés entre crainte et nécessité

Présent dans le camp mauritanien, MSF a pu constater l’afflux progressif de réfugiés maliens au rythme du conflit ethnique frappant le pays depuis plus d’un an. Interrogeant une centaine de personnes sur place, l’ONG internationale a tenté de dresser un portrait représentatif de la composition des populations. 65% seraient ainsi des Touaregs et 26% des Arabes. Une répartition qui se rapproche sensiblement de celle du nord du Mali.

«Ils ont fui de manière préventive, très souvent par peur de subir des violences à cause de leur lien présumé avec des groupes islamistes ou indépendantistes. Aujourd’hui, dans le nord du Mali, il règne un climat de méfiance et la peur persiste», constate ainsi Henri Gray. 45% des personnes interrogées dans le camp assurent, en effet, avoir fui par crainte de représailles, notamment de l’armée malienne, chassée du nord du pays jusqu’à l’arrivée des forces françaises en janvier 2013.

Cette aide militaire a ainsi débouché sur une nouvelle vague de déplacement de populations. Évoquant l’arrivée «d’environ 15 000 nouveaux réfugiés suite à l’intervention militaire franco-malienne», MSF assure que «les réfugiés arrivés en Mauritanie en mars 2013 citent l’insécurité alimentaire et l’écroulement des services de base comme principales raisons de leur départ». Mais les chiffres dévoilées par l’ONG démontrent que les craintes ressenties sur le sol malien se concrétisent au cœur du désert mauritanien. La dégradation de la santé de nombreux réfugiés est là pour le prouver.

Avec des conditions de vie extrêmement précaires, malgré «une amélioration dans l’approvisionnement de l’aide», les réfugiés vivent au gré de l’assistance extérieure et de l’aide humanitaire. Si MSF agit actuellement sur le sol malien, le soutien apporté dans le désert mauritanien apparaît des plus délicats. Et le conflit actuel se poursuit, encore et encore.

Ce vendredi, un attentat-suicide dans les rues de Kidal a coûté la vie à trois soldats tchadiens. Preuve, si besoin en était, de l’insécurité régnante dans certaines régions du nord du pays. Par ailleurs, plusieurs sources concordants ont affirmé que cinq militaires maliens avaient péri, ce vendredi, dans un crash d’hélicoptère aux environs de Sévaré, dans le centre du pays. Une défaillance technique serait à l’origine de cet accident mortel.

Entre l’instabilité actuelle et la peur continue de représailles due aux tensions politiques et ethniques des dernières décennies, la présence de réfugiés maliens dans le désert mauritanien ne semble pas prête de s’estomper. En guise de conclusion, le rapport de MSF s’inquiète que «ces enjeux sont aujourd’hui loin d’être résolus, et couplés à l’insécurité permanente et aux difficultés économiques du Nord Mali, il est à craindre que ces réfugiés ne retourneront pas prochainement sur leur terre natale».


Camp de réfugiés maliens en Mauritanie: MSF s’inquiète – 12 avril 2013 (Vidéo: Euronews)

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«Echoués dans le désert», le rapport complet de Médecins Sans Frontières >>

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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