Processus de transition en Centrafrique: la Séléka doit partager le pouvoir

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Le chef rebelle Michel Djotodia, président autoproclamé de Centrafrique (à gauche) le 28 mars 2013 à Bangui (Photo: Sia Kambou/AFP)
Le chef rebelle Michel Djotodia, président autoproclamé de Centrafrique (à gauche) le 28 mars 2013 à Bangui (Photo: Sia Kambou/AFP)

Avec le processus de transition qui s’amorce en Centrafrique, le pouvoir de la Séléka, qui avait chassé le président Bozizé, n’est plus sans partage: Michel Djotodia, un des chefs de l’alliance Séléka, qui s’était auto-proclamé président quand, le 24 mars dernier, les rebelles s’étaient emparés de la capitale centrafricaine, a dû ordonner la création, ce samedi 6 avril, d’un Conseil supérieur de transition, censé notamment désigner un nouveau président, première étape du processus de transition démocratique.

Le nouvel homme fort de Centrafrique avait approuvé, jeudi 4 avril la mise en place d’un processus de transition démocratique prévoyant la désignation d’un président intérimaire, suivant les propositions des chefs d’État d’Afrique centrale.

Le Conseil national de transition (CNT), qui doit être formé par toutes les composantes de la société centrafricaine, outre désigner un président intérimaire pour une période qui ne devrait pas excéder 18 mois, sera aussi chargé de rédiger une nouvelle Constitution et jouera un rôle législatif.

Historique des dernières semaines

Au départ, Michel Djotodia, comptait diriger la Centrafrique pendant «trois ans», jusqu‘à l’organisation d‘élections, et avait déclaré qu’il allait «légiférer par ordonnances».

Le Premier ministre issu de l’opposition, Nicolas Tiangaye, que Djotodia avait reconduit dans ses fonctions, avait promis pour sa part un nouveau cabinet de «transition» où toutes les tendances politiques seraient représentées, mais le gouvernement d’union nationale qu’il avait présenté le 31 mars était outrageusement dominé par la Séléka.

Toutefois, en très peu de temps, la situation a encore changé et, maintenant, la Séléka devrait partager véritablement le pouvoir avec les autres composantes de la société centrafricaine.

Gouvernement d’union nationale dominé par la Séléka

Dimanche dernier, 31 mars, Tiangaye avait annoncé la composition d’un gouvernement d’union nationale composé de membres de la rébellion, d’anciens opposants et de la société civile, mais nettement dominé par la Séléka et dont, à une exception près, étaient écartés les membres de l’ancien régime.

De plus, malgré les déclarations des nouveaux dirigeant centrafricains à l’effet que la situation était en voie de «normalisation», la situation sécuritaire et humanitaire restait préoccupante selon tous les observateurs internationaux.

Le nouveau gouvernement centrafricain n’est pas reconnu

Les pays africains et la communauté internationale se refusaient toujours à reconnaître le nouveau gouvernement centrafricain issu du coup d’État du 24 mars.

Le président du Tchad, Idriss Déby, toujours très influent en ce qui concerne la Centrafrique, avait conclu la semaine dernière qu’en « l’état actuel des choses, il était impossible de reconnaître un président autoproclamé.»

Un sommet extraordinaire de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) consacré à la Centrafrique s’est alors tenu le 3 avril à N’Djaména, au Tchad.

Le lendemain, jeudi 4 avril, Michel Djotodia recevait à Bangui une délégation composée des ministres des Affaires étrangères des pays de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), de représentants de l’Union africaine (UA) et de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

Djotodia accepte recommendations des pays africains

L’ancien chef rebelle a donc accepté ce jeudi 4 avril les termes du processus proposé par les chefs d’État d’Afrique centrale qui s’étaient réunis mercredi en sommet extraordinaire à N’Djamena et, tel que lui ont demandé ses visiteurs, lance aujourd’hui, 6 avril, le processus de transition démocratique.

Le nouveau gouvernement centrafricain, formé il y a une semaine par Nicolas Tiangaye, ne devrait pas pour autant être dissout et le processus de transition pourrait permettre à Michel Djotodia de rester au pouvoir s’il devenait le président désigné, des élections n’étant prévues qu’en 2015.

Toutefois, selon les dispositions du processus, le pouvoir du nouvel homme fort de Bangui et de la Séléka ne seront pas sans partage.

Le Conseil supérieur de transition


Le Conseil Supérieur de Transition (Vidéo : Al Qarra)

«Il est créé un organe constituant et législatif dénommé Conseil supérieur de transition (CST)», selon les termes de l’ordonnance de Michel Djotodia, qui précise que «Le CST, a pour mission d’élire le président de la République pour un mandat de 18 mois, rédiger un avant-projet de Constitution à soumettre au peuple par voie de référendum, et assumer les prérogatives législatives ordinairement dévolues à un organe législatif.»

Le Conseil sera composé de 97 membres, dont 20 qui représenteront les partis politiques avec neuf sièges pour l’ex-opposition démocratique, six pour l’ex-majorité présidentielle et cinq pour d’autres partis.

Dix sièges reviennent à la coalition rebelle Séléka au pouvoir, les autres étant occupés par des représentants de la société civile, des confessions religieuses, des syndicats ou encore de la magistrature.

Le mode de fonctionnement du CST n’a pas encore été défini mais on sait déjà qu’il sera composé d’un bureau de 6 membres comprenant un Président et un vice-Président.

Pendant ce temps, la situation reste instable

Joint à Bangui au téléphone, il y a environ une semaine, le coordonnateur par intérim de l’action humanitaire sur place, le Dr. Zakaria Maiga, avait confié au Centre d’actualités de l’ONU que la plus grande confusion régnait à Bangui: «Des pillages généralisés sont commis non seulement par des membres de la Séléka, mais aussi par d’anciens soldats de l’armée centrafricaine régulière et des civils en uniforme qui se font passer pour des militaires.»

Vendredi 5 avril, pendant que la Séléka parlait de «normalisation de la situation», le Haut Commissariat des Nations-Unies aux réfugiés, le HCR, faisait état quant à lui d’une hausse rapide du nombre de civils contraints à fuir la République centrafricaine.

De 32 000 qu’il était il y a moins d’une semaine, le nombre de réfugiés est maintenant passé à près de 40 000 et d’autres continuent à traverser les frontières, selon l’organisation internationale.

«Ces deux dernières semaines, nos bureaux ont fait état de nouveaux arrivants au Tchad, au Cameroun et en République démocratique du Congo (RDC). Depuis que le conflit a éclaté en décembre dernier, on compte au total 37 000 réfugiés centrafricains dans la région », a indiqué le porte-parole du HCR, Adrian Edwards, lors d’une conférence de presse à Genève la semaine dernière.

Le Haut Commissariat aux réfugiés a aussi souligné que la situation demeure instable en République centrafricaine même, où 173.000 civils ont été déplacées par les récentes violences et, même avant le coup d’État du 24 mars, on comptait déjà 187.889 réfugiés centrafricains dans les pays voisins.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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