Pyongyang met en garde les ambassades et installe deux missiles sur sa côte est

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Le dirigeant Kim Jong-Un lors d'une visite d'une installation militaire, le 20 mars 2013 (Photo: Archives/KCNA)
Le dirigeant Kim Jong-Un lors d’une visite d’une installation militaire, le 20 mars 2013 (Photo: Archives/KCNA)

La Corée du Nord, qui a installé un deuxième missile de moyenne portée sur sa côte est, alimentant les craintes d’un tir imminent, a averti vendredi qu’elle ne pouvait garantir la sécurité des missions diplomatiques à Pyongyang à compter du 10 avril en cas de conflit.

«Le discours du gouvernement nord-coréen est de dire qu’à partir du 10 avril, il sera incapable de garantir la sécurité des ambassades et des organisations internationales dans le pays dans l’éventualité d’un conflit», a déclaré à l’AFP une porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères.

«Nous pensons que les Nord-Coréens ont adopté cette démarche dans le cadre de leur offensive rhétorique selon laquelle les États-Unis sont une menace pour eux», a-t-elle toutefois ajouté.

Les chefs des missions diplomatiques des pays de l’Union européenne présents à Pyongyang se réuniront samedi dans la capitale nord-coréenne «pour discuter d’une position commune et d’une action commune» concernant leur personnel diplomatique, a annoncé à l’AFP le ministère bulgare des Affaires étrangères.

«La Corée du Nord a convoqué toutes les ambassades étrangères, leur disant qu’elle était prête à les assister si elles souhaitaient évacuer leurs missions», a-t-il poursuivi.

Pyongyang a ainsi proposé à la Russie d’«envisager» l’évacuation de sa représentation diplomatique, «compte tenu de l’aggravation de la situation sur la péninsule coréenne», selon un porte-parole russe, tandis que les autorités britanniques ont dit avoir été interrogées par les Nord-Coréens sur leur intention de maintenir ou non leur ambassade. Il n’y a cependant «pas de projet immédiat» de l’évacuer, a affirmé Londres.

La Corée du Nord a en outre recommandé à la République tchèque de faire partir son personnel diplomatique. «Nous avons reçu aujourd’hui cette recommandation, non pas à titre individuel, mais parmi d’autres pays», a précisé l’ambassadeur tchèque Dusan Strauch.

La Bulgarie a pour sa part annoncé avoir reçu une proposition de Pyongyang d’évacuer son ambassade pour des raisons de sécurité.

Parallèlement, «il a été confirmé que la Corée du Nord avait transporté en train, en début de semaine, deux missiles Musudan, de moyenne portée, vers la côte est, et les avait installés sur des véhicules équipés d’un dispositif de tir», a dit un haut responsable du gouvernement sud-coréen.

Le Musudan, montré publiquement pour la première fois à l’occasion d’un défilé militaire en octobre 2010, aurait une portée théorique de 3 000 kilomètres, soit la capacité d’atteindre la Corée du Sud ou le Japon. L’engin pourrait toucher des cibles à 4 000 km en cas de charge légère, et donc, en principe, frapper Guam, île du Pacifique située à 3 380 km de la Corée du Nord et où se trouvent 6.000 soldats américains.

«Le Nord est apparemment prêt à tirer ces missiles sans avertissement», a déclaré le même haut responsable sud-coréen.

Des sources militaires citées par l’agence de presse Yonhap soulignaient jeudi que le Nord pourrait procéder à un tir le 15 avril, date-anniversaire de la naissance du fondateur du régime communiste nord-coréen, Kim Il-Sung, mort en 1994.

Un responsable de la marine sud-coréenne a indiqué que deux destroyers sud-coréens équipés de radars perfectionnés avaient été déployés, un au large de la côte est et l’autre de la côte ouest. «Si le Nord tire un missile, nous suivrons sa trajectoire», a expliqué le militaire.

La Corée du Nord multiplie les menaces apocalyptiques ces dernières semaines, furieuse du train de sanctions adopté par l’ONU après un nouvel essai nucléaire début février et des actuelles manoeuvres militaires américano-sud-coréennes.

En milieu de semaine, l’armée nord-coréenne avait même prévenu qu’une guerre pourrait éclater «aujourd’hui ou demain».

Conséquence, Berlin a convoqué vendredi matin l’ambassadeur nord-coréen pour lui signifier «son inquiétude».

Et les États-Unis avaient fait savoir la veille qu’ils prenaient «toutes les précautions nécessaires», bien qu’il il y ait «des éléments familiers dans les déclarations du régime nord-coréen».

Le Pentagone va ainsi envoyer des intercepteurs de missiles pour protéger ses bases à Guam, que la Corée du Nord cite régulièrement parmi ses cibles potentielles.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a rappelé jeudi que «la menace nucléaire n'(était) pas un jeu» et dit craindre que «toute erreur de jugement dans cette situation puisse provoquer une crise aux conséquences très graves».

En cas de conflit nucléaire, les peuples de la péninsule coréenne seraient «horriblement sacrifiés» et le président Obama deviendrait le personnage le «plus sinistre» de l’histoire des États-Unis, a fait valoir vendredi Fidel Castro, le père de la révolution communiste cubaine.

La Corée du Nord n’a pas d’autre choix que de «faire face» aux Américains qui sont la «principale raison des tensions» régionales actuelles, a commenté le même jour l’adjoint au chef d’état-major des forces armées iraniennes, le général Massoud Jazayeri.

Quant au site industriel intercoréen de Kaesong, situé à 10 km de la ligne de démarcation entre le Nord et le Sud, côté Corée du Nord, et dont Pyongyang interdit depuis mercredi l’accès aux Sud-Coréens qui y travaillent normalement chaque jour, il était fermé vendredi pour un jour férié habituel.

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