Quadruplement des effectifs de la FOMAC en Centrafrique pour venir à bout du chaos

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Le nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia, sur la place de la République à Bangui, le 30 mars 2013 (Photo: Sia Kambou/AFP)
Le nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia, sur la place de la République à Bangui, le 30 mars 2013 (Photo: Sia Kambou/AFP)

Le sommet des dirigeants d’Afrique centrale réunis à N’Djamena, la capitale tchadienne, a promis ce jeudi 18 avril de porter les effectifs de la FOMAC, la Force multinationale d’Afrique centrale déjà présente en Centrafrique,  à 2 000 hommes pour arriver à de mettre fin à l’anarchie qui prévaut en Centrafrique depuis la prise du pouvoir par la Séléka le 24 mars dernier.

Deux jours avant la réunion, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon et la Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Navi Pillay, avaient exhorté les dirigeants centrafricains à prendre les mesures pour faire cesser l’anarchie et les violations graves des droits humains en République centrafricaine (RCA), y compris la torture, le recrutement d’enfants par les forces armées, les viols et les enlèvements .

«Les chefs d’État ont convenu de doter la Fomac d’un effectif de 2.000 hommes et d’un mandat adéquat en vue d’accompagner les efforts du gouvernement de transition (centrafricain), tant dans le domaine de la sécurité que dans la restructuration des forces de défense et de sécurité», dit le communiqué final du sommet extraordinaire.

Actuellement, la FOMAC ne compte que 500 militaires : 120 Gabonais, 120 Camerounais, 120 Congolais plus un contingent tchadien, ses soldats les plus aguerris, dont le nombre exact n’est pas connu.

Tiangaye appelle à l’aide

Mardi soir dernier, le premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, avait demandé l’appui de la France et de la Fomac (Force multinationale d’Afrique centrale), «en tant que forces impartiales, pour la conduite des opérations de sécurisation de la ville de Bangui et toutes les régions de notre pays».

Le chef de la diplomatie française s’était donc déclaré disposé à répondre favorablement à la demande du premier ministre Tiangaye mais à la condition qu’il y ait un retour à la légitimité : «La France a dit qu’elle était évidemment disponible pour appuyer tout effort pour revenir vers la stabilité, mais il faut mettre en place des autorités légitimement reconnues, ce qui n’est pas le cas du président actuel.»

Laurent Fabius attendait aussi de voir de la réunion, à N’Djamena, pour faire le point sur la situation en Centrafrique.

L’autre grande question abordée lors du sommet sur la Centrafrique était le soutien financier à apporter à ce pays.. Sur ce front, aucune annonce n’a toutefois été faite, sinon qu’un groupe international, composé de tous les partenaires de la République centrafricaine, se réunira les 2 et 3 mai à Brazzaville, au Congo, pour accompagner la transition.

La Centrafrique est exsangue

Après des mois d’insécurité et d’instabilité, l’économie centrafricaine est exsangue.

Dans ce pays où le tissu social et l’infrastructure économique ont été détruits, le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU soulignait la semaine dernière que 173 000 civils ont été déplacés par les récentes violences et, même avant le coup d’État du 24 mars, on comptait déjà 187 889 réfugiés centrafricains dans les pays voisins.

«L’organe de transition en place (à Bangui) n’a pas un sou dans sa caisse pour fonctionner. Il est urgent que les partenaires et les pays amis apportent leur contribution financière aux organes de la transition pour remplir sa mission«, a déclaré le président tchadien Idriss Déby au Sommet de N’Djamena.

«La RCA est comme une plaie au coeur de l’Afrique centrale, il nous faut nous mobiliser pour mettre fin a cette situation récurrente«» avait déclaré le président tchadien avant l’ouverture des débats, dénonçant les «bandes armées qui pillent, rançonnent et rackettent la population», ajoutant que la coalition rebelle du Séléka «est une organisation qui manque d’unicité et d’initiative de commandement alors que l’effectif de la Fomac est insuffisant».

Le problème de la «légitimité»

Le président tchadien n’est pas, non plus, un chaud partisan de Djotodia : dans un entretien, diffusé dimanche dernier sur TV5 Monde, Idriss Deby, avait lui aussi refusé de reconnaître Djotodia.

Même après sa désignation au poste de président intérimaire de la République centrafricaine par le Conseil de Transition, Deby refusait de reconnaître la prise de pouvoir de Michel Djotodia: «Je ne le reconnais pas comme le nouveau Président. C’est une question de principe», ajoutant, nous ne pouvons pas reconnaître un président qui s’est autoproclamé.

Les dirigeants des pays d’Afrique centrale réunis à N’Djamena ont tenu à réaffirmer que le chef de l’État, le Premier ministre Nicolas Tiangaye, les membres du gouvernement de transition et le Conseil national de transition «ne peuvent se présenter aux prochaines élections» et rappellent que «des élections libres, démocratiques, transparentes et régulières doivent être organisées pour un retour à un ordre constitutionnel.»

Pendant ce temps, la situation continue à se dégrader, les pillages n’ont pas cessé et des heurts ont lieu régulièrement entre des hommes du Séléka et des habitants excédés par l’insécurité, ainsi qu’avec des milices partisanes du président déchu.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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