Rapport de l’ONU sur la violence sexuelle, des dizaines de pays et de groupes armées sur la liste des violeurs

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La Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, Zainab Hawa Bangura. (Photo: Rick Bajornas / ONU)
La Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, Zainab Hawa Bangura. (Photo: Rick Bajornas / ONU)

La Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, Zainab Hawa Bangura, a présenté mercredi 17 avril le rapport du Secrétaire général sur les viols en zones de conflit au Conseil de sécurité, rapport de 36 pages qui couvre 22 zones de conflit dont, pour la première fois, le Mali, et où on retrouve en bonne place la Séléka de Michel Djotodia, le nouveau président autoproclamé de Centrafrique.

Le document démontre le lien entre violence sexuelle et exploitation illégale des ressources, insiste sur les causes de tels crimes dans les déplacements de populations et met l’accent sur les mariages forcés, viols et esclavage sexuel imputables aux groupes armés.

Le rapport dénonce aussi l’utilisation de la violence sexuelle comme tactique d’intimidation dans le contexte des détentions ou des interrogatoires et insiste sur la nécessité de disposer d’informations quant au sort des enfants nés de femmes violées en temps de guerre.

Il met également l’accent sur l’urgence de veiller à ce que les considérations en matière de violences sexuelles soient systématiquement prises en compte dans les processus et les accords de paix, et «les processus de démobilisation, désarmement et réintégration (DDR) auxquels les Nations Unies sont parties prenantes.»

«Nous devons braquer les projecteurs sur ceux qui commentent ces crimes, mais aussi sur ses commanditaires ou ceux qui les tolèrent », a déclaré la Représentante spéciale, pour qui l’engagement du Conseil doit signifier que la violence ne sera pas tolérée et que le droit international sera appliqué pour veiller à ce que de tels crimes ne restent pas impunis.

«La violence sexuelle en temps de conflit a été utilisée à travers les âges précisément parce qu’elle est une arme peu coûteuse et dévastatrice, mais plus meurtrière que n’importe quelle bombe. Nous pouvons et devons inverser cette tendance et en faire un crime pour lequel le prix à payer est considérable », a déclaré encore Mme Bangura, ajoutant: « Prenons l’engagement, aujourd’hui, autour de cette table, que partout où la violence sexuelle est une préoccupation, il n’y aura plus d’accord de paix, de cessez-le-feu ou de mécanisme de vérification de cessez-le-feu dépourvus d’un consacré à la prévention de la violence sexuelle et à la réponse à y apporter.»

«Ceci inclut des accords qui devront éventuellement être conclus au Mali et en Syrie pour mettre fin à ces conflits», a-t-elle aussi précisé, avant d’annoncer son intention d’accepter les invitations des gouvernements de ces deux pays, ainsi que du Soudan du Sud, à se rendre dans ces pays aussi vite que possible.

Une priorité pour Ban Ki-moon

Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a affirmé pour sa part, lors du débat au Conseil de sécurité que le viol en temps de guerre ne brisait pas seulement des vies, mais aussi des familles et des communautés et posait des obstacles à la réconciliation et au développement durable.

Si la responsabilité de prévenir la violence sexuelle incombe principalement aux gouvernements, la communauté internationale doit, a déclaré le Secrétaire général, redoubler d’efforts collectifs pour éradiquer les causes profondes de ce fléau, qui touche en premier lieu filles et femmes, mais également les hommes et les garçons.

Ban Ki-moon a aussi souligné le rôle important des opérations de maintien de la paix actuellement déployées au Soudan, au Soudan du Sud et en RDC qui, en coopération avec les équipes de pays des Nations Unies, s’efforcent de mettre en place des arrangements pour le suivi, l’analyse et l’information des données sur ce problème.

Un problème très étendu

La «Liste des parties soupçonnées d’avoir, selon toute probabilité, commis des viols ou d’autres formes de violence sexuelle, ou d’en être responsables, dans des situations de conflit armé dont le Conseil de sécurité est saisi », que l’on retrouve en annexe à la fin du rapport, donne une idée de l’étendue du problème.

Parties en République centrafricaine

Armée de résistance du Seigneur

Séléka (regroupant des factions de la Convention patriotique pour le salut du Kodro, de la Convention des patriotes pour la justice et la paix en Centrafrique, de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement et du Front démocratique du peuple centrafricain)

Parties en Côte d’Ivoire

1. Les groupes armés suivants :

  • Anciennes milices, dont l’Alliance patriotique de l’ethnie Wé, le Front pour la libération du Grand Ouest, le Mouvement ivoirien de libération de l’Ouest de la Côte d’Ivoire et l’Union patriotique de résistance du Grand Ouest
  • Anciennes forces armées des Forces nouvelles
  • Anciennes forces de défense et de sécurité

2. Forces républicaines de Côte d’Ivoire

Parties en République démocratique du Congo

1. Les groupes armés suivants :

  • Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain
  • Forces démocratiques alliées/Armée nationale de libération de l’Ouganda
  • Forces démocratiques de libération du Rwanda
  •  Forces de défense congolaises
  • Forces de résistance patriotique en Ituri
  • Armée de résistance du Seigneur
  • Maï-Maï
  • Mouvement du 23 mars
  • Groupe armé Nyatura
  • Patriotes résistants congolais

La Séléka de Michel Djotodia sur la liste des violeurs

Cette liste, en annnexe, n’est, bien sûr, ni limitative ni exhaustive. «Elle  n’a pas pour objet de recenser l’ensemble des auteurs de ces actes, mais  seuls ceux sur lesquels des informations crédibles sont actuellement disponibles sont inscrits sur la liste», précise-t-on dans le rapport.

Il faut aussi ajouter à cette liste les cas de plusieurs autres régions et pays où sévit la violence et l’esclavage sexuel et où on recourt aux viols comme armes et/ou moyens d’intimidation, notamment la Somalie, le Soudan, la Guinée , le Mali et la Syrie, dont parle aussi le rapport présenté au Conseil de sécurité le 17 avril.

On pourra remarquer aussi que, non seulement l’alliance Séléka fait partie des groupes sur lesquels des informations sont disponibles, mais que l’une des trois composantes de la Séléka qui se serait rendue coupable de crimes sexuels est l’UFDR, présidée par Michel Djotodia , qui s’est autoproclamé président de la République centrafricaine le 24 mars dernier après que la Séléka se soit emparée de Bangui.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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