Réponse de la France à l’appel à l’aide de la Centrafrique: rétablissez la légitimité!

0
Manifestation des partisans du nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia, à Bangui le 30 mars 2013 (Photo: Sia Kambou/AFP)
Manifestation des partisans du nouvel homme fort de Centrafrique, Michel Djotodia, à Bangui le 30 mars 2013 (Photo: Sia Kambou/AFP)

Le nouveau pouvoir issu de la rébellion de la Séléka en Centrafrique appelle à l’aide la France qui se déclare disponible à condition de la mise en place d’une «autorité légitime», ce qui, selon elle, n’est pas le cas avec l’actuel président autoproclamé Michel Djotodia.

Le premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, avait demandé mardi soir l’appui de la France et de la Fomac (Force multinationale d’Afrique centrale), «en tant que forces impartiales, pour la conduite des opérations de sécurisation de la ville de Bangui et toutes les régions de notre pays».

Cet après-midi, à la période réservée aux questions d’actualité à l’Assemblée nationale française, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a répondu par l’affirmative à la demande de Tiangaye, mais avec un bémol, un bémol qui s’appelle Djotodia.

L’ex chef rebelle et président autoproclamé de RCA, Michel Djotodia (Phto: voxafrica)

«J’ai eu en fin de matinée [ NDLR 17 avril] au téléphone notre ambassadeur à Bangui et je puis vous retraduire l’état de la situation», a dit le chef de la diplomatie française en réponse à une question.

«Sur le plan de la sécurité, la situation est extrêmement tendue et inquiétante. Nous avons, nous, Français, des forces, nous travaillons à cela en liaison avec le ministre de la Défense. Nous avons deux compagnies là-bas plus une compagnie de Boali (NFLR : l’opération Boali de soutien à mission de consolidation de la paix de la Communauté économique des États d’Afrique centrale)», a souligné le ministre dans sa réponse.

Laurent Fabius a aussi précisé que «Ces compagnies tiennent l’aéroport, ce qui est extrêmement important pour assurer la fluidité du trafic. D’autre part, elles circulent en ville, elles assurent la sécurité des points de ravitaillement et bien sûr, elles protègent l’ambassade. Il y a par ailleurs des forces – appelées forces multilatérales – qui ont des difficultés et il y a actuellement, d’après les renseignements fournis par notre ambassadeur, beaucoup de pillages, beaucoup de morts et beaucoup d’inquiétude.»

«Sur le plan politique et tout vient de là, le chef d’État autoproclamé (sic) M. Djotodia a annoncé hier des mesures, mais qui ne changent pas la réalité de la situation. Le premier ministre essaie de travailler autant qu’il le peut dans le bon sens et comme vous l’avez souligné, ce sera demain qu’aura lieu à Ndjamena, une réunion pour faire le point sur la situation en Centrafrique.», a encore déclaré le ministre.

Le premier ministre de RCA, Nicolas Tiangaye, reconduit dans ses fonctions après le coup d’État du 24 mars (Photo: Archives / RD Gabonews)

Le chef de la diplomatie française s’est donc déclaré disposé à répondre favorablement à la demande du premier ministre Tiangaye mais à la condition qu’il y ait un retour à la légitimité : «La France a dit qu’elle était évidemment disponible pour appuyer tout effort pour revenir vers la stabilité, mais il faut mettre en place des autorités légitimement reconnues, ce qui n’est pas le cas du président actuel.»

Dans un entretien, diffusé dimanche dernier sur TV5 Monde, entretien, le président tchadien, Idriss Deby, avait lui aussi refusé de reconnaître Djotodia.

Même après sa désignation au poste de président intérimaire de la République centrafricaine par le Conseil de Transition, Deby refusait de reconnaître la prise de pouvoir de Michel Djotodia: «Je ne le reconnais pas comme le nouveau Président. C’est une question de principe», ajoutant, nous ne pouvons pas reconnaître un président qui s’est autoproclamé.

On se rappelle aussi, ironie du sort, qu’en décembre 2012, le président français, François Hollande, avait aussi clairement exclu toute intervention en République centrafricaine pour venir en aide au président, maintenant déchu, François Bozizé, alors aux prises avec les rebelles de l’alliance Séléka, qui se retrouvent maintenant au pouvoir après s’être emparés de Bangui le 24 mars dernier.

Samedi dernier, c »est sans surprise que Michel Djotodia, qui n’avait pas d’opposant,  a été élu samedi dernier président intérimaire par le Conseil national de transition sans même qu’un vote soit nécessaire.


Djotodia élu sans opposition (Vidéo: Al-Qarra TV)

L’anarchie s’installe en Centrafrique

Crise humanitaire en RCA (Photo: ONU)

Pendant ce temps, la situation reste instable et les pillages qui ont suivi la chute du régime Bozizé n’ont pas cessé.

Dans ce pays où le tissu social et l’infrastructure économique ont été détruits, le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU soulignait la semaine dernière que 173 000 civils ont été déplacés par les récentes violences et, même avant le coup d’État du 24 mars, on comptait déjà 187 889 réfugiés centrafricains dans les pays voisins.

Joint à Bangui au début du mois d’avril, le coordonnateur par intérim de l’action humanitaire sur place, le Dr Zakaria Maiga, avait confié que la plus grande confusion régnait encore à Bangui: «Des pillages généralisés sont commis non seulement par des membres de la Séléka, mais aussi par d’anciens soldats de l’armée centrafricaine régulière et des civils en uniforme qui se font passer pour des militaires.»

D’ailleurs, le 11 avril, sur fond de pillages, d’exactions, d’instabilité et de crise, les Centrafricains n’ont pas hésité à manifester contre le nouveau pouvoir et ont été jusqu’à tenter d’amener le corps d’un homme abattu par la Séléka à l’hôtel de luxe où réside.

Samedi 13 et dimanche 14 avril, une vingtaine de personnes ont été tuées dans la capitale, Bangui, lors d’affrontements entre les forces armées de la Séléka et des habitants.

Le 16 avril, le Secrétaire général des nations-Unies, Ban Ki-moon et la Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Navi Pillay, ont exhorté les dirigeants centrafricains à prendre les mesures pour faire cesser l’anarchie et les violations graves des droits humains en République centrafricaine (RCA), y compris la torture, le recrutement d’enfants par les forces armées, les viols et les enlèvements .

Les habitants vivent dans la peur, l’insécurité et les pillages, et le nouveau pouvoir, loin de pouvoir rétablir l’ordre, est lui-même source de troubles.


Timide retour au calme à Bangui. La situation sécuritaire reste précaire, après un week-end meurtrier (Al-Qarra TV)

Le dispositif français dans la région

Les soldats français de l’opération Boali sécurise l’aéroport de bangui (Photo: EMA)

La France pour l’instant, comme le disait Laurent Fabius à l’Assemblée nationale cet après-midi, a «deux compagnies là-bas plus une compagnie de Boali».

En République centrafricaine, la France soutient en ce moment la MICOPAX, la mission de consolidation de la paix de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), «mission multidimensionnelle visant à consolider le climat de paix et de stabilité, aider au développement du processus politique et au respect des droits de l’homme.

Le détachement français BOALI assure le soutien logistique, administratif et technique du volet militaire de la MICOPAX.», peut-on lire sur le site de la Défense française.

En outre, la France assure l’instruction opérationnelle des contingents africains engagés dans la MICOPAX, avant leur déploiement sur le théâtre.

Le détachement Boali comptait déjà environ 250 militaires principalement basés à Bangui. Il comprend un état-major, une compagnie d’infanterie et un détachement de soutien (maintenance, administration, santé, prévôts).

Il était déjà prévu que le détachement Boali puisse être ponctuellement renforcé et, depuis le 22 mars 2013, le détachement Boali a été effectivement renforcé à Bangui et se tient prêt à assurer, si besoin, la sécurité des ressortissants français et étrangers présents sur le territoire centrafricain.

Au total, ce sont un peu plus de 300 militaires français en mission de courte durée au sein des forces françaises au Gabon(FFG) qui ont été projeté depuis Libreville, à l’aide de plusieurs rotations deC160 Transall, C130 Hercules et Casa 235.

Forces de sécurisation françaises en patrouille à Bangui (Photo: EMA)
Donc, avec les 250 militaires français déjà stationnés à Bangui dans le cadre de l’opération Boali, ce sont maintenant plus de 550 militaires français qui sont présents dans la capitale Centrafricaine, seule force de stabilisation vraiment efficace et fiable, mais dont la mission est pour l’instant limitée.

Par ailleurs, le 31 mars 2013, afin de renforcer les forces françaises au Gabon (FFG) dont deux compagnies ont ainsi été déployées en RCA, une compagnie PROTERRE du 501e régiment de chars de combat (501e  RCC) de Mourmelon a été projetée depuis la France.

Quant à la La MICOPAX, elle compte environ 550 militaires originaires de 4 pays: le Cameroun, le Congo, le Gabon, le Tchad, en plus des Centrafricains.

Les contingents sont déployés à Bangui, Bozoum, Paoua et Kaga Bandoro. L’état-major de la force est basé à Bangui.

La France ira-t-elle plus que le soutien qu’elle apporte déjà? La réponse à l’appel à l’aide de Nicolas Tiangaye est, pour l’instant, assez simple: «Oui, mais…!»

À lire aussi:

Centrafrique: Michel Djotodia élu président par le Conseil de Transition >>

Les Centrafricains n’hésitent pas à manifester contre le nouveau pouvoir >>

Heurts entre la Séléka et des habitants de Bangui: une vingtaine de morts >>

Deux mille enfants-soldats en Centrafrique selon l’UNICEF >>

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.