Retour d’Afghanistan du général Giguère: débriefing avec 45eNord.ca

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Le Brigadier-Général Richard Giguère, Commandant du Secteur du Québec de la  Force terrestre et de la Force opérationnelle interarmées Est, a fait part de son intérêt pour le sujet tout au long de la journée (Photo: Gaëtan Barralon/45eNord.ca)
Le Brigadier-Général Richard Giguère, Commandant du Secteur du Québec de la Force terrestre et de la Force opérationnelle interarmées Est (Photo: Gaëtan Barralon/45eNord.ca)

De retour d’une visite aux troupes en Afghanistan, le brigadier-général Richard Giguère, commandant du Secteur du Québec de la force terrestre et de la force opérationnelle interarmées de l’est, se confie à 45eNord.ca:

45eNord.ca: Vous revenez d’un séjour de quelques jours en Afghanistan, ce n’est pas le premier, alors pourquoi ce nouveau voyage?

Richard Giguère: J’ai quelques passages en Afghanistan, dont certains ont été plus longs. Le dernier voyage c’était pour permettre aux gens qui ont générés des forces pour cette mission, d’aller visiter leurs troupes.

Pour cette mission, le secteur du Québec était justement le secteur qui était chargé de sélectionner, former et entrainer les gens qui sont présentement en Afghanistan.

Il y a des gens qui viennent bien évidemment du 5e Groupe-brigade mécanisé de Valcartier pour les soldats réguliers, et ce qui est intéressant c’est qu’il y a presque 20% du contingent qui est composé de réservistes.

Donc avec moi il y avait aussi deux commandants de formations de réserve du Québec, le 35e Groupe-brigade de Québec et le 34e Groupe-brigade de Montréal. Avec ces commandants et leurs adjudants-chefs, on a pris quelques jours pour aller visiter les troupes qu’on avait sélectionnées et formées, pour aller les rencontrer, puis voir avec eux si l’entrainement qu’ils avaient eu avait été concluant, mais aussi prendre des nouvelles d’eux, comment ça va. C’était un peu le but de ce voyage là.

Pouvez-vous nous expliquer comment s’est déroulé votre voyage?

Je vous disais donc que moi j’ai été deux fois en Afghanistan. Un premier tour à Kaboul en 2004 pour presque cinq mois, puis un autre tour à Kandahar en 2010-2011 pour presque une année, mais je n’avais jamais été à Mazar-e-Sharif dans le nord. Et on a justement un petit contingent de Canadiens qui est là, alors la première journée de notre voyage, on en a profité pour aller visiter ces Canadiens de Mazar-e-Sharif.

Il a fallu prendre un avion, traverser l’Hindukuch – c’est absolument merveilleux comme voyage -et on arrive de l’autre côté où c’est une géographie qui est très différente de Kaboul ou de Kandahar.

On atterrit donc et là on découvre cette belle école d’entrainement pour l’armée afghane, mais surtout pour la partie du nord.

On a des gens principalement du 12e Régiment blindé du Canada qu’on a rencontré et passé une journée avec eux. On a aussi rencontré le commandant de l’école afghane. C’est une institution toute neuve qui a été bâtie, et on a discuté avec eux de comment va l’entrainement là-bas dans le nord, puis tout ça.

Ensuite on a visité l’école de formation de Kaboul, KMTC, et puis là-aussi on a rencontré le colonel Williams puis le commandant de l’école afghane.

Ensuite on a été au camp Blackhorse pour voir comment se fait la consolidation des militaires.

Ce qui est intéressant, c’est qu’à l’école de formation de Kaboul, c’est l’entrainement individuel qui se donne là, mais au camp Blackhorse c’est l’entrainement collectif et c’est là qu’on forme les fameux kandaks, qui sont les bataillons – principalement d’infanterie – de l’armée afghane.

On fait des équipes cohésives avec ça et on leur remet leur équipement aussi. Le mariage des troupes et de l’équipement se fait donc au camp Blackhorse. Il y a de l’entrainement et ça dure en général neuf semaines, et ensuite de ça les kandaks quittent le camp Blackhorse et s’en vont en opération. On a donc des militaires canadiens qui sont là pour leur passer le maximum de connaissances au niveau de l’entrainement collectif avant qu’ils quittent pour le combat justement.

On a visité aussi le groupes de Canadiens qui travaillent à l’académie de santé, et ça c’est quelque chose qu’on n’entend pas beaucoup parler. Une trentaine de Canadiens, principalement du monde médical des Forces canadiennes y appuient la formation du personnel médical afghan. Ce qui est bien, c’est que ce ne sont pas des Canadiens qui donnent des cours. Les Canadiens sont là pour faire le mentorat des instructeurs afghans.

Puis bien évidemment on a rencontré, au quartier général de la mission de formation de l’OTAN, le général Ferron et son adjudant-chef.

On a passé trois jours et demi extrêmement remplis sur le terrain, mais très très intéressant. C’était un beau voyage.

Par rapport à votre précédente visite de décembre dernier, où nous vous avions déjà rencontré sur place, qu’est ce qui était différent?

Le voyage de décembre c’était à Noël justement.

Vous vous souvenez que j’avais avec moi deux artistes, Richard Petit et Eva Avila et l’idée de la visite c’était d’être en famille, célébrer Noël, faire des petits spectacles… C’était important pour le contact et c’était important de montrer à nos troupes qu’on pense à eux, qu’on est toujours avec eux malgré la période de Noël.

À cette époque-là j’avais rencontré moins de cadres afghans, parce que le but du voyage était un peu différent. Cette fois-ci, à tous les endroits que j’ai visité, j’ai pu rencontrer des officiers afghans, des cadres afghans. L’adjudant-chef du secteur a eu aussi des rencontres avec les adjudants-chefs afghans.

Alors un peu plus de contacts avec les Afghans pour pouvoir évidemment prendre leur pouls, comment ils vont etc.

Je peux vous dire que la réputation des Canadiens dans tout ce qu’on fait au niveau de l’entrainement est absolument incroyable. C’est le message que j’ai reçu des cadres afghans que j’ai rencontré.

En tant que commandant du SQFT, vous avez vu la préparation, l’entrainement qui a été donné aux soldats qui allaient être déployés, êtes-vous satisfaits de ce que vous avez vu ?

Très, très satisfait. Les gens travaillent d’arrache-pied avec leurs collègues afghans.

L’idée, ce n’est pas de donner la formation, c’était d’entrainer, de mentorer les instructeurs afghans. Il ne faut pas oublier que les cadres afghans ont beaucoup d’expérience aussi. L’idée était de créer les écoles avec eux, donner quelques petits cours techniques d’instruction. La matière et l’expérience il y a beaucoup de cadres afghans qui l’ont eu en théâtre opérationnel.

Alors nous on est là pour s’assurer de les appuyer et je suis extrêmement satisfait du travail des Canadiens là-bas ; qu’ils travaillent à l’instruction individuelle, qu’ils travaillent à l’entrainement collectif, qu’ils travaillent à la formation du personnel médical. On a aussi des gens qui travaillent avec le personnel de l’aviation et puis tous les gens qu’on a dans le quartier général, les Canadiens qui appuient aussi les cadres supérieurs… écoutez, c’est du travail vraiment extraordinaire qui est abattu là-bas en Afghanistan.

Étant donné que c’est désormais une rotation quasi-québécoise, avez-vous remarqué une plus grande proximité entre nos soldats et les soldats français?

Pendant que j’étais là-bas je n’ai pas vraiment rencontré de soldats français, mais je peux faire l’hypothèse qu’à cause de la proximité du langage entre les soldats canadiens-français puis les soldats de la France, il y a de beaux échanges qui se passent.

Mais je pourrais quand même mentionner que moi je suis un breveté du Collège interarmées de Défense (désormais L’École de guerre, ndlr) en 1995, mais un peu par pur hasard, alors que j’étais à Kaboul lors de mon dernier voyage, j’ai rencontré un collègue du collège.

On était dans le même petit groupe en 1995 et il est devenu un général de brigade qui est en charge du dispositif français en Afghanistan et après presque 20 ans on s’est retrouvé. La bonne nouvelle, c’est qu’on s’est reconnu, et on a partagé un petit-déjeuner ensemble. C’était très intéressant de partager nos expériences.

La rotation canadienne actuelle va être relevée cet été, c’est la dernière rotation du Québec avant la fin de la mission en mars 2014, quels défis vont attendre les troupes du secteur du Québec dans les prochains mois?

Ce qui va avoir été intéressant à mon terme de commandement au niveau du secteur du Québec, c’est qu’on aura eu deux réintégrations à opérer.

Vous vous souvenez que quand je suis arrivé à l’été 2011, on avais déjà un groupe qui était formé autour du 1er bataillon Royal 22e Régiment qui était à Kandahar et qui revenait au Québec à ce moment là. On a alors eu la réintégration de ce groupe là qui représentant presque 1 500 personnes. Et on va avoir un peu le même travail à faire avec les gens qui sont là actuellement, avec autour de 700 personnes du secteur du Québec qui vont revenir entre la mi-juin et la mi-juillet.

Les choses qui sont importantes, c’est de bien accueillir ces gens là dans un premier temps, de leur permettre de prendre du repos qui est mérité, et puis ensuite ca va être justement de les intégrer dans leurs unités, parce que malgré le déploiement en Afghanistan il y a pleins de choses qui se sont passées dans leurs unités, et ces gens là après la période de repos, réintégration avec leur famille, vont revenir au travail.

On va s’assurer d’appuyer nos gens, que ce soit en terme de soins médicaux, santé mentale, réintégration au travail… On garde un œil sur tous nos gens qui reviennent pour s’assurer qu’on comprend bien leur situation.

Il ne faut pas oublier qu’on a des gens qui ont trois, quatre, cinq missions à leur actif et même si les missions étaient très différentes, vous vous souvenez que le premier contingent canadien était déployé à Kandahar en 2002, ensuite on est allé à Kaboul, on retourne à Kandahar et là on reviens à Kaboul avec des missions différentes, mais qui représentent toutes des défis particuliers. Alors il faut vraiment s’assurer que même si on annonce au niveau du Canada la fin de la mission en Afghanistan en mars 2014, cela ne veut pas dire que le soutien aux forces se termine en même temps. Il va falloir vraiment qu’on garde les ressources nécessaires pour appuyer nos gens, appuyer leurs familles, appuyer leur santé physique, mentale, progression de carrière, etc.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT

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