Révolte à Guantanamo: les prisonniers séparés et confinés en cellule individuelle

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La prison américaine de Guantanamo, sur l'île de Cuba (Photo: Zesham)
La prison américaine de Guantanamo, sur l’île de Cuba (Photo: Zesham)

Après une révolte, ce samedi 13 avril, qui a forcé les autorités à recourir à des tirs de balles «non-létales», les détenus de la prison militaire américaine de Guantanamo, sur l’île de Cuba, ont tous été séparés et confinés dans des cellules individuelles.

Le porte-parole de la prison militaire, Robert Durand, a indiqué dans un communiqué que le commandant de Guantanamo avait «ordonné la transition des détenus de cellules communes à individuelles dans le camp 6 pour assurer la santé et la sécurité de ces détenus», ajoutant que «cette action a été prise en réponse aux efforts des détenus pour limiter la capacité des gardes à les observer en recouvrant les caméras de surveillance, les fenêtres et les cloisons de verre.»

Les gardes de la prison ont tenté de corriger la situation, mais, dit encore le porte-parole de la prison, «certains détenus ont résisté à l’aide d’armes improvisées, et en réponse, quatre balles moins que létales (sic) ont été tirées.»

Toujours selon les autorités militaires, il n’y a eu aucune blessure sérieuse parmi les gardes ou les détenus.

La grève de la faim commencée en février

La tension est à un niveau élevé à Guantanamo où le mouvement de grève de la faim, initié il y a plusieurs semaines, n’a cessé de prendre de l’ampleur, les avocats des détenus parlant même, au début du mois d’avril, de 100 prisonniers qui feraient la grève de la faim sur les 166 que compte cette prison américaine.

Tout avait commencé le 6 février dernier, lors d’une fouille de routine au cours de laquelle des effets personnels ont été confisqués et des Corans ont été examinés d’une manière que les prisonniers ont perçue comme une profanation religieuse.

Depuis lors, le mouvement de grève de la faim n’a cessé de prendre de l’ampleur, mais les autorités militaires américaines semblaient, au début de cette grève, tenter de minimiser l’ampleur du mouvement.

Toutefois, début avril, les autorités militaires ont dû reconnaître qu’il y avait au moins 37 grévistes de la faim parmi les détenus, dont 11 étaient alimentés de force avec des tubes et deux avaient été hospitalisés pour réhydratation et observation.
Les grévistes de la faim disent aussi avoir été victimes de mauvais traitements.

Guantanamo de retour dans l’actualité

Sont incarcérées depuis 2001 dans cette prison 166 personnes accusées de terrorisme, sans inculpation ni procès.

Pour la plupart depuis 11 ans sans inculpation ni procès, la grève de la faim serait, selon l’avocat David Remes,  qui défend 15 détenus, dont 13 grévistes, «l’expression ultime de leur désespoir» alors que s’éloigne pour eux toute perspective de sortir un jour.

La grève de la faim a ramené la question de Guantanamo dans l’actualité.

Les militants des droits de l’Homme, aux États-Unis, reviennent à la charge et redemandent la fermeture de l’installation du centre de détention militaire.

Il y a maintenant plus de 11 ans, le président Bush avait choisi ce centre, situé sur une base militaire américaine à Cuba, parce qu’il refusait de soumettre les détenus au système judiciaire fédéral américain les personnes qualifiées de « combattant illégal », capturées par l’armée américaine dans les différentes opérations qu’elle mène à l’étranger contre les terroristes islamistes

C’est ainsi qu’en en s’appuyant sur l’extra-territorialité de la base, que l’administration américaine a pu faire fi des droits des prisonniers et les garder en détention aussi longtemps sans inculpation ni procès.

Le 5 avril, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navy Pillay, a appelé les États-Unis à fermer la prison de Guantanamo, disant que «l’incarcération indéfinie de plusieurs de ces prisonniers est une détention arbitraire et constitue une violation flagrante du droit international.»

«Je suis profondément déçue que le gouvernement américain n’ait pas été en mesure de fermer Guantanamo, alors qu’il s’est engagé à plusieurs reprises à le faire», a déclaré Navy Pillay.


Guantanamo de retour dans l’actualité (Vidéo: Al Jazzeera)

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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