Séoul compte déclarer le complexe de Kaesong «zone sinistrée»

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Un soldat sud-coréen sur la route barricadée qui mène au site intercoréen de Kaesong à Paju, le 9 avril 2013 (Photo : Kim Jae-Hwan, AFP)
Un soldat sud-coréen sur la route barricadée qui mène au site intercoréen de Kaesong à Paju, le 9 avril 2013 (Photo: Archives/Kim Jae-Hwan/AFP)

Alors que la Corée du Nord interdit toujours l’accès au parc industriel intercoréen de Kaesong, en territoire nord-coréen, le ministère de l’Unification sud-coréen envisage de déclarer le complexe industriel commun «zone sinistrée» afin de mieux couvrir les dégâts subis par les entreprises sud-coréennes qui y sont implantées, rapporte l’agence sud-coréenne Yonhap.

Le vice-premier ministre et le ministre de la Stratégie et des Finances Hyun Oh-seok a confirmé ce mercredi matin (heure de Corée), que «le gouvernement sud-coréen annoncera aujourd’hui des mesures [additionnelles]pour les entreprises implantées au complexe industriel intercoréen de Kaesong».

Un responsable du ministère avait indiqué samedi 20 que«la demande des entreprises pour en faire une zone sinistrée avait été transmise au ministère de la Sécurité et de l’Administration publique.

Le ministère de l’Unification a donc tenu mardi 23 une rencontre interministérielle réunissant les ministères et institutions concernés pour élaborer de nouvelles mesures.

Le gouvernement sud-coréen a d’ores et déjà mobilisé des moyens financiers tels que des ajournements des remboursements des prêts, des baisses de taux d’intérêt pour les nouveaux prêts bancaires, des aides fiscales et des reports des paiements des factures d’électricité, pour venir en aide aux entreprises touchées.

Les entreprises ont dit ne pas souhaiter se retirer de Kaesong et ont demandé au Nord de normaliser les activités au complexe à travers le Comité de gestion du district industriel de Kaesong. Mais, «à moins que la situation ne revienne vite à la normale, toute mesure ne serait qu’un dépannage temporaire ne pouvant empêcher la faillite des entreprises», ont néanmoins affirmé des représentants de l’Association des entreprises du complexe industriel de Kaesong.

Historique d’une «crise fabriquée»

Le 3 avril dernier, le régime de Pyongyang avait décidé, unilatéralement, d’interdire aux sud-Coréens l’accès au complexe, situé sur son territoire à une dizaine de kilomètres de la frontière, et en a retiré ses 53 000 employés quelques jours plus tard, causant l’arrêt de la production dans les usines du complexe industriel.

Depuis, les 123 entreprises du Sud présentes à Kaesong ont subi une interruption de leur production et des livraisons, des changements des contrats d’approvisionnement et la perte de plusieurs clients qui ont bien dû se résoudre à s’approvisionner ailleurs.

Il y a en temps normal près de 900 sud-Coréens qui travaillent à Kaesong, mais mardi, le nombre de Sud-Coréens encore présents pour veiller à l’entretien des bâtiments, n’était plus que de 180, et les entreprises ont indiqué qu’avec l’absence d’approvisionnement les réserves en nourriture ont beaucoup baissé, ce qui pourrait empêcher les employés de rester beaucoup plus longtemps.

Pyongyang a récemment rejeté l’offre de dialogue du Sud à propos de l’avenir du site indiquant que «le régime fantoche (sud-coréen) ne peut pas s’exonérer de la responsabilité criminelle d’avoir mis Kaesong dans cette situation désastreuse».

Kaesong est l’unique reliquat des efforts de rapprochement intercoréen, après le gel des relations bilatérales en 2010.

Il a généré en 2012 un chiffre d’affaires de 469,5 millions $, une manne en termes d’emploi, d’impôts et d’apport en devises étrangères. Précieuse source de devises étrangères dont la Corée du Nord a grand besoin, le site était toujours resté ouvert à de rares et brèves exceptions près.

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Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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