Serbie-Kosovo: un fossé «très étroit mais profond»

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La haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎, Catherine Asthon, doit rendre à la mi-avril son rapport d'étape à l'Union européenne sur les négociations sur l'adhésion de la Serbie à l'UE (Photo: Archives/Union Européenne)
La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎, Catherine Asthon, doit rendre à la mi-avril son rapport d’étape à l’Union européenne sur les négociations sur l’adhésion de la Serbie à l’UE (Photo: Archives/Union Européenne)

Les différends entre la Serbie et le Kosovo sont tenaces. Présentée comme une réunion de conclusion de la médiation menée par l’Union européenne, la rencontre, organisée ce mardi à Bruxelles entre les Premiers ministres respectifs des deux pays, n’a, une nouvelle fois, débouché sur aucun accord.

«En dépit de ces longues négociations, nous ne sommes pas parvenus à un accord ce soir». Comme un éternel refrain, le chef du gouvernement serbe, Ivica Dacic, a dressé le bilan des pourparlers entretenus à Bruxelles, ce mardi soir.

À l’issue de douze heures de négociations et après plusieurs séances plénières et autres rencontres bilatérales entre les différentes délégations, la médiation de la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎, Catherine Asthon, n’a abouti sur aucune décision concrète.

«Un certain nombre de propositions ont été mises sur la table. Le fossé entre les deux parties est très étroit, mais profond», a-t-elle déclaré. Cette rencontre entre M. Dacic et son homologue kosovar, Hashim Thaçi, constituait même la dernière des huit réunions, mises en place depuis octobre dernier, sous l’égide de l’Union européenne.

«Malheureusement, nos pires craintes, en ce qui concerne les pourparlers [avec le Kosovo]sont devenues réalité», a déclaré Marko Djuric, conseiller en politique étrangère du président serbe Tomislav Nikolivc, à l’issue d’une réunion des dirigeants serbes à leur retour de Bruxelles.

Et pour cause, aucune alternative n’a été trouvée pour clarifier le principal point d’achoppement entre les deux pays. Cherchant à normaliser leurs relations diplomatiques sous incitation de l’Union européenne, les gouvernements serbe et kosovar continuent néanmoins de se déchirer sur la situation du Nord-Kosovo.

Dans cette région à forte majorité serbe, Belgrade a réclamé une plus grande autonomie aux municipalités, exigeant notamment l’obtention de «pouvoirs exécutifs» en matière de sécurité, police et justice.

Pour ce faire, la Serbie a accepté de reconnaître l’autorité du Kosovo dans le nord du pays. Une proposition qu’a catégoriquement refusée Pristina. Le gouvernement kosovar craint en effet qu’une plus large autonomie de la région ne conduise à une sécession du nord du pays.

Belgrade espère l’ouverture de négociations pour entrer dans l’Union européenne

Auto-proclamé indépendant en 2008, le Kosovo a accédé à la pleine souveraineté le 10 septembre dernier (Photo: Archives/Fotosearch)
Auto-proclamé indépendant en 2008, le Kosovo a accédé à la pleine souveraineté le 10 septembre dernier (Photo: Archives/Fotosearch)

Si le Premier ministre serbe a assuré qu’il restait «encore du temps pour trouver une solution», l’horloge tourne pour Belgrade. Le 16 avril prochain, Catherine Ashton doit en effet rendre son rapport d’étape à l’Union européenne qui devra ensuite statuer si la Serbie est habilitée ou non à entamer en juin des négociations sur son adhésion à l’UE.

Évoquant la possibilité d’une nouvelle rencontre la semaine prochaine, «si la Serbie en accepte le principe», le chef du gouvernement kosovar, Hashim Thaçi, continue, pour sa part, «d’espérer qu’un accord peut être trouvé». «Nous espérons qu’ils mettront les prochains jours à profit pour effectuer une réflexion sincère», a-t-il ajouté à l’issue de la réunion de Bruxelles.

De son côté, Marko Djuric a assuré que, «dans les jours à venir, les dirigeants de l’État vont devoir prendre des décisions incroyablement difficiles, dont l’opinion sera tenue informée». Alors que l’ouverture des négociations pour l’entrée de la Serbie dans l’UE sera statuée lors du sommet européen du mois de juin, Belgrade a d’ores et déjà assuré qu’il n’était pas question d’infléchir sa position sur la non-reconnaissance de la souveraineté du Kosovo.

«La Serbie est prête à accorder la plus large autonomie aux Albanais kosovars, mais ne reconnaîtra jamais l’Etat artificiel du Kosovo», déclarait l’ambassadeur serbe en Russie, Slavenko Terzić, dans des propos rapportés par l’agence Ria Novosti, le 13 février dernier.

En attendant, l’OTAN poursuit sa mission sur le territoire kosovar à travers la Force du Kosovo (KFOR) dans le but de veiller «au développement d’un Kosovo stable, démocratique, multiethnique et pacifique». Une mission à laquelle participe le Canada sous le nom d’opération Kobold, lancée en août 2008 et récemment prolongée jusqu’au 31 décembre 2014, prévoyant le déploiement d’un maximum de 10 membres des Forces canadiennes à Pristina.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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