Syrie: 6 000 morts en mars pour le mois le plus sanglant

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Après la chute de missiles sur le quartier de Tariq al-Bab, à Alep, le 23 février 2013 (Photo: Archives/Pablo Tosco/AFP)
Après la chute de missiles sur le quartier de Tariq al-Bab, à Alep, le 23 février 2013 (Photo: Archives/Pablo Tosco/AFP)

Mars 2013 aura donc été le mois le plus meurtrier depuis le début du conflit syrien, il y a deux ans. C’est en tout cas ce qu’assure, ce lundi, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) dans un bilan terrifiant.

298 enfants et 291 femmes pour 2 080 civils. 1400 rebelles, 1 464 soldats réguliers, 86 ayant fait défection et 588 corps non identifiés. Voilà un aperçu du nombre de victimes recensées par l’Observatoire pour le mois de mars.

S’appuyant sur des sources médicales et de sécurité, cet organisme d’information basé à Londres reste l’un des outils de référence pour dresser le tableau de la tragédie syrienne. Si sa neutralité est souvent remise en cause, il n’en reste pas moins qu’il permet d’avoir un aperçu plus ou moins précis du bilan actuel.

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D’un point de vue officiel, l’OSDH dit avoir recensé 62 554 victimes depuis le début du soulèvement populaire, en mars 2011. Deux ans plus tard, les atrocités se poursuivent et les chiffres ne cessent de croître.

Face à la difficulté récurrente d’obtenir des informations vérifiées ou vérifiables, cette ONG dévoile un bilan qu’elle juge confirmé. Car, comme l’a confié son président, Rami Abdelrahman, «nous savons que le bilan est beaucoup plus élevé. Nous estimons qu’il tourne en fait autour de 120 000. De nombreux bilans sont plus difficiles à étayer donc nous ne les incluons pas encore officiellement».

«Il y a certains groupes où il nous a fallu plus de temps pour avoir accès aux sources. Par exemple, nous avons commencé à recenser beaucoup plus tard les pertes des chabiha», a-t-il ajouté en référence aux milices progouvernementales.

S’il évalue à 12 000 le nombre de miliciens tués lors des affrontements successifs depuis le début du conflit, l’OSDH ne les a pas inclus dans son bilan, doutant de l’exactitude des pertes de ces forces paramilitaires. C’est également le cas pour les dizaines de milliers d’individus retenus par les camps respectifs. Qu’ils aient été arrêtés par l’armée ou capturés par les rebelles, l’Observatoire n’a pu authentifier le nombre de pertes parmi ces otages.

En ce qui concerne les corps des victimes, l’identification est souvent difficile, parfois impossible. C’est ainsi que l’OSDH recense quelques 2 250 corps de combattants rebelles non identifiés. Mais l’Observatoire estime qu’il s’agit, pour la plupart, d’insurgés étrangers venus menés la «guerre sainte» en compagnie des groupes islamistes en Syrie.

Plus de 70 000 morts selon l’ONU

Pour comparaison, le dernier bilan des Nations Unies faisait état, le 12 février, de 70 000 morts, selon la Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Navi Pillay. Un chiffre jugé en nette progression par de nombreux spécialistes. De son côté, le président de la République française, François Hollande, a dressé, la semaine dernière, un portrait évocateur de la situation dans le pays.

«Il y a eu près de 100 000 morts en Syrie, 100 000, avec une guerre civile qui se radicalise et des djihadistes qui se saisissent de cette opportunité pour porter des coups à Bachar al-Assad et en même temps prendre des marques pour la suite», a-t-il déclaré, jeudi dernier, en réponse à une question sur l’éventuelle livraison d’armes de la France à destination des rebelles syriens.

Les derniers affrontements ou bombardements dans les différentes régions du pays démontrent la férocité d’une guerre civile à l’issue interminable. Le mois de mars aura également marqué l’entrée dans le jeu belliqueux de l’utilisation supposée d’armes chimiques.

Régime et opposition s’accusent mutuellement d’en avoir employé dans différentes attaques. Ce qui a amené les Nations Unies à mettre sur pied un dispositif chargé d’enquêter sur l’affirmation ou non de l’emploi d’armes chimiques dans ce conflit.

En attendant, la bataille diplomatique se poursuit sans la moindre trêve. Entre inactivité et ingérence, les différents acteurs internationaux peinent à trouver la solution adéquate pour sortir le peuple syrien d’une tragédie inqualifiable. Au grand dam des populations civiles.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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