Utilisation d’armes chimiques en Syrie: rien de sûr pour Washington

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Le secrétaire d'État américain John Kerry a assuré, ce mardi, que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'avait pas pu lui confirmer l'utilisation par la Syrie d'armes chimiques (Photo: Archives/AFP)
Le secrétaire d’État américain John Kerry a assuré, ce mardi, que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’avait pas pu lui confirmer l’utilisation par la Syrie d’armes chimiques (Photo: Archives/AFP)

Après les accusations prononcées par un responsable du renseignement militaire israélien, les États-Unis ont affirmé, ce mardi, ne pas être arrivés à la conclusion d’une utilisation d’armes chimiques au cœur du conflit syrien.

«Nous soutenons une enquête, nous surveillons [cette affaire]et nous ne sommes pas parvenus à la conclusion que [des armes chimiques]ont été utilisées», a ainsi déclaré, ce mardi, le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney.

S’exprimant après les déclarations d’un responsable du renseignement militaire israélien, le général Brun, attestant d’une utilisation d’armes chimiques de la part de Damas, M. Carney a réaffirmé le caractère qualifié d’intolérable par Barack Obama d’un tel usage sur les populations syriennes.

Présent, ce mardi, à Bruxelles pour une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’OTAN, le secrétaire d’État américain John Kerry a déclaré, pour sa part, que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’avait pu lui confirmer de telles accusations à l’encontre du régime de Bachar al-Assad.

«J’ai parlé ce matin d’ici [à Bruxelles] au Premier ministre Netanyahu. Je crois juste de dire qu’il n’était pas en position de confirmer ceci dans notre conversation», a déclaré le secrétaire d’État américain. «Je ne sais pas pour l’instant quels sont les faits et personne ne sait», a-t-il ajouté.

Pour autant, le général de brigade israélien Itai Brun a affirmé, ce mardi, au cours d’une conférence sur la sécurité à Tel Aviv, que le régime syrien a bel et bien utilisé des armes chimiques face aux rebelles. «D’après ce que nous avons compris, le régime a utilisé des armes chimiques meurtrières dans un certain nombre d’incidents, probablement du gaz sarin», a-t-il déclaré lors de cette conférence, retransmise par la radio militaire israélienne.

S’appuyant sur des photos de victimes dont les pupilles sont contractées et dont de la mousse s’échappe de la bouche, le général Brun a assuré que ces documents «attestent de l’utilisation d’armes chimiques mortelles».

 

Des «preuves solides» pour les pays occidentaux

Sous couvert de l’anonymat, plusieurs diplomates des Nations Unies ont indiqué, le 11 avril dernier, que les pays occidentaux ont actuellement des «preuves solides» que des armes chimiques ont été utilisées au moins une fois dans le conflit syrien.

Une information relayée par le Washington Post et la revue Foreign Policy. Citant des responsables ayant requis l’anonymat, les deux médias américains ont assuré que la France et le Royaume-Uni ont informé le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon que des examens du sol, des entretiens avec des témoins et des rebelles montraient que des agents neurotoxiques avaient été utilisés dans et autour d’Alep (nord), de Homs (centre) et peut-être à Damas.

Mi-avril, c’est au tour du Time d’affirmé que le Renseignement militaire britannique avait des preuves matérielles tout à fait fiables de cette utilisation par Damas. «Il y a eu certaines informations selon lesquelles ce serait juste un puissant agent antiémeute mais ce n’est pas le cas – c’est autre chose, bien qu’il soit impossible de dire avec certitude qu’il s’agit de gaz sarin», a notamment évoqué une source anonyme citée par le journal.


Des armes chimiques utilisées en Syrie, selon l’armée britannique – 13 avril 2013 (Vidéo: Euronews

Après avoir déposé, le 20 mars dernier, une requête pour obtenir une enquête de l’ONU, Damas a, par la suite, refusé l’accès à ses territoires à la mission des Nations Unies, Ban Ki-Moon ayant précisé que «toutes les allégations» feraient l’objet d’enquêtes et non juste celle formulée par le régime.

Mais pour l’heure, la communauté internationale apparait bien impuissante pour accuser formellement le régime syrien d’avoir recours à de telles armes lors des affrontements avec les rebelles. Et pour cause, si plusieurs sources affirment détenir la preuve de présence de gaz sarin ou autre produits toxiques meurtriers, cela ne leur permet pas d’assurer quel camp a utilisé ces armes chimiques.

Comme l’a confirmé le porte-parole de la Maison Blanche, l’enquête américaine se poursuit. Si l’opacité décrétée par Bachar al-Assad sur son territoire empêche la bonne tenue des investigations, la récurrence des accusations pesant sur le régime syrien atteste de l’évidence, pour les dirigeants et experts occidentaux, d’un recours aux armes chimiques dans le pays.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l’Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d’une licence en Information­-Communication, Gaëtan s’intéresse aux enjeux internationaux à travers l’analyse des différents conflits mondiaux.

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