Argentine: l’ex-dictateur Videla a fini ses jours en prison

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 Jorge Videla lors de l'un de ses procès, le 5 mars 2013, à Buenos Aires (Photo: Archives/Juan Mabromata/AFP)

Jorge Videla lors de l’un de ses procès, le 5 mars 2013, à Buenos Aires (Photo: Archives/Juan Mabromata/AFP)

L’ancien dictateur argentin Jorge Videla, 87 ans, a fini ses jours dans la cellule où il purgeait une peine de prison à perpétuité pour les crimes commis par son régime militaire tyrannique de 1976 à 1981.

Personnage profondément détesté en Argentine, l’ancien général avait été condamné deux fois à la prison à vie pour crimes contre l’humanité et à une peine de 50 ans de prison pour le vol de bébés d’opposants.

Il a dirigé l’Argentine lorsque la répression contre l’opposition de gauche était à son paroxysme. A cette époque, Brésil, Chili, Paraguay et Uruguay voisins étaient également dirigés par des régimes militaires.

Près de 30 ans après la fin de la dictature, Jorge Videla est décédé dans la prison de Marcos Paz, dans la province de Buenos Aires, à 45 kilomètres au sud-ouest de la capitale, où il se considérait comme un prisonnier politique.

«(Jeudi), il ne se sentait pas bien, il n’a pas voulu dîner et (vendredi) matin, ils l’ont trouvé mort dans sa cellule», a déclaré à la presse Cecilia Pando, présidente de l’Association des familles et amis de prisonniers politiques de l’Argentine (AFYAPPA), qui représente les nombreux militaires condamnés pour des crimes commis durant la dictature.

Le rapport médical a conclu à une mort naturelle, a informé l’autorité pénitentiaire.

Jorge Videla emmené le 11 juin 1998 par la police à son procès à Buenos Aires (Photo: Archives / Diario Perfil/AFP)
L’ancien prix Nobel de la paix Adolfo Perez Esquivel a regretté que Jorge Videla soit mort en emportant avec lui les secrets de la dictature.

«À aucun moment, il n’a exprimé un remord pour les crimes et il part avec de nombreuses informations mais la justice doit élucider ce qu’il est advenu des disparus et des enfants», a-t-il déclaré.

Les organisations de défense des droits de l’homme accusent les militaires au pouvoir à Buenos Aires (1976-1983) d’avoir fait disparaître 30.000 personnes et d’avoir torturé ou emprisonné des centaines de milliers de personnes. Videla a reconnu de 7 000 à 8 000 morts.

Environ 500 enfants ont été enlevés à leurs parents durant la dictature et confiés en adoption à des dignitaires du régime.

«Il est mort condamné par la justice et répudié par la société», a réagi Nora Cortinas, des Mères de la place de mai, organisation emblématique de l’opposition à la dictature qui rassemble des parents de disparus.

Jorge Videla a cristallisé tant de haine que Estela de Carlotto, chef de file des Grands-mères de la place de mai, a confié un «soulagement» après «la mort d’un tyran», «génocidaire, dépourvu d’humanité (…) qui a tué, torturé, enlevé et violenté».

Jorge Videla était en prison depuis 2008, quand il avait été placé en détention provisoire dans l’attente de ses multiples procès.

Auparavant, il avait été emprisonné de 1985 (date de sa première condamnation) à 1990, quand il avait été gracié par le président Carlos Menem. De 1998 à 2008, il était assigné à résidence.

Les opposants, de dangereux terroristes

Le général Jorge Videla (c) prête serment le 29 mars 1976 comme 38e président de l’Argentine après un coup d’Etat mené la veille contre Isabel Péron (Photo: Archives/AFP)
Mardi, il a été entendu à Buenos Aires lors d’une audience du procès consacré au Plan Condor, un réseau de répression des opposants créé par les dictatures militaires d’Amérique du sud dans les années 1970 et 1980. Comme à son habitude, il a refusé de reconnaître la justice civile, estimant qu’il ne pouvait répondre de ses actes que devant un tribunal militaire.

En revanche, il a toujours assumé la responsabilité des faits qui lui sont reprochés, sans exprimer de regrets, cherchant à épargner ses subordonnés qui, selon lui, n’ont fait qu’obéir à ses ordres. Une posture qui a suscité l’indignation de nombreux Argentins.

Pour Videla, les opposants à son régime étaient de dangereux terroristes ou communistes contre qui l’armée argentine était en guerre.

Le secrétaire argentin aux Droits de l’homme, Martin Fresneda, a jugé «important qu’il soit mort de mort naturelle et dans une prison».

«La justice a été rendue, il n’y a pas eu de vengeance et il s’en va comme une personne qui a été responsable des principales horreurs vécues par le peuple argentin», a-t-il dit en allusion aux diverses condamnations prononcées contre Jorge Videla.

Né en 1925 près de Buenos Aires dans une famille d’officiers, Jorge Videla a fait ses études au collège militaire de Buenos Aires. Après une carrière dans l’infanterie, il est devenu chef d’état-major général de l’armée de terre, puis commandant en chef de l’armée de terre, en 1975.

En 1976, il avait pris la direction de la junte militaire après un coup d’Etat.

«Le génocidaire Videla est mort», proclamait dans un bandeau la chaîne d’information A24. Pour le quotidien Clarin, Videla était «l’idéologue de la terreur de la pire dictature de l’Argentine».


Argentine: réaction à la mort de Videla (Vidéo: AFP)

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