Armes chimiques en Syrie: l’ONU n’a pas de preuve

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Carla del Ponte, membre de la Commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme en Syrie, a déclaré, ce dimanche, que les rebelles ont utilisé du gaz sarin au cours du conflit (Photo: Archives/Nations Unies)
Carla del Ponte, membre de la Commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme en Syrie, a déclaré, ce dimanche, que les rebelles ont utilisé du gaz sarin au cours du conflit (Photo: Archives/Nations Unies)

La Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie, mandatée par l’ONU, a assuré, ce lundi, n’avoir pas de résultats suffisants pour conclure à l’utilisation d’armes chimiques lors du conflit syrien.

La mission «n’a pas atteint des résultats permettant de conclure que des armes chimiques ont été utilisées par les parties au conflit. En conséquence et à ce jour la Commission n’est pas en mesure de commenter davantage ces allégations», indique le communiqué officiel de la Commission d’enquête. Un véritable désaveu au lendemain des déclarations de Carla Del Ponte, membre de cette même commission.

Ce dimanche, l’ancienne procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a assuré que la rébellion syrienne avait eu recours aux armes chimiques au cours du conflit. «Selon les témoignages que nous avons recueillis, les rebelles ont utilisé des armes chimiques, faisant usage de gaz sarin», a-t-elle déclaré dans une interview à la radio suisse italienne dans la nuit de dimanche à lundi. «Dans un dernier rapport de la semaine passée, j’ai vu qu’il y a de forts soupçons, des soupçons concrets […] vu la façon dont des victimes ont été soignées», a-t-elle ajouté.

Si elle a mentionné l’absence de «preuves irréfutables» concernant l’utilisation de gaz sarin par les rebelles, la magistrate suisse a également confié qu’il n’était «pas surprenant» que cela ait eu lieu «car des combattants étrangers se sont infiltrés parmi les opposants».

Une déclaration face à laquelle les État-Unis ont tenu à rester extrêmement prudent. «Nous n’avons pas d’informations laissant penser qu’ils ont la capacité ou l’intention de déployer ou d’utiliser de telles armes», a ainsi répondu un responsable du département d’État interrogé lors d’une conférence téléphonique à Washington.

Une utilisation d’armes chimiques «avec différents degrés de certitude» pour Washington

Depuis plusieurs semaines, les accusations mutuelles entre le régime et la rébellion quant à l’utilisation d’armes chimiques sont venues bouleverser l’ordre diplomatique du conflit. «Nous avons maintenant des preuves que des armes chimiques ont été utilisées en Syrie, mais nous ne savons pas par qui, ni quand, ni comment», a ainsi déclaré Barack Obama lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le 30 avril dernier. S’il avait fait de cette utilisation une «ligne rouge» à ne pas franchir, le président américain a fait preuve de prudence pour éviter toute décision hâtive. «Je dois être certain d’avoir tous les éléments. C’est ce que le peuple américain est en droit d’attendre», a-t-il ajouté.

Ce lundi, le président de la Commission d’enquête, le juriste brésilien Paulo Sergio Pinheiro, a rappelé «à toutes les parties au conflit que l’utilisation d’armes chimiques est prohibée en toutes circonstances en vertu du droit international humanitaire coutumier». Mais les investigations des Nations Unies restent extrêmement délicates.

Mandatée depuis 2011 par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, les membres de la Commission d’enquête sont actuellement obligés de mener leurs enquêtes en se rendant dans les pays voisins de la Syrie. Ils y interrogent des réfugiés, des victimes et des médecins pour essayer d’éclaircir cette vaste part d’ombre que cache la tragédie syrienne. Sans feu vert de Damas, ils ne peuvent pénétrer sur le territoire syrien. Même son de cloche, plus récemment, pour une autre mission d’experts.

Une mission d’experts des Nations Unies attend toujours l’accord de Damas

À la demande du gouvernement syrien, cette dernière a été mandatée fin mars par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, pour faire la lumière sur l’usage éventuel d’armes chimiques en Syrie. Mais en exigeant que cette enquête soit menée sur l’ensemble du territoire syrien, la mission, dirigée par le scientifique suédois Åke Sellström, a essuyé un refus de Damas de pénétrer au sein des frontières syriennes.

Pour autant, Ban Ki-Moon ne désespère pas de trouver une issue à ce problème. «Une enquête exhaustive et crédible nécessite d’avoir un accès complet au site où ces armes auraient été utilisées», a-t-il réagi le 29 avril dernier, appelant les autorités syriennes à autoriser «sans délai et sans conditions» cette visite.

De son côté, la Commission d’enquête indépendante publiera son prochain rapport fin mai en vue de le présenter le 3 juin lors de la prochaine session du Conseil des droits de l’Homme, comme l’a indiqué un porte-parole du Conseil, Rolando Gomez. Un rendez-vous primordial pour clarifier les positions respectives des différents acteurs internationaux sur le dossier syrien.

«Nous ne pouvons pas exclure que le gouvernement ait utilisé des armes chimiques», a ajouté Carla Del Ponte. Preuve de l’épineuse analyse des données actuellement recueillies. Difficile dans ces conditions de faire la lumière sur les évènements dramatiques auxquels le peuple syrien est confronté depuis plus de deux ans.


Les Etats-Unis excluent une intervention au sol en Syrie – 4 mai 2013 (Vidéo: Euronews)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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