Armes chimiques: la Syrie se dit «toujours prête» à accueillir la mission de l’ONU

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Un homme équipé d'un masque à gaz et un jeune garçon courent dans une rue d'Alep, dans le nord de la Syrie, en mars 2013 (Photo: Archives/Bulent Kilic/AFP)
Un homme équipé d’un masque à gaz et un jeune garçon courent dans une rue d’Alep, dans le nord de la Syrie, en mars 2013 (Photo: Archives/Bulent Kilic/AFP)

Selon le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Moqdad, la Syrie est prête à accueillir la commission des Nations Unies chargée d’enquêter sur l’utilisation éventuelle d’armes chimiques, le 23 mars dernier, à Khan al-Assal, dans le nord du pays. Mais l’ONU exige d’avoir accès à l’ensemble du territoire pour faire la lumière sur d’autres accusations à l’encontre de l’armée syrienne.

«Nous étions prêts et nous sommes toujours prêts maintenant, à cette minute, à accueillir la délégation telle qu’elle a été établie par Ban Ki-moon [le secrétaire général de l’ONU, ndlr]pour enquêter sur ce qui s’est passé à Khan al-Assal», a déclaré Fayçal Moqdad dans un entretien à l’AFP. «Les rumeurs selon lesquelles la Syrie a empêché la mission de venir sont absolument incorrectes, folles et inacceptables. C’est un grand mensonge», a-t-il ajouté.

Mandatée en mars dernier, cette commission d’enquêtes des Nations Unies est chargée de faire la lumière sur les différentes accusations d’utilisation d’armes chimiques au cours du conflit. Le régime syrien a notamment demandé à l’ONU d’enquêter sur le site de Khan al-Assal pour démontrer le recours aux armes chimiques de la part des rebelles, le 23 mars dernier.

Mais les Nations Unies ont également souhaité mener des investigations sur des accusations similaires contre l’armée syrienne de la part de la France et la Grande-Bretagne. Celles-ci portaient sur des incidents, déroulés le 23 décembre dernier, à Khan al-Assal ainsi qu’à Homs, dans le centre du pays.

«Ce n’est pas nous en Syrie qui empêchons l’équipe mise en place par le secrétariat [des Nations Unies, ndlr]de venir en Syrie, c’est le secrétariat de l’ONU sur instruction et pression de la France, de la Grande-Bretagne et des groupes armés. Ils ne veulent pas qu’elle vienne», a martelé Fayçal Moqdad. «Nous avions ajouté que si l’enquête à Khan al-Assal s’avérait professionnelle, honnête, neutre nous serions d’accord pour examiner les autres cas», a-t-il ajouté.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères a ainsi réitéré les accusations de Damas à l’encontre des rebelles. «Beaucoup de gens parlent des lignes rouges sur les armes chimiques, dont le président Obama. Il y a aussi des lignes rouges de la part d’Assad. Le président Assad n’utilisera jamais des armes chimiques, si tant est que le pays en possède, contre son peuple. Aussi ceux qui utilisent ces armes ce sont les autres [les rebelles, ndlr]», a-t-il martelé.

Pour éclaircir ces accusations, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon a lancé un nouvel appel, le 29 avril dernier, à l’intention du régime syrien. «Une enquête crédible et complète exige un accès sans entraves à tous les sites où des armes chimiques auraient été utilisées. J’exhorte une fois de plus les autorités syriennes à permettre le déploiement de cette mission dans les meilleurs délais et sans conditions préalables», a-t-il déclaré en conférence de presse, juste avant de s’entretenir avec le chef de cette mission d’enquête, le scientifique suédois Åke Sellström.

Le Hezbollah libanais va recevoir des armes de Damas

Le médiateur international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, a accepté de poursuivre sa mission sur demande du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon (Photo: Archives/ONU)
Le médiateur international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, a accepté de poursuivre sa mission sur demande du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon (Photo: Archives/ONU)

Mais si Damas tente de prouver sa bonne foi à l’égard des armes chimiques, le régime de Bachar Al-Assad poursuit sa rhétorique belliqueuse avec Israël. Les tensions ont été récemment ravivées par les raids israéliens, menés le week-end dernier, à proximité de Damas, visant, selon des responsables israéliens, des armes iraniennes destinées au Hezbollah. «Il n’y pas d’Iran et de Hezbollah» en Syrie, a assuré M. Moqdad. Avant d’ajouter qu’«il n’y pas de voitures qui transféraient des armes» vers le Hezbollah au Liban.

Pour autant, Bachar Al-Assad avait promis des représailles à l’État hébreu. Il semble avoir tenu parole, comme l’a confirmé le Hezbollah libanais, actuellement engagé aux côtés du régime. Le secrétaire général de l’organisation, Hassan Nasrallah, a assuré, ce jeudi, que «la Syrie va donner à la résistance de nouvelles armes qui sont capables de changer l’équilibre des forces dans la région». Il s’est exprimé lors d’un discours retransmis par vidéo à l’occasion du 25e anniversaire du lancement de la radio al-Nour, organe du Hezbollah. L’occasion de marteler sa position ferme à l’égard de l’État hébreu.

«Les Israéliens savent que la Syrie est la source de la force de la résistance libanaise et palestinienne. L’objectif des raids israéliens sur Damas est de dire à la Syrie que si elle continue à soutenir le Hezbollah, le régime syrien tombera et qu’il y aura une guerre. Israël veut éliminer la Syrie du conflit arabo-israélien», a-t-il prévenu.

Hassan Nasrallah a également tenu à réitérer son soutien indéfectible au régime de Bachar Al-Assad. «Vous avez lancé une guerre contre la Syrie pour l’affaiblir, vous avez donc ouvert la voie à la création d’une résistance populaire pour la libération du Golan occupé. Puisque la Syrie est restée aux côtés du Liban durant la guerre, nous allons rester à ses côtés et lui fournir un soutien militaire et logistique pour libérer le Golan occupé», a-t-il assuré.

L’embrasement tant redouté du conflit syrien semble prendre forme au Proche-Orient. Pour autant, la communauté internationale n’apparait pas résignée à voir cette tragédie prendre fin. Sur demande de Ban Ki-Moon, le médiateur des Nations Unies et de la Ligue arabe pour la Syrie Lakhdar Brahimi a ainsi accepté de poursuivre sa mission. Une décision prise après le récent accord entre Washington et Moscou sur la nécessité d’inciter le régime syrien et les rebelles à trouver une «solution politique» au conflit.


Les doutes de l’Onu sur des armes chimiques en Syrie – 6 mai 2013 (Vidéo: Euronews)

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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