Candidat et procureur assassinés, le Pakistan sous tension avant les élections

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Les Forces pakistanaises menant une opération contre les talibans dans la vallée de Swat, dans le Nord-Ouest du pays (Photo: Al Jazzera))
A quelques jours des élections générales, le Pakistan reste sous haute tension (Photo: Archives/Al Jazzera)

À quelques jours d’un scrutin législatif historique, les assassinats d’un procureur et d’un candidat aux élections du 11 mai prochain sont venus aggravés, ce vendredi, le climat insécuritaire régnant actuellement au Pakistan.

Sous le feu des projecteurs, les élections législatives nationales et provinciales se devaient être historiques. Pour la première fois, un gouvernement civil est parvenu à achever un mandat complet de cinq ans, évitant ainsi tout coup d’État. Mais ces dernières semaines ont vu les faits d’actualité reprendre le dessus sur le caractère historique de ce scrutin démocratique.

Ce vendredi, un candidat d’un parti laïc a été abattu par des hommes armés du côté de Karachi, dans le sud du pays. Alors qu’il rentrait de la mosquée en compagnie de son fils de trois ans, également tué dans l’attaque, Saddiq Zaman Khattak devait se présenter pour un poste à l’assemblée nationale. Il était membre de l’Awami National Party (ANP), principal parti laïc pachtoune, l’ethnie dominante dans le nord-ouest du pays mais également très présente à Karachi.

Troisième candidat à être tué au cours de la campagne, l’assassinat de cet homme d’affaires porte ainsi le bilan à au moins 62 victimes lors des violences pré-électorales depuis le 11 avril dernier, selon un décompte effectué par l’AFP. Membres de la coalition gouvernementale sortante avec les partis libéraux du Parti du peuple pakistanais (PPP) et du Muttahida Qaumi Movement (MQM), l’ANP est la cible des talibans pakistanais. Ces derniers, opposés à ce scrutin jugé contraire aux valeurs islamiques, sont ainsi accusés de faire le jeu des partis d’opposition, plus conservateurs. La coalition au pouvoir a ainsi dénoncé une élection «truquée par avance».

«Cette campagne électorale est particulièrement violente et marquée par une augmentation alarmante des attaques et de l’intimidation contre les activistes politiques et les représentants électoraux», a souligné Amnesty international le 24 avril dernier. Human Rights Watch s’est, pour sa part, inquiétée qu’une partie des candidats de puisse pas mener campagne, ce qui «pourrait compromettre» le résultat du scrutin.

La commission électorale (ECP) a annoncé, ce jeudi, que plus de 600 000 membres des forces de sécurité, dont au moins 50 000 soldats, seraient déployés autour des bureaux de vote lors du scrutin du 11 mai prochain. Avant de préciser que, sur les plus de 73 000 bureaux de vote, 20 000 sont considérés comme «menacés ou très menacés».

Le procureur en charge de l’affaire Benazir Buttho assassiné

Mis en cause dans l’assassinat de l’ex-Premier ministre Benazir Buttho, l’ex-président pakistanais Pervez Musharraf a été interdit à vie d’élection et est assigné à résidence jusqu’au 14 mai prochain (Photo : Archives/Aamir Qureshi /AFP)

Mais l’insécurité actuelle ne se cantonne pas qu’à la sphère politique et électorale. Pour preuve, un procureur pakistanais a été abattu, ce vendredi, à Islamabad. Alors qu’il se rendait à une audience à Rawalpindi, près de la capitale, Chaudhry Zulfiqar a été criblé de balles par deux motards dans une rue de son quartier. Au volant de sa voiture, le procureur de l’Agence fédérale d’investigation (FIA) a reçu treize balles avant de finir sa course dans le bas-côté.

Il devait alors assister à une nouvelle audience concernant l’assassinat, en 2007, de l’ancienne Première ministre, Benazir Bhutto. Or, cette affaire est revenue sur le devant de la scène, il y a quelques semaines, avec le retour sur le sol pakistanais de l’ancien président Pervez Musharraf. De retour après quatre ans d’exil volontaire, l’ancien général souhaitait se présenter aux élections générales. Mais, pris dans la tourmente judiciaire, il n’a pu obtenir l’accord de la commission électorale. Pire encore, il a été jugé inéligible à vie pour «violation de la constitution» par un tribunal de Peshawar.

Désormais assigné à résidence jusqu’au 14 mai prochain, Pervez Musharraf est mis en cause dans l’assassinat de Benazir Buttho. Il est notamment soupçonné de ne pas avoir assuré la sécurité de la Première ministre, tuée lors d’un meeting politique à Rawalpindi, le 27 décembre 2007. À l’issue d’une audience, le 30 avril dernier, le procureur Zulfiqar avait affirmé à la presse qu’il disposait de preuves solides contre l’ancien dictateur Musharraf.

Mais à l’annonce, ce vendredi, du meurtre du procureur, les regards semblent également se tourner vers l’armée pakistanaise. Déjà échaudées par ce qu’elles considèrent comme une humiliation publique à l’encontre de leur ancien général, les forces militaires pouvaient voir d’un mauvais œil l’action actuelle du procureur. Et pour cause, celui-ci enquêtait sur une deuxième affaire, celle des attentats de Bombay qui avaient tué près de 170 personnes en 2008. Chaudhry Zulfiqar instruisait les poursuites dans le procès de sept cadres du Lashkar-e-Taiba. Un groupe djihadiste local réputé proche des services secrets de l’armée (ISI), les autorités indiennes ayant notamment condamné l’aide présumée de «services» étatiques pakistanais dans cette attaque.

Le président pakistanais Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto, a condamné l’assassinat du procureur Zulfiqar et ordonné une enquête approfondie «pour trouver les vrais coupables». Mais en attendant, le Pakistan a rendez-vous avec les urnes le 11 mai prochain. Pour tenter une nouvelle fois de rétablir l’ordre et la sécurité dans le pays.

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Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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