Centrafrique: Bangui bousculée par de nouveaux heurts entre la Séléka et des civils

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Le nouveau président centrafricain Michel Djotodia s'est rendu dans le quartier Gobongo pour "apaiser les tensions" (Photo: Archives/Sia Kambou/AFP)
Le nouveau président centrafricain Michel Djotodia s’est rendu dans le quartier Gobongo pour « apaiser la tension » (Photo: Archives/Sia Kambou/AFP)

Trois personnes ont perdu la vie, ce jeudi, au cours d’affrontements dans un quartier de Bangui entre des civils et des forces de la Séléka, actuellement au pouvoir. Un nouvel épisode tragique qui intervient au moment où l’ONG Human Rights Watch dénonce les exactions commises par la Séléka à l’issue de son coup d’État du 24 mars dernier.

Un membre de la Séléka «à bord d’un véhicule a heurté mortellement jeudi en fin d’après-midi un jeune de 17 ans au quartier Gobongo», dans le nord de la capitale centrafricaine, a indiqué à l’AFP une source policière requérant l’anonymat.

Alors que le chauffard a pris la fuite, les habitants du quartier ont «érigé des barricades sur la voie publique pour protester contre la mort du jeune», selon cette même source. La situation a ensuite dégénéré lorsque d’autres membres de la Séléka sont «venus récupérer le véhicule et dégager la voie». Ils se sont alors «heurtés aux manifestants et ont ouvert le feu, tuant deux personnes et en blessant deux autres».

Face à ce drame, le président centrafricain, Michel Djotodia, s’est rendu, ce jeudi, sur les lieux «pour apaiser la tension». Ce vendredi, le ministre de la Sécurité, Noureddine Adam, est venu remettre «une aide» de 200 000 FCA [390 $, ndlr] aux parents des victimes. Alors que le calme est semble-t-il revenu dans le quartier, la capitale centrafricaine reste néanmoins frappée depuis plusieurs semaines par une situation sécuritaire et économique déplorable.

«Si la coalition Séléka veut remédier aux abus commis par le précédent gouvernement, comme elle le prétend, elle devrait immédiatement mettre fin aux exactions atroces commises par ses propres membres», a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. Ce vendredi, l’ONG international a dénoncé les exactions commises par la Séléka au cœur de Bangui.

Human Rights Watch dénonce les pillages, viols et règlements de compte de la Séléka

Après avoir renversé l’ancien président François Bozizé, le 24 mars dernier, en entrant dans la capitale, les rebelles de la Séléka se sont alors adonnés à des pillages et des exactions multiples. «Quand la Séléka s’est emparée de Bangui, la capitale, les rebelles se sont livrés à une frénésie de pillages, assassinant des civils, violant des femmes et procédant à des règlements de comptes avec les membres des Forces armées centrafricaines (FACA)», a assuré Human Rights Watch dans un nouveau rapport. Avant d’ajouter qu’«un grand nombre de ces meurtres ont été commis dans les zones urbaines et en plein jour».

À l’issue d’une mission de recherche de dix jours menée à Bangui fin avril 2013, l’ONG a également assuré avoir «recueilli des informations dignes de foi sur d’autres meurtres perpétrés par les troupes de la Séléka à travers le pays, entre décembre 2012 et avril 2013».

Face à l’atrocité de ces actes récents, Human Rights Watch en a appelé aux autorités centrafricaines afin de rétablir l’État de droit. L’ONG a ainsi demandé que le gouvernement actuel mène «des enquêtes et [poursuive]en justice toutes les personnes présumées responsables des récentes exactions, même si elles sont membres de la Séléka, dans le cadre de procès équitables et crédibles tenus en conformité avec les normes internationales».

Les dirigeants de la Séléka accusent des «faux» combattants d’avoir mené ces exactions

Dans cette présentation détaillée de la situation ayant frappé la Centrafrique au cours des dernières semaines, Human Rights Watch a également rapporté les témoignages des responsables gouvernementaux, à savoir le président Michel Djotodia, le ministre de la Sécurité publique Noureddine Adam, le ministre des Eaux et forêts Mohamed Moussa Dhaffane et le ministre de la Justice Arsène Sende.

«Tous ces dirigeants ont reconnu que des abus avaient été commis à Bangui après que la coalition se fut emparée de la capitale, mais ils ont tous accusé des membres des forces armées du précédent gouvernement et des milices pro-Bozizé d’être responsables des pillages et des autres violations des droits humains. Ils ont affirmé qu’une centaine de ‘faux’ combattants de la Séléka avaient été arrêtés et étaient gardés à vue, dans l’attente d’être inculpés», a précisé le rapport.

Pour autant, le président Djotodia a créé par décret, le 26 avril dernier, une Commission nationale d’enquête chargée de mener des investigations et de produire un rapport sur les crimes et les violations des droits humains commis dans tout le pays depuis 2002. Human Rights Watch a ainsi demandé que cette commission soit mise sur pied afin de ne pas laisser impuni l’ensemble de ses crimes et exactions menés sous l’ancienne et l’actuelle présidence.

Journaliste pour 45eNord.ca, Gaëtan Barralon étudie les nouvelles pratiques journalistiques à l'Université Lumière Lyon 2 (France). Titulaire d'une licence en Information­-Communication, Gaëtan s'intéresse aux enjeux internationaux à travers l'analyse des différents conflits mondiaux.

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